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8_mai_2017_06.jpgMesdames, Messieurs, chers amis,

Le Jeudi 20 avril, vers 21 heures, un homme de 39 ans a ouvert le feu sur un fourgon de police garé sur l’avenue des Champs-Élysées à Paris, tuant Xavier Jugelé et blessant trois personnes, deux policiers et une passante allemande. Les policiers avaient immédiatement riposté, et ont tué l’attaquant.

Cet attentat avait ensuite été revendiqué par le groupe terroriste Daech dans un communiqué.

Avant de vous lire les quelques mots que j’ai écris à l’occasion de cette commémoration de la capitulation de 1945, permettez-moi de vous demander d’observer une minute de silence à la mémoire de Xavier Jugelé, 37 ans, il était membre de la 32e compagnie de la direction de l’ordre public et de la circulation (DOPC) de la Préfecture de police de Paris.

(…)

Je vous remercie.

Nous avons commémoré cet après-midi la capitulation du 8 mai 1945, et comme chaque année nous l’avons fait dans les 4 communes qui constituent Sauveterre-de-Guyenne depuis 1965 : Le Puch, Saint-Léger de Vignague, Saint-Romain-de-Vignague, et la Bastide de Sauveterre.

Devant chacun de ses monuments, la sonnerie aux morts a retenti, grâce au clairon de l’UNC qui nous accompagne désormais à chacune de nos commémorations, je le remercie de sa présence parmi nous.

Devant chaque monument les drapeaux de la nation se sont inclinés grâce à la présence des porte-drapeaux des associations d’anciens combattants et des amis de la résistance. Je les remercie de leur présence parmi nous.

Devant chaque monument l’hymne national a été chanté par les personnes qui ont suivi ces commémorations que je remercie de leur présence nombreuse aujourd’hui.

Ce parcours nous l’avons fait quelques heures après que le Président de la République François Hollande et son successeur Emmanuel Macron aient remis une gerbe au pied de la statut du Général de Gaulle, chef, acteur et symbole de la France Libre et qu’ils aient ravivé la flamme du soldat inconnu située sous l’Arc de Triomphe, place de l’Etoile.

Nous aussi nous avons rendu hommage au Général de Gaulle en nous rendant au monument aux Morts de Saint Romain de Vignague sur cette place qui porte désormais le nom « Général de Gaulle – Appel du 18 juin ».

Nous aussi nous avons rendu hommage au soldat inconnu. Celui dont la sépulture se trouve dans le cimetière de Saint Léger de Vignague. Nous avons déposé, avec Jean Favory, des fleurs sur sa tombe puis nous avons fredonné le chant des partisans dont les paroles magnifiques et toujours lourdes de sens furent écrites par le regretté Maurice Druon.

Nous avons aujourd’hui fait chacun les mêmes gestes dans toute la France.

A Notre-Dame de Sauveterre nous nous sommes recueillis et nous avons prié pour les enfants de Sauveterre morts pour la France, et je remercie de Père Christophe Picault d’accepter, chaque année, de célébrer une messe à leur intention.

Habituellement, la messe est servie par deux enfants Irakiens de Mossoul réfugiés au Presbytère de Sauveterre depuis plusieurs années, Saïf et Youssef. Nous leur dédions cette cérémonie de commémoration et nous faisons le vœu que l’Etat Islamique soit définitivement chassé de Mossoul par l’armée Irakienne comme les Nazis ont été chassés du sol de France.

Je vous dis tout cela chers amis pour que chacun comprenne qu’il n’y a pas d’un coté l’Histoire du Monde et de l’autre notre histoire. Les deux histoires sont intrinsèquement liées. Cela veut dire que chacun de nous est un acteur de l’histoire comme tous ceux qui nous ont précédés l’ont été.

Chacun sait combien la mémoire d’un peuple est fragile.

Chacun sait aussi que la mémoire des peuples repose sur la mémoire des hommes.

Les commémorations telles que nous les effectuons chaque année, les dates inscrites dans les agendas, dans les calendriers, l’entretien des lieux où nos anciens ont choisi d’élevé des monuments, des stèles, d’apposer des plaques, de graver des noms, la lecture des programmes scolaires, des livres, l’écoute des histoires que l’on se raconte en famille, sont autant de moyens de se souvenir, de comprendre, d’apprendre, de transmettre… autant de moyens de ne pas oublier.

Ce n’est pas un hasard si l’Allemagne Nazie hier, comme l’Etat Islamique aujourd’hui, brulait des livres, pillait de monuments, tentait de réécrire l’histoire, de changer le calendrier des peuples, de nier parfois l’évidence…

La mémoire sous toutes ses formes est le 1er opposant des dictateurs !

Chacun de nous peut donc s’opposer aux dictatures en entretenant la mémoire, les mémoires, autour de lui.

Souvenons-nous que Sauveterre était sur la ligne de démarcation qui en 1940, coupait la France en 2 : la France « libre » d’un coté, la France occupée de l’autre.

Souvenons-nous du passage à Sauveterre du gouvernement Belge en exil et du 1er Ministre Hubert Pierlot.

Souvenons-nous de 1944, ici, dans le canton de Sauveterre : près de l’abbaye de Blasimon, ou les maquisards ont été fusillés, sur la place de Blasimon où Roger Teillet a été pendu, à Mauriac, ou l’abbé Greciet a été immolé par le feu, à Saint Martin du Puy, ou des maquisards sont morts dans un combat contre les miliciens de Vichy, à Saint-Léger de Vignague, enfin, ou des résistants ont été surpris par les Allemands au moment ou ils prépareraient l’accueil d’un parachutage des alliés. La ferme de la famille Bry avait été incendiée. Les témoins de ces atrocités disparaissent chaque année …

L’un d’eux était Guy Mercadier. Guy nous a quittés en 2015. Guy avait été témoin de l’arrestation de son Père par les miliciens du gouvernement Français de Vichy. Il y a quelques années, Guy s’était rendu à NEUENGAMME, au sud-est de Hambourg, sur l’Elbe, le camp de concentration où son Père est mort avec 55000 autres déportés. Il était revenu de ce voyage très ému. Il m’avait confié : « Mon père, je ne l’ai jamais revu. Mais les deux miliciens qui étaient venu l’arrêté, eux, je les ai revus souvent. Ils habitaient Port-Sainte-Foy. Et ça, je ne m’y ferai jamais.» Lorsqu’il nous a quitté en 2015, 70 ans plus tard, son épouse Colette me raconta que Guy, dans son sommeil, appelait son Père… Il est parti le retrouver. Ils sont désormais ensemble pour l’éternité.

Je vous raconte cela car, nous, il nous faut poursuivre leur œuvre, l’œuvre de Guy, l’œuvre des anciens résistants, des anciens combattants, celle des amis de la résistance, des déportés, des compagnons de la Libération.

La flamme du souvenir, est comme la flamme olympique, elle doit se transmettre pour ne jamais s’éteindre.

Transmettre la flamme du souvenir afin que jamais il ne tombe dans l’oubli, telle est notre mission.

Commémorer souvent, raconter encore, pour se souvenir toujours.

Pardonner, mais se souvenir.

Pardonner et ne jamais laisser notre vigilance s’endormir, afin que plus jamais la bête immonde ne se réveille en Europe et dans le Monde, afin de voir encore de nouvelles générations se lever avec le sourire.

Vive la République, Vive la France, Vive l’Europe.

Yves d’Amécourt Le 8 mai 2017