Les jours passent, et les espoirs de retrouver la maman s’estompent. « Maman de passage à Sauveterre ou bien « maman de Sauveterre ayant caché sa grossesse », les deux hypothèses restent de mise…

Si nous ne retrouvons pas la maman, si la maman ne se présente pas, nous ne pourrons pas savoir ni comprendre ce qui est arrivé. Les raisons de cette séparation. Je préfère utiliser le terme de « séparation » que celui d’abandon usuellement utilisé. Car cette séparation sera une sorte de calvaire à porter tant pour le bébé, un jour venu, que pour la maman.

Dès que l’enquête de Gendarmerie sera close, si la maman n’a pas été retrouvée, le bébé deviendra Pupille de l’Etat, et sera confié par l’état à l’Aide Sociale à l’Enfance (ASE), un service du Conseil Général de la Gironde. Il sera vraisemblablement rapidement confié à l’adoption. C’est le Conseil de Famille qui décidera de la famille qui va l’accueillir, parmi les familles qui ont fait la démarche auprès du Conseil Général de la Gironde. Dans la mesure où les familles présentées sont toutes acceptées par les services, les enfants sont confiés, le plus souvent, dans l’ordre chronologique.

Ensuite il va construire avec sa nouvelle famille, une nouvelle vie.

Si dans quelques années il apprend qu’il a été séparé de sa maman « biologique » à sa naissance, il pourra faire appel au CNAOP (Conseil National d’Accès aux Origines Personnelles) pour avoir accès à son dossier. Dans ce dossier il trouvera des éléments de compréhension de son histoire : des articles de presse, une lettre du Maire de Sauveterre, … et si la Maman l’a souhaité d’ici là, une lettre de sa Maman lui expliquant pourquoi cette séparation a eu lieu.

Pour se construire, pour construire sa vie, il aura besoin de cette histoire, de son histoire, qui est aussi une parcelle de notre histoire. Comme l’écrit le Professeur Golse, Président du CNAOP : « L’histoire se co-construit entre les enfants et les adultes, elle est le fruit d’une co-écriture active » La rencontre des enfants avec leur environnement, présent, passé, constituent la trame de leur histoire personnelle. Ces rencontres font l’histoire dans laquelle l’enfant a évoluer et qui va lui permettre d’écrire sa propre histoire. « Les bébés n’ont pas seulement besoin qu’on leur raconte des histoires, chose pourtant si importante. Ils ont besoin aussi d’apprendre peu à peu à raconter, et à pouvoir raconter à eux-mêmes, leur propre histoire… »

Nous serons là pour lui raconter son histoire qui fait désormais partie de notre histoire.

Comme je siège à la fois au Conseil de Famille et au CNAOP, il est probable que le bébé de Sauveterre ressurgisse de temps en temps dans ma vie. Je l’y accueillerai avec plaisir.