« La République en Marche ! » est bien partie pour décrocher une très large majorité à l'Assemblée nationale. Une horde d’élus pour la plupart inconnus va entrer au Palais Bourbon. Ils ont en commun une étiquette.

Ce scrutin réputé «local» a laissé la place à un scrutin ouvertement «national».

On disait autrefois : «Peu importe le flacon pourvu qu’on ait l’ivresse»… Aujourd’hui les choses ont changé. Seul le flacon compte. Les marques ont recueilli plus de suffrages que les hommes et les femmes. Le travail local, le projet, le programme, le bilan … Tout est passé à la trappe au profit des « marques » des « franchises ».

Le marketing a supplanté la démocratie. Rien d’étonnant, car aujourd’hui, chacun passe plus de temps avec sa télévision qu’avec son voisin. Dans chaque commune de France, « The Voice » a plus de spectateurs que la « fête du village » !

Nous voici donc avec un parti unique « La République en Marche ! » qui a recueilli des voix de gauche et des voix de droite. La promesse d’une « France unie » slogan déçu de François Mitterrand en 1998, semble recueillir l’assentiment des Françaises et des Français. « La République en Marche ! » a pompé des voix partout.

Le parti d'Emmanuel Macron et son allié le MoDem ont obtenu, dimanche 11 juin, 32,2% des voix au premier tour des élections législatives. Ce score les place devant l'alliance Les Républicains-UDI (21,5%) et le Front national (14%), au terme d'un premier tour marqué par une très forte abstention 50%.

Les électeurs du Front National en mal de « dégagisme » ont été séduit par le « chamboule-tout » proposé par Emmanuel Macron.

Les électeurs du PS ont abandonné en rase campagne leurs élus locaux, avec cynisme, pour rejoindre La République en Marche …

La formation politique de François Hollande et de Benoît Hamon ne recueille, elle, que 10,2% des voix, une défaite à l'ampleur inédite sous la Ve République pour un parti de gouvernement. Même en 1993, quand seuls 57 députés PS ou apparentés avaient été élus, le parti avait recueilli 17,40% des voix… Les socialistes ont voté « En Marche ! » pour les uns et « France Insoumise » pour les autres. Emmanuel Macron et Jean-Luc Mélenchon ont gagné leur pari : détruire le PS.

Les électeurs des Républicains ont été séduits par la nomination au gouvernement de 3 membres de leur famille politique. 3 félons qui nous auront donc fait perdre les élections Présidentielles… et les élections législatives !

Les électeurs communistes exclus de la France Insoumise par un Jean Luc Mélenchon prêt de ses sous, se sont dit « pourquoi pas ? » après-tout, Robert Hue n’a –t-il pas rejoint la République en Marche ?

Affaibli par ses bisbilles avec Jean-Luc Mélenchon, le Parti communiste recueille 3% des voix, tout comme Europe-Ecologie-Les Verts (EELV). Debout la France, le parti de Nicolas Dupont-Aignan enregistre 1% des voix. Les autres formations politiques obtiennent 4,1% des voix.

A l’extrème-gauche, La France insoumise (11%) confirme (de peu) son leadership sur le Parti socialiste, mais réalise un score plus faible que celui enregistré par Jean-Luc Mélenchon au premier tour de la présidentielle (19,58%).

Nous voici donc avec un parti unique, un engouement national, si ce n’était le taux d’abstention (50%) qui représente aujourd’hui la seule et véritable opposition. C’est la raison pour laquelle, face à cette déferlante, je préconise, sur ma circonscription, l’abstention.

Les tenants du « système » ont réussi leur coup. Ils tiennent le système plus que jamais, avec l’aide inespérée des « antisystèmes » !

A cet instant je me souviens de la déclaration que François Bayrou avait faite avec panache, à Toulouse, le jour où il a refusé de rejoindre l’UMP, parti d’union de la droite et du centre créé par Alain Juppé : « Le jour où nous penserons tous la même chose, c’est que nous ne penserons plus rien ! ».

