Chère Madame, Chers Amis,

Nous voici à Blasimon dans cette abbaye qu’il aimait tant pour honorer la mémoire de Guy Mercadier.

Guy était un passeur de mémoire, un pèlerin, un jardinier du souvenir.

Chaque année, il partait à la rencontre des plus jeunes, notamment au collège Robert Barrière, pour leur raconter les horreurs de la seconde guerre mondiale.

Guy_Mercadier_2004_05.jpg

Il témoignait avec émotion du départ de son Papa, entre deux miliciens… alors qu’il était adolescent. Un Papa qu’il ne reverra jamais.

Président cantonal de l’ANACR, Guy Mercadier, organisait chaque année avec son équipe, un pèlerinage sur les lieux des faits de résistance de 1944, ici, dans le canton de Sauveterre :

  • près de l’abbaye de Blasimon, ou des maquisards ont été fusillés ;
  • sur la place de Blasimon où Roger Teillet a été pendu ;
  • à Mauriac, ou l’abbé Greciet a été immolé par le feu ;
  • à Saint Martin du Puy, ou des maquisards sont morts dans un combat contre les miliciens de Vichy ;
  • à Saint-Léger de Vignague, ou des résistants ont été surpris par les Allemands au moment où ils prépareraient l’accueil d’un parachutage des alliés ;

Avec l’ANACR il a œuvré pour que les dates du 18 juin 1940 et du 27 mai 1943 soient reconnus comme des dates officielles du calendrier de la République Française.

Le « 18 juin – appel du Général de Gaulle » l’a été en 2006, le « 27 mai – journée nationale de la résistance » l’a été en 2013 ! C’était une grande fierté pour l’ANACR et pour Guy Mercadier.

A l’occasion du 60ème anniversaire de 1944, nous avions reçu ici Michel LECLERC, le fils du Général.

Guy et lui avait beaucoup échangé, ils étaient devenu des amis. Depuis, ils échangeaient des courriers. L’un et l’autre avait une grande admiration pour leur père.

Avec Guy, nous avions accompagné Michel LECLERC au Château des Lèves, où il habitait avec sa famille pendant la guerre. C’est là qu’enfant, il avait vu son Père arrivé après de multiples évasions, en vélo, et qu’il l’avait vu repartir 48 heures plus tard vers l’Espagne, et le Portugal pour rejoindre LONDRES.

Guy Mercadier et Michel Leclerc étaient tombé dans les bras l’un de l’autre. Ce fut un moment de grande émotion.

Guy_Mercadier_2004_02.jpg

Lorsque je regarde les photos de cette commémoration de 2004, j’ai le cœur serré : j’y vois tous ceux que nous avons accompagnés dans ce devoir de mémoire et qui ne sont plus là aujourd’hui : Michel Leclerc, les frères Escabasse, Jean Pauly, Serge Girodeau, le commandant Michaud, Loïc Prigent, Francis Naboulet, Volny Favory…

Guy_Mercadier_2004_01.jpg

Il y a quelques années, Guy s’était rendu à NEUENGAMME, au sud-est de Hambourg sur l’Elbe, le camp de concentration où son Père est mort avec 55000 autres déportés. Il était revenu de ce voyage très ému.

Il m’avait confié : « Mon père, je ne l’ai jamais revu. Mais les deux miliciens qui étaient venu le chercher, eux, je les ai revus souvent. Et ça, je ne m’y ferai jamais.»

Ces derniers jours, Colette me dit que Guy, dans son sommeil, appelait son Père.

Il est parti le retrouver. Ils sont désormais ensemble pour l’éternité.

Nous, il nous faut poursuivre son œuvre, l’œuvre de Guy, l’œuvre des anciens résistants, celle des amis de la résistance.

La flamme du souvenir, est comme la flamme olympique, elle doit se transmettre pour ne jamais s’éteindre. Transmettre la flamme du souvenir afin que jamais il ne tombe dans l’oubli. Telle est notre mission.

Pardonner, mais ne jamais oublier.

Le pardon n’efface pas le souvenir. Il le porte.

Guy_Mercadier_2014_04.JPG