Le Congo « out »

Le Congo « Out » c’est ce militaire, armé, sur le pont du fleuve Kuelu qui s’approche de nous pour nous demander notre caméra car, dit-il : « c’est interdit de filmer ici ». Ce militaire a créé sa propre loi pour racketter les gens de passage. Car aucune loi n’interdit de filmer l’embouchure du fleuve !

Le Congo « out » c’est son chef, qui, arrivé sur les lieux, nous dit « vous me poser un problème avec mes éléments »…nous avons pris la poudre s’escampette.

Le Congo « Out », c’est ce gendarme qui stoppe une voiture sans immatriculation qui dépasse tout le monde, et qui, arrivé à la hauteur de la portière, voyant le visage du chauffeur, se met au garde-à-vous et arrête les voitures immatriculées pour laisser le passage à cette voiture « hors la loi » !

Le Congo « out », c’est le chauffeur de cette voiture… sans doute un officier ou un officiel…qui utilise son statut pour outrepasser la loi qu’il est censé faire respecter !

Le Congo « out », sont ces bandits mafieux qui ont enlevé la voiture récemment importée par un ambassadeur d’un pays étranger.

Le Congo « Out » ce sont ces haut fonctionnaires de l’état Congolais, peut-être même des Ministres, qui ont conseiller à Monsieur l’Ambassadeur de payer la rançon, plutôt que d’arrêter les mal fra, pourtant connus !

Le Congo « out » ce sont ces gouvernants qui laissent co-habiter pour la gestion du foncier le modèle coutumier, le modèle colonial, le modèle post-colonial, le modèle communiste et le modèle français. Un mélange qui aboutit, à l’autorisation de couper les arbres, mais qui interdit d’en planter…

Le Congo « out », ce sont ces gouvernants qui éditent des nouvelles lois sans ce soucier de leur bonne application, notamment sur la propriété foncière, et qui bloquent ainsi toute tentative de mise en place d’une agriculture durable

Le Congo « out », ce sont les opposants qui s’écrasent, et ceux qui se rallient, comme celui-ci qui dit « avoir reçu une nouvelle orientation qu’il est tenu de suivre »…de la part de Dieu ! Comme si Dieu, déjà en 1997, lui avait demandé de lever une milice de la mort pour prendre le pouvoir !

Le Congo « out » c’est ce dictateur, qui détourne l’argent du pétrole à des fins personnelles, 1 milliard de dollars en 3 ans selon une étude récente, tandis qu’il demande à l’Europe de « s’occuper de ses pauvres », à la communauté internationale d’annuler la dette et à la Chine de reconstruire le Pays !


Le Congo « In »

Le Congo « in », ce sont ces ouvriers qui tirent des charrettes de bois, de bidon d’huile, … ou d’immondices…avec des sandales aux pieds, sur des routes ou les nids de poules pourraient abriter des dinosaures, pour gagner quelques argents qu’ils ramèneront au pays,

Le Congo « in », ce sont ces mamans qui portent sur leurs têtes, le produit de leur maraîchage, qu’elles viennent ranger avec précaution sur les étales du marché de tié-tié pour faire manger leur famille,

Le Congo « in », ce sont tous ces hommes et ces femmes qui sont si beau, si dignes, qui déambulent dans leurs tenues toujours plus colorées et vivent dans des rues que la collectivité nationale a abandonnées depuis longtemps,

Le Congo « in », ce sont ces gens d’une patience surhumaine, -presque inhumaine- ou qui prennent leur mal en patience : quand l’eau ne coule plus au robinet, quand les électrons n’arrivent plus jusqu’au prises électriques du quartier, quand le train ne relie plus Brazzaville à Pointe Noire, quand leur voiture a pousser un dernier râle dans un trou béant et ne redémarre plus, quand l’essence ne coule plus à la pompe de la station service, quand le pétrole lampant est distribué au compte goutte, …

Le Congo « in » ce sont ces taximen, qui sillonnent les rues de Brazzaville ou de Pointe Noire pour transporter les gens pour 700 ou 1000 FCFA…Ces taximen qui ont osé faire grève quand l’état a proposer d’augmenter les prix de l’essence à la pompe !

