Les intentions de l’exécutif ont de quoi inquiéter les élus régionaux. Selon “Les Échos” du jeudi 2 novembre, le gouvernement souhaiterait basculer l’apprentissage du côté des branches professionnelles. En contrepartie, les Régions seraient cantonnées à la formation des demandeurs d’emploi.

Rappelons ici que notre candidat François Fillon proposait, au contraire, de confier aux Régions les 1.500 lycées professionnels qui accueillent près de 666.000 élèves, de les détacher de l'Education nationale pour en confier la gestion aux régions et aux branches professionnelles , lesquelles ont déjà la charge des centre de formation en alternance, les CFA. L'objectif était de les décentraliser et de fusionner ces établissements pour en faire de véritables établissements de formation professionnelle et d'apprentissage!

L’apprentissage est une compétence structurante des Régions. Elles y consacrent près de 2 milliards d’euros par an (investissement et fonctionnement) et développent cette modalité de formation efficace pour l’insertion professionnelle des jeunes, comme elles l’ont rappelé dans une lettre adressée le 3 novembre au Premier ministre Edouard Philippe.

“Ce qu’envisagerait le gouvernement c’est casser l’apprentissage en deux. Nous ne pourrions l’accepter”, a résumé François Bonneau, Président délégué de Régions de France lors d’une conférence de presse aux côtés de représentants de la quasi-totalité des 18 Régions de métropole et d’outre-mer.

A l’unisson, Valérie Pécresse, Première Vice-Présidente de Régions de France, a mis en garde contre le risque de fracture entre les formations: “Notre inquiétude est qu’on nous pique ce qui marche, et qu’on nous laisse ce qui ne marche pas”. La présidente de la Région Île-de-France a insisté sur les résultats obtenus: “+8% d’apprentis grâce au travail méthodique des branches, des partenaires sociaux et des élus”. Christelle Morançais, Présidente de la Région des Pays de la Loire, a quant à elle rappelé que “les 51% de taxe d’apprentissage qui vont aux Régions sont un soutien à l’offre de formation des PME répartie sur tout le territoire”.

16 pages de propositions

Déterminés à être forces de proposition dans le débat ouvert par le gouvernement, les élus régionaux ont présenté un document de 16 pages qui synthétise leurs souhaits de réforme pour l’orientation, l’apprentissage, la formation professionnelle tout au long de la vie, l’accompagnement vers l’emploi et la prise en compte des spécificités des Outre-mer.

Les Régions demandent en particulier à “intégrer les missions d’orientation scolaire, d’information sur les métiers et sur l’évolution de l’emploi, de conseil dans les missions du Service public régional de l’orientation” (SPRO).

Pour l’apprentissage, elles proposent notamment que leur soit reconnu un droit à l’expérimentation pour unifier les primes et les aides aux employeurs d’apprentis ou pour lever les freins à son développement (accompagnement des ruptures,  rémunération, statut de l’apprenti…). Ou encore d’informer obligatoirement tous les collégiens sur les formations en alternance ou de généraliser les dispositifs de préparation à l’apprentissage.

Pour un choc de simplification

Pour la formation, les Régions prônent un “choc de simplification” face aux 21 schémas différents qui co-existent aujourd’hui. Elles proposent d’unifier le pilotage de la formation des demandeurs d’emploi autour des Régions pour réduire les coûts de gestion et être plus efficaces. “Les plans successifs créent de l’instabilité. Nous demandons la décentralisation du plan investissement compétences”, a souligné David Margueritte, Président de la Commission Emploi, Formation professionnelle et Apprentissage de Régions de France.

Enfin, Régions de France préconise d’expérimenter par les Régions volontaires les fonctions de Pôle emploi consacrées au conseil et à l’accompagnement vers l’emploi. “Nous ne demandons absolument pas des ‘pôles emploi régionaux’, mais une articulation avec les priorités des Régions pour l’emploi”, a précisé François Bonneau.

Les président.e.s espèrent que le gouvernement reprendra leurs propositions. Lors d’un premier rendez-vous le 19 octobre dernier, “le Premier ministre nous a écoutés”, a noté le Président délégué de Régions de France. Mais “notre impression est que le gouvernement ne comprend pas l’action des Régions pour mettre fin aux fractures territoriales”, a complété Valérie Pécresse.

Les Régions attendent en particulier du gouvernement des propositions concrètes pour sortir de l’impasse sur leurs finances pour 2018, après la décision de réduire de 450 millions d’euros leurs ressources, confirmée par Edouard Philippe à leur dernier Congrès le 28 septembre dernier à Orléans.

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