Mes chers collègues,

L’année dernière, nous nous étions fixés une mission essentielle : servir au mieux nos AOC. Nous nous sommes donc battus, avec enthousiasme et conviction, pour défendre les intérêts de notre collectivité avec les moyens humains et matériels dont nous disposons.

Je vous rappellerai ici les PRINCIPAUX ELEMENTS DE L’ANNEE

Mes collègues viennent de vous présenter les réalisations de leur commissions, je reviendrai sur les faites les plus marquant :

Notre démarche de Maîtrise des Dépenses :

Une vaste démarche de maîtrise des dépenses a été engagée en début d’année 2003. Le groupe de travail composé d’élus et de permanents a continué les efforts entrepris, qui portent déjà leurs fruits. Des résultats importants ont été constatés. Le groupe de travail a réussi à mettre en oeuvre, à ce jour, une réduction de 320 000 €uros sur les charges fixes du Syndicat. Il nous reste désormais à optimiser nos dépenses de communication et de promotion dans un souci d’efficacité : communiquer mieux, sans dépenser plus, voilà l’objectif de la commission présidée par Rémi Garuz ! En toute occasion : « faire plus, mieux et moins cher »

Simultanément, nous avons continué nos réflexions pour développer et améliorer nos services.

Nous adressons nos félicitations à tous ceux qui ont travaillé dans ce sens et nous leur renouvelons nos encouragements pour atteindre l’objectif.

L’ Informatique

Nous sommes enfin parvenus au terme du projet de rénovation de notre système informatique. Votre Syndicat est désormais doté d’un outil moderne, fiable et convivial que de très nombreux Syndicats Viticoles nous envient.

Le Flash

La nouvelle formule comporte des rubriques plus nombreuses et une information fiable, car objective, sur les prix de vente constatés : en VRAC et, depuis quelques mois, en VRAC rendu Mise. Nous souhaitons pouvoir publier un jour les prix de vente en bouteille sur la place, ainsi que l’indice des prix constatés sur les rayons. L’objectif est de permettre à chacun de négocier sa production au mieux, quand cela est possible. Nous ne le dirons jamais assez : les mercuriales qui paraissent chaque semaine dans le journal Sud-Ouest, ne sont pas le reflet de la réalité. A plusieurs reprises, cette année, nous avons observé une grande différence entre ces chiffres publiés par Sud-Ouest et les enregistrements au CIVB. Les mercuriales ne semblent vouloir retenir que les ventes les plus basses.

Les Capsules :

Il y a un an, lors de l’Assemblée Générale, je vous annonçais notre décision de relancer ce service aux viticulteurs qui, au fil des années, était devenu moribond. Animée avec brio, cette activité est sortie d’une logique administrative pour entrer dans une dynamique commerciale, créative et totalement orientée vers la satisfaction des adhérents.

Cela s’est traduit depuis un an par le lancement de la gamme du « B de Bordeaux » et de celui de nombreuses capsules personnalisées pour répondre à vos multiples demandes d’innovation, de segmentation et de valorisation de vos vins.

Nous lançons en juin la commercialisation de la capsule à vis. Nous savons que vous saurez lui réserver un accueil enthousiaste parce qu’elle vous apportera, sur les vins à rotation rapide (blancs, rosés, clairets, rouges bus dans les 24 mois suivant leur mise) une réponse efficace au goût de bouchon. Enfin, la capsule à vis contribue à renforcer l’image de nos AOC les plus « jeunes ».

L’Assurance Grêle :

L'année dernière, de nombreux viticulteurs ont été frappés de plein fouet par des orages de grêle. Rappelons quelques chiffres qui font peur : 7 500 ha de vignes touchés, plus d'un millier d'exploitations concernées ! Des viticulteurs ont perdu la totalité de leur récolte. Votre Syndicat, à la sortie de cette catastrophe, a décidé de négocier un contrat d'assurance grêle. Après un appel d'offres réalisé avec l'aide d'un courtier, nous avons donc conçu un contrat simple et compétitif avec la Compagnie d’Assurance Générali. Chaque viticulteur l'a reçu avec le flash. L'objectif, chers collègues, est que la majorité des viticulteurs soient couverts contre ce risque. C'est dans cet esprit que le Conseil Général a mis au point une aide pour inciter les exploitations à s'assurer. Faut-il le rappeler, en cas de sinistre, ceux qui ne sont pas assurés n'auront plus droit à une quelconque aide.

