Afin d’illustrer mon souhait et mon propos, j’aborde ici le sujet des O.G.M : les « organismes génétiquement modifiés ».

La question qui nous est posées aujourd’hui est « êtes vous pour ou contre les OGM ? » Cette question est mal posée. Car on ne peut pas être totalement pour, sans être un « apprenti sorcier ». On ne peut pas être totalement contre, sans être un « empêcheur de tourner en rond ». Le sujet est complexe, on ne peut pas y répondre avec une question simple.

Qu’est-ce qu’un OGM ? Un organisme dans lesquels on introduit un gêne provenant d’un autre organisme.

Besoin de classification, besoin de clarification

Je souhaite que dans ce débat on classifie les OGM, sur échelle de risque. Pour cela il faut réaliser, pour chaque OGM, une AMDEC (Analyse des Modes de Défaillance et de leur Criticité) du Système dans le quel l’OGM est introduit.

Cette échelle des risques pourrait être à la génétique, ce que l’échelle de Richter est aux tremblements de terre et aux secousses sismiques. Il me semble que pour les OGM, comme pour les tremblements de terre, selon la « Théorie du Chaos », le risque est grand et augmente de manière exponentielle. Je pèse mes mots. Certains OGM, peuvent créer des dégâts énormes, des tsunami, des raz de marée… Mais à l’inverse, d’autres OGM se révèleront inoffensifs et sans danger.

Le dégré 1 de l’échelle
Ainsi, lorsqu’on prélève un gêne, sur un végétal, d’une espèce particulière, pour l’introduire dans un végétal de même type et de la même espèce. Il me semble qu’on est au degré zéro de l’échelle. Ce type de « modification » est à la génétique, ce que la bouture est à la plante. Si ces modifications doivent être surveillées. Elles sont intuitivement sans grand danger. On trouve d’ailleurs, dans la nature ce type de modifications. Deux chromosomes se collent puis échangent une partie d’eux même : c’est se que l’on appelle le « linkage ». Cette modification est du domaine de la « biologie assistée ». Reste à vérifier avec l’AMDEC, que cette intuition est valide !

Le degré 2 de l’échelle
Par contre, lorsque l’on prélève le gène d’un végétal, pour l’introduire dans un végétal d’une espèce différente, on a quitté la « biologie assistée ». Il convient de doubler la prudence, voire de la redoubler.

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Le degré n de l’échelle
Enfin, lorsque l’on prélève un gène animal, pour l’introduire dans un végétal… Là on s’approche de la sorcellerie. C’est un peu comme lorsque l’on avait imaginé faire manger des farine animales à des herbivores…

Pour établir cette échelle des risques, il faut créer des comités d'experts à représentation équilibrée : experts industriels, experts de la recherche institutionnelle, experts des ONG, méthodologues spécialistes de l’AMDEC. Ces comités peuvent établir une classification objective des OGM, et pour chaque « classe » on établira des protocoles, des interdictions, des garde-fous, …en fonction du risque, le débat gagnerait en clarté.

La propriété du vivant

Dans le débat sur les OGM, notre société, la société française, doit aussi se poser la question de la « propriété du vivant ». Ce sujet est extrêmement préoccupant pour l'avenir sur le plan environnemental et sociétal. Peut-on autoriser qu’une firme devienne propriétaire d’un organisme vivant ? Comprenons bien que ce « droit de propriété » peut aller jusqu'à empêcher des populations d'utiliser une plante, au prétexte qu'elle aura été brevetée ; ou, comme on l’a vu récemment au Canada ou en Espagne, accuser de contrefaçon un agriculteur riverain de parcelles OGM dont la culture aura été fécondée par celle là !

Pour que ce débat soit possible, il faut prendre quelques décisions rapides, des décisions de protection. Tant que nous n’avons pas tranché cette question, il faut, selon moi, par exemple, interdire le maïs MON 810, dont l'Allemagne, après l'Autriche et la Hongrie, vient de suspendre la commercialisation. Les raisons de cette interdiction ne sont pas d’ordre « biologique », « génétiques », ou « technique ». Les raisons de cette interdiction sont de l’ordre de l’éthique car nous n’avons pas statué sur la notion de « propriété du vivant ». Un comité d’éthique doit se mettre au travail !

On admet aujourd’hui qu’un laboratoire soit propriétaire d’une molécule, le temps de financer les recherches qui lui ont permis de mettre au point cette molécule. Puis au bout d’un certain nombre d’année cette molécule « tombe dans le domaine public », chacun peut alors commercialiser des versions « génériques » de cette molécule…

Peut-on autoriser qu’une firme, de la sorte, soit propriétaire d’un type de maïs, ou de tomate ? Une fois que cet organisme cultivé en pleins champs, commence à féconder des organismes voisins, qui sont les propriétaires des « organismes enfants » ? Si un producteur de maïs bio, voit son champ « violé » par du maïs OGM, qui est responsable, qui est coupable ?

Aux Etats-Unis, il est établi que les firmes peuvent être propriétaire de tels organismes. En Europe, autoriserons-nous ces pratiques ?

Le maïs MON 810 dont on parle beaucoup au ce moment est un maïs « GM » qui est résistant au désherbant. La même firme est propriétaire du désherbant et du maïs qui lui résiste. Ainsi un agriculteur peut désherber son champ de maïs, sans faire mourir son maïs. Mais à l’inverse ce « maïs résistant » peut coloniser un champ de blé voisin, que l’agriculteur ne pourra pas supprimer avec le désherbant en question… Ce maïs, désiré par endroit, peut devenir ailleurs une « mauvaise herbe » résistante au désherbant… Ceci nécessitera l’invention d’un nouveau désherbant spécifique…Qui est alors considéré comme propriétaire de ce maïs devenue une mauvaise herbe ?

La question de la propriété du vivant est une question essentielle, qu’il convient de poser et de débattre, afin de statuer rapidement. Un comité d’éthique doit se mettre au travail !

La recherche

Dans ce domaine, une guerre est engagée, entre les firmes, qui souhaitent garder la propriété de leurs trouvailles, et la recherche institutionnelle, collective, qui recherche pour le bien commun. Ajoutons à cela, que parfois, la recherche institutionnelle vit pour une bonne part de subsides des industriels si bien que dans certains cas, l'indépendance de la recherche institutionnelle peut être mise en doute.

Le problème est le suivant. Si l’on empêche durablement la recherche collective de chercher, puis de trouver. On risque de laisser l’exclusivité des trouvailles aux firmes. Voilà le point d’achoppement.

C’est pour cette raison qu’il faut rapidement prendre un certain nombre de décision :

- établir une échelle de classification et les mesures attachées à chaque degré de l’échelle,
- débattre sur la propriété de vivant et décider d’une éthique,
- encourager la recherche collective financée par l'impôt du contribuable, car l'indépendance à un prix,
- encadrer les expérimentations que nous aurons estimé servir le bien commun.

A chaque fois que la préservation du bien commun est en jeu, la France a un rôle particulier à jouer dans le monde !

Sur le sujet des OGM, c’est le moment pour la France d’établir un message clair et audible, et de le faire entendre dans le monde ! Pour établir ce message et le porter dans le monde, j’attends beaucoup d’Alain Juppé !