Et bien nous y sommes Monsieur Bayrou ! Une Assemblée Nationale où tout le monde pensera la même chose est en passe d’être élue.

D’ailleurs chaque candidat a signé l’engagement de voter les lois proposées par Emmanuel Macron, sans même les connaître. C’était la condition sine qua non de chaque investiture. Les candidats « novices » ne souhaitent pas participer aux débats télévisés d’entre deux tours. Le parti est verrouillé. Le Président de la République a sa liberté de parole, mais ses candidats doivent ranger leur langue dans leur poche.

Jean Lassalle rêvait « d’un berger à l’Elysée »… Nous avons déjà les moutons au Palais Bourbon !

Nous n’avons pas le berger, mais nous aurons les moutons ! Des candidats qui doivent tous leur élection au Président de la République. Des candidats en majorité inconnus, « nommés » pour la plupart, élus grâce à leur étiquette.

Cette première estimation dessine les contours d'une Assemblée très largement dominée par « La République en Marche » et son allié MoDem. Ils obtiendraient entre 390 et 430 sièges, un chiffre supérieur à la majorité absolue (289 sièges). Les autres grands partis se partagent les miettes : entre 85 et 125 députés pour Les Républicains/UDI, 20 à 35 pour le Parti Socialiste et ses alliés PRG/Divers Gauche/EELV, 11 à 21 pour La France Insoumise et le PCF, 3 à 10 pour le Front national, et 7 à 12 pour les autres formations.

Le nouveau président de la République devrait donc avoir les mains libres pour gouverner et appliquer son programme. Sauf retournement de situation entre les deux tours, cette élection devrait parachever la razzia de La République en Marche sur le paysage politique français. "Les Français sont cohérents : ils nous donneront une majorité pour gouverner et légiférer", prédisait le président à la mi-avril.

Porté par un début de mandat jugé réussi, selon les enquêtes d'opinion, Emmanuel Macron a profité d'une configuration qui s'est vérifiée à chaque reprise depuis 1981, de Mitterrand à Hollande en passant par Chirac et Sarkozy : un président élu a toujours obtenu une majorité dans les législatives suivant son élection. Une logique institutionnelle et légitimiste que les premières affaires, autour de Richard Ferrand et François Bayrou, n'ont pas enrayée.

Une question se pose aujourd’hui : quel est l’intérêt de voir se succéder ainsi deux élections si la seconde conforte systématiquement la 1ère ? Si le souhait des Français est de donner une majorité au Président de la République ?

Ne confondons pas la démocratie et le suffrage universel.

La démocratie c’est la prise en compte des besoins des habitants de la Nation. Le suffrage universel est un outil au service de la démocratie. Mettre le suffrage universel à toutes les sauces ne sert pas toujours la démocratie. Il faut l’utiliser avec précaution et à bon escient.

Les Français plébiscitent l’élection du Président de la République ? L’élection législative recueille moins de 50% de votants ! Alors tenons en compte et sauvons la démocratie !

  • Si le territoire n’a plus d’importance pour les électeurs, et que seul compte l’étiquette, la marque du Président, alors admettons que le Président de la République est le « chef de la majorité », supprimons le 1er Ministre, organisons une proportionnelle intégrale le jour du 1er tour de l’élection Présidentielle afin d’élire les députés et le Président lors de la même élection. Certains proposent même que le Président soit à la tête d’une liste candidats à la députation.
  • Si l’on souhaite rester dans un régime parlementaire, alors il faut élire les députés et le Président concomitamment pour éviter l’influence d’un scrutin sur l’autre ; Deux « 1er tour » le même jour pour le Président et pour le député. Ainsi les électeurs pourront répondre, le même jour, à deux questions : Qui pour Présider la France ? Qui pour représenter mon territoire à l’Assemblée Nationale ? Sans que la réponse à l’une n’influence la réponse à l’autre.