Les Petits-déjeuners :

Les trois premières éditions de ces nouvelles rencontres ont vu le jour, depuis le début d’année, sur trois thèmes d’actualité : « Comment vendre en direct au particulier », « La vinification d’un millésime difficile » et « Le packaging, outil marketing ». Environ 150 personnes ont assisté à ces rencontres, à la fois conviviales et enrichissantes. Tous les participants ont été enthousiasmés. L’horaire est parfaitement adapté.

Technique & Agrément :



Au Service des Adhérents, cette commission a poursuivi ses missions d’information, de conseil, de protection des terroirs viticoles, de veille technologique, d’expérimentation et d’aide aux viticulteurs. Ses études sur des sujets comme l’Agriculture Raisonnée, les essais en micro-oxygénation et sa participation, aux côtés de la Commission Adhérents, aux dégustations techniques, aux rencontres dégustations, etc, contribuent à améliorer la qualité des vins revendiqués sur l’ensemble de nos AOC.



Expérimentation de l’Agrément par les Jeunes :

Depuis novembre 2002, une réflexion sur la modernisation de l’agrément a été engagée par la Commission Jeunes, à la demande du Conseil d’Administration. Cette expérimentation, conduite sur l’A.O.C. Bordeaux Blanc, se déroule avec le soutien actif du Comité Régional et des agents de l’INAO.

Basée sur le postulat que toute exploitation bien menée peut produire des vins AOC, cette action expérimentale prévoit de délivrer des certificats d’aptitude à la propriété et d’exercer un contrôle qualitatif aléatoire lors de la commercialisation.

Plusieurs exploitations pilotes et volontaires ont participé, sur cette campagne. Des premiers enseignements positifs nous permettent de montrer ce que pourrait être l’agrément de demain. Je félicite nos collègues de la commission jeunes pour leur investissement dans ce dossier fondamental, ainsi que Denis BARO qui les a accompagnés.

Durant la prochaine campagne, la Commission va approfondir sa réflexion sur le sujet afin d’aboutir à une nouvelle procédure d’agrément.

2.8. Promotion :

LE DEBAT « VIN ET RESTAURATION » :

Ce débat fut le point de départ d’une évolution des mentalités. Il donna lieu à 50 articles de presse ! Il en ressort deux prises de conscience : - Il faut faire évoluer nos packagings pour une meilleure adaptation à de nouveaux modes de consommation (vin au verre, petite bouteille, Bag in box) … Quand on pense qu’il y a quelques mois encore, certains de nos leaders envisageaient d’interdire l’A.O.C. pour les BIB !
- Il nous faut aussi convaincre la restauration qu’elle vend le vin trop cher ! Il est bien loin le temps où les restaurateurs stockaient les vins dix ans avant de les vendre. Les prix pratiqués aujourd’hui ne se justifient plus.

LE DEBAT « VIN ET SANTE » :

Moment culminant de nos différentes actions de promotion, ce débat a réuni quatre scientifiques reconnus dont deux bordelais qui, chacun à leur manière, n’ont pas hésité à nous livrer un état des recherches scientifiques sur les apports bénéfiques du vin, consommé avec modération, sur notre santé, sans occulter l’impérieuse nécessité de garder un comportement modéré.

Nous en retenons que le vin est une boisson saine qui peut aider, dans certaines conditions, à lutter contre le cancer, le vieillissement, les maladies cardio-vasculaires, la maladie d’ALZHEIMER….
Ce n’est pas l’alcool qui tue, ce sont les attitudes excessives de tel ou tel qui sont responsables de drames humains. Personne ne dit jamais : « sur la RN, hier, une BMW a tué quatre personnes » mais plutôt « un chauffard a tué ». Il en est de même pour le vin : ce n’est pas le vin qui tue sur la route, mais bien le comportement de certains buveurs. Il n’y a pas de loi pour interdire les voitures. Nous ne voulons pas de loi pour interdire le vin ! Méfions nous également des hommes et des femmes qui souhaitent que l’on ne mange plus de saumon parce que c’est cancéreux, plus de fromage parce qu’il donne du cholestérol, plus de bière parce qu’elle donne du ventre, plus de vin parce que c’est mauvais pour la santé … Bientôt, ces mêmes personnes nous demanderont de rester chez nous à cause de la pluie, du vent, du soleil, qui ont un effet sur la peau… Mes amis, je crois qu’il nous faut l’admettre, vivre rend malade ! Mais vivre, c’est la vie !