Le Congo « in » ce sont ces 30 bénévoles qui s’occupent de 300 enfants et suivent le cursus scolaire de 900 orphelins du quartier de Makélékélé (sur les 5000 recensés par le gouvernement),

Le Congo « in » ce sont ces deux enfants au large sourire, qui transmettent une joie de vivre incroyable…leurs deux parents sont morts du SIDA,

Le Congo « in », c’est cet artisan industriel qui a été pillé deux fois pendant la guerre, qui a passé deux mois en prison, et qui après 1 an de dépression, a réinvestit dans un nouvel outil de production, qui nous accueille avec le sourire et qui rigole quand un autre raconte son histoire !

Le Congo « in », c’est ce missionnaire de 80 ans qui nous raconte la guerre et son envie de rester au Congo, dans sa paroisse, où chaque messe vibre du chant de 800 personnes, ou bien cet autre, un peu plus jeune, qui a vu son « chef d’œuvre » pillé a plusieurs reprises, mais qui à chaque fois se relève, parce qu’il se sent Congolais jusque dans les tripes,

Le Congo « in » c’est cette ONG qui s’est spécialisée dans l’aide à la création d’entreprise et qui aujourd’hui compte 70 collaborateurs congolais sur le terrain,

Le Congo « in » c’est ce professeur autodidacte qui entend, au sein de son association, développer un nouveau système d’éducation applicable au CONGO, ses travaux sont du niveau d’un doctorat en France,

Le Congo « in » c’est cette mutuelle de micro crédit, crée d’abord, avec les moyens du bord, qui compte aujourd’hui 17000 déposants, 2,4 milliards de francs CFA de dépôts, et 800 000 000 FCFA de crédits,

Le Congo « in » c’est cette maman qui vient emprunter quelques francs dans le cadre d'un groupe de crédit solidaire, pour devenir épicière et nourrir sa famille,

Le Congo « in » ce sont ces frères paysans, dont le monastère a été pillé pendant la guerre et qui en ont reconstruit un autre à 500 km de là, et qui créent autour d’eux une dynamique autour du co-développement de l’élevage, de la pisciculture et du maraîchage,

Le Congo « in », c’est cet agriculteur, éleveur de poules pondeuses, éleveurs de porc et maraîcher, dont l’activité se développe tranquillement,

Le Congo « in » c’est cette association qui entend faire prendre en main le problème de la propriété foncière par la société civile afin de décoincer la problématique de l’investissement agricole et l’installation des jeunes paysans et maraîchers,

Le Congo « in » c’est cette ancienne Ministre de la Culture qui a démissionné du gouvernement, perdant ainsi son statut et ses prérogatives ;

Le Congo « in » c’est ce cadre de 40 ans qui reste au Congo pour construire le pays, quand il dispose d’un visa permanent pour la France et de propositions très attractives,

Le Congo « in » c’est la démarche « Dialogue Citoyen » qui vise à donner la parole à la société civile ;

Le Congo « in » ce sont toutes ces personnes qui ne croient pas dans leurs gouvernants, qui ne les craignent plus, et qui croient terriblement au Congo et à l’avenir de leurs enfants !!!


Qui choisirons nous d’aider ?

La France choisira-t-elle d’aider le Congo « in », ou feindra-t-elle de l’ignorer en faisant des ronds de jambe au Congo « out » ? La communauté Internationale reconnaîtra-t-elle un jour que la guerre du Congo-Brazzaville fut un crime contre l’humanité et que les processus de détournement financiers qui ont suivi s’apparentent à de l’abus de bien sociaux ?

Les Pays grands producteurs de GES (Gaz à Effet de Serre) –La Chine notamment- ont les yeux rivés sur le CONGO-BRAZZA… Car ils se disent qu’avec les permis d’émettre, un reboisement du CONGO leur permettra d’émettre encore, au lieu d’économiser… Attendrons nous de pouvoir reboiser le CONGO pour aider le pays à réformer sa politique foncière ? Ou bien aiderons nous le CONGO a organiser ce reboisement dans un objectif de co-développement ?

Je suis allé au CONGO BRAZZA A 4 reprises. 1997 fut le voyage de la découverte, le second, en 1999, celui de l’inquiétude, le troisième en 2001, celui du chaos. Ce quatrième voyage au Congo-Brazzaville est pour moi le voyage de l’espoir. Car une société civile a survécue à tous ces désordres : à la guerre, à l’horreur, au chaos... Elle se tient là, debout. Elle s’organise et devient incontournable.

Elle ne tend pas la main ! Il nous faut la prendre ! Ne nous fions pas aux apparences : elle a autant besoin de nous, que nous avons besoin d’elle…