Ce faisant nous économiserons de l’argent et de l’énergie (une élection législative coûte à l’Etat environ 100 M€) ! Deux ressources dont le pays a grandement besoin !

« La Chambre Introuvable »

Dans une interview parue le 8 juillet 2015 dans le journal hebdomadaire Le 1, Emmanuel Macron déclarait : "Il nous manque un roi"…

Le voilà aujourd’hui dans la situation de LOUIS XVIII !

Il y a deux cent ans, en août 1815, alors que Louis XVIII retrouvait le trône après le retour de Napoléon et l’épisode des Cent-Jours, des élections à la Chambre des députés marquèrent le triomphe des ultra-royalistes. Louis XVIII qualifiera lui-même cette assemblée de « Chambre introuvable », exprimant sa surprise et son plaisir de pouvoir ainsi compter sur une forte majorité a priori si favorable à son pouvoir.

Mais les députés « ultras » exigèrent des mesures extrémistes que Louis XVIII, à l’aune des leçons du passé, savait vouées à l’échec. En 1815, la chambre était donc « plus royaliste que le Roi ».

Inquiet de voir avorter sa volonté de réconcilier les deux Frances, il se résolut à dissoudre en septembre 1816 cette chambre qui lui était pourtant, sur le papier, si favorable. Que deviendra donc la grande majorité « en Marche » si favorable au Président Macron, lorsque les uns et les autres, des amis du communiste Robert Hue à ceux du très libéral Alain Madelin, des amis de Pierre Berger, favorable à la GPA, à ceux qui manifestaient contre « le mariage pour tous », s’apercevront de leurs différences … Que deviendra cette « Chambre Introuvable » lorsque les « plus Macronistes que Macron », les ultras bercés d’illusion, devront affronter ceux qui ont rejoint la cour du Roi pour paraître, heureux simplement de paraître, et tellement inquiets de voir leur image dégradée par des réformes trop osées …

Que deviendra la majorité « en marche » quand ceux qui sont là pour « en être », simplement satisfait d’en être, arrêteront de marcher et empêcheront de marcher, ceux qui sont là pour agir !

Que deviendra cette Chambre Introuvable lorsque les députés en Marche s’apercevront que leur Président, faute d’avoir de l’autorité sur sa majorité monochrome mais tellement composite, faute de faire autorité, devient autoritaire.

Nous, Les Républicains, ne rejoignons pas le troupeau.

Profitons de cette période pour nous restructurer, pour nous organiser, pour nous entrainer, pour nous préparer à exercer de nouveau le pouvoir.

Parachevons avec la société Civile ce travail de fonds réalisé depuis 3 ans. La Société Civile a mis beaucoup d’espoir en nous. Ne la décevons pas !

Préparons ensemble la réforme. Renouvelons le personnel politique et les visages que nous présentons au pays. Faisons œuvre de pédagogie pour expliquer les réformes les plus difficiles, et les moins comprises. Travaillons avec les médias pour leur expliquer notre démarche. Evitons la caricature pour ne pas être caricaturés nous-mêmes. Ne nous laissons pas aller dans les polémiques inutiles. Démontrons sur nos territoires combien nos propositions sont opérationnelles et comment elles changent la vie de nos concitoyens.

Nous avons pour nous d’être d’accord quasiment sur tout. Débattons simplement de la profondeur des réformes, de l’emplacement du curseur et de l’atteinte des objectifs. N’oublions pas les objectifs. Une demi-réforme n’est pas une réforme.

Ne nous laissons pas attirer par le « macronisme » ambiant, comme les bateaux sur le récif par le chant de la Lorelei … Le jour où nous penserons tous la même chose, c’est que nous ne penserons plus rien… Marquons nos différences, elles sont nombreuses !

Un jour viendra où le marketing marquera le pas. Même les plus grands arbres ne montent pas jusqu’au ciel. Pendant ce temps qui nous est donné, cultivons notre jardin.

« Travailler, prenez de la peine, c’est le fonds qui manque le moins », disait le laboureur à ses enfants.

Et bien travaillons !