Et comme disait Coluche : « rien ne sert de mourir guéri ! »

LES BORDEAUX DE L’ETE :

Durant l’été 2003, la dixième édition des Bordeaux de l’Eté s’est déroulée en BRETAGNE autour des Bordeaux Blanc, Bordeaux Rosé et Bordeaux Clairet. C’est désormais un véritable événement, relayé par la presse locale, que les Bretons attendent. De nombreux partenariats ont été noués, voire renforcés, avec des manifestations culturelles locales.

Une gabarre parée des couleurs de nos AOC a accompagné nos actions de promotion, leur a donné une plus grande visibilité et une autre intensité. L’expérience sera renouvelée durant l’été 2004. En quelques chiffres, pour un budget en baisse de 14 %, le nombre de dégustations a doublé.



2.9. Cave/Planète/Boutique :

Renforcement de la notoriété de « Planète bordeaux » en tant qu’outil particulièrement valorisant du tourisme vitivinicole.

Le « Best Of du Tourisme Vitivinicole » : Planète Bordeaux a été récompensée par l’attribution d’un trophée « Le Best Of du Tourisme Vitivinicole ». Ce concours a été organisé par les Chambres de Commerce de huit capitales mondiales du vin. Nous avons obtenu le premier prix dans la catégorie « Activités de Loisirs ».

Les samedis de Noël : Cette animation, concentrée sur les quatre samedis précédant Noël, a permis de communiquer sur nos AOC et de promouvoir les vins de la Cave, de manière attractive, en associant les mets et les vins. C’était une occasion supplémentaire de mettre en valeur la diversité de nos vins. Elle nous a donné l’opportunité de promouvoir et faire connaître l’outil Planète Bordeaux, de fidéliser des clients particuliers, partenaires et viticulteurs. A la suite de ces journées, 51 % de nouveaux visiteurs nous ont rejoints.

Chers collègues, comme vous le voyez, malgré une année difficile, votre syndicat a continué à travailler dans ses différentes commissions, comme je viens de le décrire brièvement. A la suite de ce rapport, les Présidents des commissions vous exposeront, tout au long de cette plaquette, les progrès et les travaux accomplis cette année.

Et puis il y a nos ACTIONS & COMBATS plus « POLITIQUES »

Notre viticulture traverse une crise ! En fait, je ne sais pas si on peut encore dire « traverse une crise ». Car aujourd’hui on ne voit pas l’autre coté de la rive. Il fait tellement noir que nous ne savons pas si nous sommes au milieu de la nuit, au milieu du tunnel, ou au fond du trou ! Croyez-bien que votre syndicat bataille chaque jour pour améliorer la situation de chacun. Mais la tâche est ardue et notre collectivité hostile au changement !

Au cours de l’année écoulée, votre bureau et en premier lieu notre Président, ont mené un certain nombre de combats. Le terme de « combat » choquera peut-être certain… Pourtant il me semble adapté, tant l’énergie que nous devons développer pour convaincre est importante !

Le premier des combats est celui de la modification de la loi EVIN. Nous l’avons mené avec l’aide de « Vin et Société » (association présidée par Xavier CARREAU), avec celle de nos parlementaires et, en premier chef, le sénateur Gérard CESAR.

Nous, viticulteurs de Bordeaux, sommes, sans ambiguïté, contre l'alcoolisme au volant et contre l'alcoolisme cancérigène. Chacun d'entre nous a eu, dans sa famille ou parmi ses proches, un deuil dû à un accident de la route ou un parent victime d’un cancer. Réduire l’alcoolisme, nous sommes d’accord ! Par contre, cela ne doit pas se faire contre le vin, contre la viticulture et contre les viticulteurs !

La filière viticole est favorable à la réduction des abus individuels et des comportements à risque, mais prône une consommation modérée de vin.



Ainsi, la meilleure façon de diminuer les doses d'alcool absorbées serait justement de privilégier la consommation de vin à celle des boissons plus concentrées en alcool…

Les scientifiques l’affirment : le vin contient des molécules qui jouent un rôle essentiel dans la lutte contre le cancer, comme les polyphénols, les flavonoïdes, les tanins, la catéchine plasmatique et, dans les vins élevés en barrique, les acutissimines A et B… dont l'effet, dans la lutte contre le développement des tumeurs cancéreuses, a été découvert récemment par les chercheurs japonais !

Selon le professeur ORGOGOZO, Chef du Service Neurologie à l'Hôpital PELLEGRIN de Bordeaux et le Docteur Luc LE TENNEUR, Chercheur à l’INSERM de Bordeaux, c'est à partir de trois verres de vin par jour, pour les hommes, deux pour les femmes, que la probabilité d'apparition de la maladie d'ALZHEIMER diminue fortement. Autant vous dire, chers collègues, que si chaque française et chaque français consommaient régulièrement du vin, nous serions sauvés !

Les bienfaits du vin pour la santé sont incontestables, comme l’a relaté le colloque « Vin et santé » tenu au Sénat en 2002. Ce fut aussi la conclusion du débat que nous avons organisé cette année à Paris avec le Professeur JOYEUX et le Professeur BROUSTET. Ce colloque a donné lieu à la publication de plusieurs articles, dont un dans « France Dimanche », qui fut ensuite repris dans l’Union Girondine. Je vous engage à vous le procurer au Syndicat, si vous ne recevez pas l’Union Girondine. Nous sommes 12 000 viticulteurs en Gironde. Si chacun diffuse ce type d’information à 20 personnes, ce seront 240 000 individus qui communiqueront positivement sur le vin et la santé ! Ces thèmes seront également repris dans le prochain bulletin de liaison que vous recevrez en juin.

Il est très important d’amender la loi EVIN. Depuis que cette loi existe, la consommation de vin a régressé de 50% alors que celle de l'alcool a augmenté de 13% ! Depuis qu’elle existe, la consommation de vin a diminué, mais le nombre des comportements alcooliques a augmenté !

Ensemble, nous devons lutter contre l'alcoolisme ! Mais pas contre le vin… Car nous pouvons augmenter la consommation nationale de vin tout en diminuant l'alcoolisme : luttons contre les excès et multiplions le nombre des consommateurs modérés et réguliers.

Pourquoi le vin serait-il une exception parmi les alcools me direz-vous ? Et bien parce que, selon Pasteur, "le vin est la plus saine et la plus hygiénique des boissons ".

Nous soutenons donc les parlementaires, de toutes les tendances, qui assistés de « Vin et Société », ont défendu l’idée d’un amendement de la loi EVIN, afin de pouvoir communiquer simplement sur la vigne et le vin : produit culturel, produit de santé publique, produit d’aménagement du territoire, produit de cohésion sociale dans les départements producteurs… La première manche a été gagnée au Sénat, gageons que nous gagnerons la seconde manche à l’Assemblée Nationale.

Le deuxième Combat est celui des replis…

Depuis longtemps, ce dossier hantait les esprits de ceux qui savaient… Nous avons donc demandé au CIVB de diligenter une enquête. Le résultat est édifiant : aujourd’hui, entre 1 bouteille sur 6 et une sur 12 de nos appellations sont issues du « repli au négoce », soit chaque année entre 250 et 500 000 hl !

Notre demande est très simple. Nous, viticulteurs des Appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur, souhaitons :

- que notre Syndicat soit le seul habilité, avec le concours de l’INAO, à agréer les vins qui seront commercialisés sous nos appellations,
- que l’ensemble des producteurs de Bordeaux et Bordeaux Supérieur cotisent à notre Syndicat et participent ainsi à ses activités et à ses actions,
- que toutes les cotisations, versées au CIVB par les viticulteurs produisant des Bordeaux et Bordeaux Supérieurs, soient comptabilisées et que l’on tienne compte du poids de l’ensemble de nos appellations pour la promotion de ces dernières,
- que nous soient attribués des sièges correspondant à la réalité des volumes de vente des vins de nos appellations, dans la filière,
- que soient mises à notre disposition les statistiques des prix de vente en VRAC, VRAC RENDU MISE, pour l’ensemble des volumes de vin commercialisés sous nos appellations,
- que soit porté à notre connaissance le nom de tous les viticulteurs produisant nos appellations, afin de pouvoir raisonnablement mettre en place, sur ces exploitations, le « Suivi des Conditions de Production ».

Nous voulons enfin que tous les producteurs de Bordeaux Supérieur soient soumis aux mêmes règles, notamment au blocage des vins jusqu’au mois de septembre suivant la récolte.

Nous souhaitons simplement que le choix de l’appellation soit fait avant l’agrément des vins. Sinon, arrêtons de parler de typicité et de hiérarchie ! Soyons sérieux !

Afin que tout cela soit possible, n’est-il pas sage désormais de demander que les replis au négoce soient interdits et que le choix de l’appellation se fasse, par le viticulteur, au moment de la déclaration de récolte.

Oui, aujourd’hui, nous pouvons produire du Bordeaux et du Bordeaux Supérieur dans toute la Gironde ! Mais produire du Bordeaux et du Bordeaux Supérieur doit être un choix viticole exercé par le viticulteur et non un choix opportuniste fait par le négociant en fonction des impératifs du marché !

Pour maîtriser et prévoir notre avenir, nous appelons à plus de responsabilité de la part de la filière.

Je le répète, pour cela, le choix de l’appellation doit se faire avant l’agrément des vins et non après : voilà l’esprit de l’A.O.C. !

Le principe des vases communicants concentre sur les appellations Bordeaux et Bordeaux Supérieur les effets de la crise viticole et ce malgré les énormes progrès de qualité que nous avons réalisés depuis vingt ans. C’est désormais inacceptable. Les effets de la crise viticole ne doivent pas s’accumuler sur une appellation. Ils doivent se concentrer, dans chaque appellation, sur les mauvais vins !

Le troisième combat dure depuis longtemps… Il s’agit de la défense de nos Vignes Larges et Hautes…

Je ne reviendrai pas dessus. Mais chacun comprendra qu’en ces temps de crise, ce mode de conduite entraîne notamment une maîtrise des dépenses, tout en permettant l’obtention de vins de qualité. Les derniers résultats au concours l’ont encore une fois prouvé. Il n’y a pas de corrélation entre la densité de plantation et l’obtention d’une médaille ! Et lorsqu’un négociant nous oppose que « seuls quelques leaders savent faire du bon vin avec des vignes larges », je lui réponds : « votre souhait est-il d’empêcher les leaders de travailler ? »… Ceci dit, nous devons vous faire savoir que beaucoup de négociants se rallient aux propositions que le Syndicat avait formulées en 2003. En effet, lors de sa dernière venue à la Fédération des Grands vins, le Président du négoce a pris fait et cause pour les vignes à trois mètres, admettant que c’était le modèle qu’il fallait démultiplier !

Notre objectif n’a donc pas changé : il est toujours de disposer rapidement d’un décret et de poursuivre la restructuration du vignoble. Ceux qui, depuis 1997, nous empêchent d’obtenir un décret à 3 mètres portent une lourde responsabilité sur leurs épaules : celle de laisser perdurer un décret à 2 000 pieds/ha ! Ceux qui pendant trois ans nous ont empêché de restructurer à 3 mètres, porte une lourde responsabilité : celle d’avoir laisser partir des fonds en Espagne et en Italie pour accompagner la plantation de 150 000 ha de vignes illicites, sans droit et qui entrent en production pour concurrencer frontalement nos productions.

Le quatrième combat que nous menons, c’est celui de la simplification…

Il s’agit de mettre beaucoup plus de liberté et de responsabilité dans nos exploitations et d’être beaucoup plus stricts sur la qualité du résultat offert au consommateur.

En France quand rien ne va, nos seules propositions consistent à ajouter des contraintes, alors que partout ailleurs, quand tout va mal, on en enlève ! Le « libéralisme encadré », que proposent nos dirigeants, coûtera très cher et ne permettra pas de vendre mieux ! Pour faire avancer le train, il faut mettre du charbon dans la locomotive et non alourdir ou ajouter des wagons !

C’est dans cet esprit que nous avons mis en route un agrément test, sur les Bordeaux Blancs, afin de montrer que l’agrément des propriétés était au moins aussi fiable que celui de lots moyens, tel qu’il est pratiqué aujourd’hui ! Et de montrer qu’un viticulteur responsable vaut bien dix contrôleurs !

Dans quel esprit travaillons-nous ? C’est très simple. Je vais vous donner un exemple. Lorsque chacun de nous remplit sa déclaration d’impôt annuelle, avec l’aide de son expert comptable, le Ministre des Finances lui fait confiance ! Mais chacun sait, qu’un jour ou l’autre, il peut avoir un contrôle fiscal. Et le fisc, comme la loi, considère que le contribuable est de bonne foi.

Et bien, inspirons-nous de cette pratique pour concevoir nos AOC : partir du principe que chaque viticulteur est de bonne foi, qu’il est assisté d’un œnologue sérieux, laisser planer la possibilité d’un contrôle approfondi et rendre les uns et les autres responsables des produits qu’ils mettent en marché !

Notre système ne fonctionne plus, nous le savons. Alors ne mettons pas dix ans pour le réformer !

Nos propositions, que je ne détaillerai pas ici, vont dans ce sens.

Aujourd’hui, chers collègues, nous sommes un peu comme le patron d’une entreprise qui s’aperçoit que son produit, malgré sa forte notoriété, n’est plus tout à fait adapté au goût des consommateurs. Ce patron est face à un choix :

•soit il communique sur son produit pour imposer son goût au marché,
•soit il modifie son produit.

Et bien, nous sommes face à ce choix ! Sauf que nous n’avons pas le droit de communiquer et que pour modifier notre produit, nos structures, l’INAO en tête, nous demande dix années !

Notre décret, par exemple, est en discussion depuis 1997. Sept années de perdues ! Nous sommes toujours dans l’impasse ! Mais je peux prendre un autre exemple : l’assemblée générale du Syndicat de l’Entre-Deux-Mers a adopté une nouvelle densité de plantation, il y a deux ans… Le comité National de l’INAO n’a toujours pas inscrit cette ratification à l’ordre du jour de ses réunions !

Tout cela est très grave. Car une entreprise qui ne sait plus vendre est condamnée à produire moins ! Je pèse mes mots : je dis bien condamnée à produire moins !

Les vins de Gironde représentent 2,5% du marché mondial… Ne croyez-vous pas qu’il soit possible de passer à 3% ? Ce serait pourtant la solution !

Mais, comme je le disais à l’instant, nous sommes dans l’incapacité de faire évoluer nos produits et notre machine à vendre est en panne… N’y a-t-il pas, alors, une autre manière de penser ?



Nous sortons ces jours derniers de la « quinzaine du commerce équitable »… Les journaux et les émissions nous ont vanté les mérites de ce processus commercial dont l’objectif est :

•d’élaborer des produits de qualité,
•de rémunérer les producteurs et les commerçants au juste prix : celui qui rémunère décemment leur travail et leur permet de respecter la législation sur l’emploi,
•de rassurer les consommateurs sur la qualité du produit et la décence du prix pratiqué à la production.

Alors pourquoi pas nous ? Pourquoi ne pas mettre en place chez nous un processus de « commerce équitable » ?

Je m'explique : Au lieu de faire la course pour acheter au prix le plus bas, les négociants bordelais ne devraient-ils pas se battre pour payer plus de 1 300 €uros le tonneau les 75% de vins qui, selon eux, méritent les appellations de Gironde ! Alors chacun pourrait ainsi recueillir les fruits de son travail à la vigne… Le viticulteur ayant du mauvais vin dans son chai ne le vendrait pas. Ainsi, nous ne trouverions pas sur les linéaires des Bordeaux à 1 € 50, ou un Médoc à 2 € ! Nous serions tous mobilisés pour faire des vins de qualité, dignes de nos appellations !

Je demande au négoce bordelais de rentrer dans une logique de « commerce équitable » et de se donner les moyens de vendre nos vins aux prix qu'ils méritent !

Toutes les bouteilles de vin de Gironde devraient être vendues (hors promotions) à un minimum de 3,50 € TTC. A ce prix là, le viticulteur est payé dignement de son travail. Le courtier, le négociant et le commerçant gagnent les marges nécessaires au fonctionnement de leur activité et au financement du marketing. De plus, le consommateur est heureux du rapport qualité/prix ! En outre, la marque collective " Bordeaux " est valorisée et toutes les appellations y trouvent leur compte. Vendre moins cher, en France, est indécent !

Nous sommes en France, fiers de notre système de protection sociale. Nous, agriculteurs, connaissons le poids des charges sociales dans notre compte d'exploitation. Mais les prix pratiqués aujourd'hui ne nous permettent plus de participer aux efforts nécessaires que nous demande la nation.

Si nous ne réagissons pas très vite, la « casse » sociale sera énorme !

Acheter et vendre plus cher, voilà l’objectif !

La qualité d'un négociant se mesure à sa capacité à vendre cher ! Vendre en bradant est à la portée de tous ! Vendre à un prix raisonnable est le savoir-faire des meilleurs !

Depuis quelques années, un certain nombre de négociants ont cru qu'ils s'enrichiraient en occupant, avec l'AOC Bordeaux, le créneau des " premiers prix ".

Ce mauvais combat a eu plusieurs effets :

- une diminution des marges,
- une dévalorisation de notre nom de famille " Bordeaux ",
- la prise de parts de marché à nos collègues viticulteurs dans les vins de table et les vins de pays.

Aujourd'hui, ces négociants souhaitent reconquérir le marché des vins entre 3 et 5 €… Mais ils se retrouvent dans une impasse ! En effet, comment expliquer à leurs clients traditionnels que les vins, valant 1 € 50 l'année dernière, coûtent 3 € aujourd'hui ? C'est pourtant ce qu'il convient de faire : quitter le créneau des premiers prix et investir sur celui des vins de 3 à 5 € ! Et pour cela il faut payer les bons vins aux bons prix !

La situation est bien curieuse : la notoriété de Bordeaux est extraordinaire. Pourtant, sur les marchés émergents, comme la Corée du Sud, la croissance des ventes de vin est à 2 chiffres, mais Bordeaux n'augmente pas ses volumes !!

Le négoce bordelais doit se ressaisir. Cela passe par l’application des principes du « commerce équitable » :

- acheter les vins de qualité à 1 300 €uros et plus,
- quitter définitivement le créneau des vins à 1 € 50, prix consommateur,
- investir en marketing sur les marchés émergents en profitant de la notoriété de "Bordeaux".

Un coup de pousse de la nation est nécessaire !

Pour cela, la filière a besoin d'un coup de pousse du Département, de la Région et de l'Etat. Pendant trente ans, la filière viticole a largement contribué au financement des collectivités locales et de la nation. Elle ressent aujourd'hui l’impérieuse nécessité d’être soutenue. C'est un juste retour des choses...

Le vin, en France, est le deuxième exportateur après AIRBUS ! Pourtant, quelle place donnent les médias à la vente des vins de France ? Sauver le vin, c’est sauvegarder nos exportations ! A chaque fois qu’un chef d’état rend visite au nôtre, pourquoi ne pas lui vendre un AIRBUS, trois TGV et 50 containers de vin ?

Le vin, c'est 1 emploi sur 6 en Gironde, 1 sur 12 en Aquitaine ! A ceux-ci, il convient d'ajouter tous les emplois indirects dans l'artisanat, le commerce… Sauver le vin, c'est sauvegarder l'emploi et la cohésion sociale de notre région !

Les « nouveaux vins de la vieille Europe »

Cessons donc de montrer du doigt ce qui ne va pas. Misons sur ce qui marche et « mettons le paquet » ! Alors , nous prendrons des parts de marché aux « vins du nouveau monde » et toute la filière se mettra en ordre de marche pour suivre son négoce !

Aux « vins du nouveau monde », il convient d’opposer les « nouveaux vins de la vieille Europe » ! Pour cela, nous producteurs, avons besoin d’un négoce fort et riche, qui croit en Bordeaux et qui est prêt à payer plus cher les vins de qualité !

Pour cela, nul besoin de réglementations et de contraintes supplémentaires, nul besoin de brigades de contrôles, … Il nous faut simplement un « solide bon sens paysan », une « gestion saine » et un « dynamisme commercial ».

Vendre plus et plus cher… ce serait l’idéal ! Mais, comme nous ne pouvons pas modifier nos produits, ni réformer notre « machine à vendre » rapidement, ni avoir droit au « commerce équitable », nous voilà arrivés sur le sujet de l’adaptation de la quantité !

Et là, le débat continue :

- Il a ceux qui disaient, il y a dix ans, alors que tout le monde plantait de la vigne : « Soyez raisonnables, arrêtez de planter ». Ceux là, aujourd’hui, ne sont pas prêts à arracher. Et pour cause, ils n’ont pas planté.
- Il y a ceux qui ont augmenté leurs densités de plantation et qui, aujourd’hui, ont des coûts de production élevés. Ceux là affirment : « Il ne faut pas réduire les rendements ».
- Il y a ceux dont les entreprises sont florissantes et qui demandent de continuer à produire…
- Il y a ceux dont les revenus baissent et qui disent : « Si nous vendons moins cher, nous devrons produire plus ! ».
- Il y a ceux qui proclament que la nature fera le nécessaire : « Pour le gel, c’est trop tard, pour la grêle, nous verrons bien et puis il y a toujours la possibilité de la coulure … chez les autres ! ».
- Puis il y a ceux qui prétendent que produire moins entraînera une baisse des ventes, une perte de parts de marché … considérant que c’est le début de la spirale.
- Et puis, il y a l’INAO qui précise que la « fixation des rendements doit avoir un objectif qualitatif et non économique ».

Par contre, tout le monde est d’accord pour affirmer que si le voisin produisait moins cela arrangerait son propre compte d’exploitation… Si le monde produisait moins, l’Europe se porterait mieux. Si l’Espagne produisait moins, la France serait plus florissante. Si le Languedoc produisait moins, Bordeaux serait sauvée. Et si mon voisin produisait moins, mon exploitation marcherait mieux ! Mais moi, je ne vois pas pourquoi je produirais moins !

C’est là que commence à se poser la question de la collectivité… Chers collègues, à quoi sert-il d’être en collectivité, si nous ne sommes pas capables de prendre des décisions collectives ?

Le temps presse, notre syndicat représente à lui seul plus de la moitié des viticulteurs. Nous ne pouvons pas attendre que tout le monde se mette d’accord. Nous avons donc décidé, lors du dernier Conseil d’Administration, de soutenir le projet de Reconversion Progressive que propose le Ministre de l’Agriculture.

Ce processus d’arrachage temporaire, proposé par le Ministre de l’Agriculture, permettrait à ceux qui le souhaitent de « lever le pieds » pendant cinq ans. Certains d’entre nous souhaitent arrêter leur activité viticole. Nous devons les y aider et en profiter pour réduire l’offre.

Nous avons également décidé que le rendement maximum autorisé, cette année, ne serait pas supérieur à celui autorisé l’année dernière. Par contre, nous ne baisserons pas plus nos rendements si les replis au négoce persistent. Il n’est pas question de produire moins pour que d’autres viennent se replier en Bordeaux et Bordeaux Supérieur !

Produire moins, certes, mais cela ne sera pas suffisant : s’il est souhaitable de produire moins, comme nous le faisons depuis 2 ans, il est vital de vendre beaucoup plus. L’objectif est de vendre en Gironde 2 Millions d’hectolitres de vin supplémentaires. Pour vendre davantage, il convient d’aider les marques qui fonctionnent bien, investir sur les marchés émergents et encourager la commercialisation des Bordeaux Rosé et Clairet. Pourquoi « mettre le paquet » sur les marques et sur les rosés ? Et bien parce que c’est le seul créneau aujourd’hui sur lequel nous pouvons augmenter rapidement et significativement les volumes commercialisés ! Il n’est pas évident de trouver 2 millions d’hectolitres ! Si nous réussissons à vendre ces 2 Millions d’hectolitres supplémentaires, toute la profession en profitera. Alors arrêtons de découper les budgets publicitaires et de partager la pénurie. Faisons des efforts là où il est possible d’augmenter significativement les volumes et ce, rapidement !

Enfin, il y a un espoir : «MONDOVINO». C’est un film documentaire qui vient d’être projeté à Cannes sur le monde du vin. Si ce film produit les mêmes effets qu’en son temps le livre «The french paradox», alors peut-être serons-nous temporairement sauvés ! Cet hiver, une série télévisée intitulée « le sang des vignes », avec comme acteur principal Gérard DEPARDIEU, sera également diffusée. Autant d’occasions de revaloriser l’image du vin dans notre pays.

Puis, chers collègues, il faut tenir compte de l’ouverture de l’Europe. Les Espagnols nous font avancer sur la loi Evin en nous faisant une leçon de choses : « le vin n’est pas un alcool ! ». Par contre, pendant que nous nous mettions d’accord sur qui pourrait bénéficier des fonds de restructuration, ils les utilisaient , eux, pour planter des vignes sans droit de plantation !

Les Allemands, en Rhénanie, sous l’impulsion de leur Ministre de la viticulture, restructurent leurs vignes, depuis quatre ans, en incitant les viticulteurs à élargir les rangs. Dans ce pays, la densité est libre entre 2 500 et 5 500 pieds/ha et le gouvernement incite les viticulteurs à planter des vignes larges ! Pour certains cépages productifs, le maximum de densité est de 4200 pieds par ha… au dela ils considèrent qu’il ne s’agit pas d’amélioration qualitative !

Enfin, citons également la Slovénie, nouveau partenaire européen. Je vous lis un extrait de leur hymne national : « Amis, les vignes ont fait naître pour nos soifs ce vin capiteux, qui sait mettre le sang en fête, qui efface les menaces et rend l’espoir aux âmes lasses A présent, mes amis, trinquons à la santé de la jeunesse ».

Chers collègues, voilà les combats que nous menons en votre nom. Croyez-le bien, pour défendre vos appellations, nous ne ménageons pas nos efforts ! Nous n’avons pas perdu notre énergie ! Merci à tous de nous encourager. Car, dans ces différents débats, nous avons besoin de nous sentir soutenus !