En effet, si les plantations de palmiers à huile sont responsables de moins de 0,5 % de la déforestation mondiale, ce chiffre peut monter à 50 % dans certaines zones. La situation est particulièrement problématique en Indonésie et en Malaisie, les deux premiers producteurs mondiaux qui accueillent respectivement 60 % et 32 % des 18,7 millions d'hectares de plantations industrielles de palmiers à huile. Cette monoculture a ainsi été responsable de 50 % de la déforestation à Bornéo entre 2005 et 2015. Conséquence de cette déforestation massive, la population d'orang-outangs a chuté de 25 % sur l'île pendant la dernière décennie. Mais gibbons, tigres et certaines espèces d'oiseaux sont également touchés. Au total, 193 espèces sont considérées comme menacées.

Malgré ce constat, plaider pour une interdiction de l'huile de palme n’est ni raisonnable, ni probant !

En effet, la moitié de la population mondiale utilise l'huile de palme pour son alimentation ! L’huile de palme « rouge », c’est à dire non raffinée, ou faiblement, est un des aliments les plus riches en vitamines (notamment en vitamine A) qui existe. Sa qualité alimentaire est indéniable !

Aussi si nous l'interdisons ou la boycottons, d'autres huiles, plus gourmandes en terres, prendront très certainement sa place.

D'autres pratiques agricoles comme les monocultures de soja et d'hévéas peuvent être tout aussi néfastes et avoir impact négatif considérable sur la plupart des espèces.

Par ailleurs, le rendement de l’huile de palme est beaucoup plus élevé que celui d'autres huiles végétales, comme le tournesol ou le colza. La remplacer risquerait de nécessiter plus de terres et cela conduirait également à déplacer l'impact vers d'autres écosystèmes, comme les forêts d'Amérique du Sud ou la savane.

La solution est plutôt dans la recherche d’une huile de palme sans déforestation ! C’est possible en favorisant les plantations de palmiers à huile sur des zones écologiquement dégradées –il y en a- , et non à la place de forêts tropicales.

L'huile de palme certifiée « durable » s'est avérée, jusqu'à présent, à peine plus efficace pour empêcher la déforestation que son équivalente non-certifiée, mais l'approche est encore relativement nouvelle et possède un potentiel pour améliorer la durabilité.

Quant aux carburants issus de l’huile de palme, il convient d’être circonspect ! En effet, si l'huile de palme peut remplacer les combustibles fossiles, il faudra des décennies pour compenser le carbone libéré par la destruction des forêts ainsi utilisées !

D’une manière générale la production d’agro-carburants (le terme de biocarburant n’est pas approprié) n’est pas un modèle pérenne dans un monde où la population augmente et où les besoins en alimentation augmenteront eux aussi. Le modèle Allemand, que je connais bien, qui consiste à produire de l’ensilage de maïs pour le faire digérer par des méthaniseurs et produire du gaz et/ou de la chaleur, n’est pas non plus satisfaisant. La vocation des terres arables, selon moi, est bien plus d’alimenter les hommes et les animaux, que de produire de l’énergie, sauf lorsqu’il s’agit d’un sous produit des cultures vivrières, où de la mise en culture d’espaces qui n’ont pas d’autre vocation. La filière agro-carburant existe et mérite d’être soutenue. Mais je ne suis pas favorable à son développement trop important qui aurait comme impact l’appauvrissement des ressources foncières pour les autres filières agricoles.

Comme dans toute chose il convient de sortir de la caricature et de la simplification à outrance que nous proposent une presse toujours « pressée » et des militants écologistes à la recherche de solutions faciles et de slogans tapageurs !

Très lié au Congo-Brazzaville depuis longtemps je m’y rends tous les deux ans depuis 20 ans. Je sais combien l’huile du palmiste est le seul revenu de très nombreuses familles d’Afrique subsahariennes et de villages entiers. Interdire l’huile palme n’aurait pas de sens !

Dans le monde, les petits planteurs représentent aujourd’hui plus de 40 % de la production d’huile de palme ! Bien loin de l’image que les écolos veulent donner de cette filière !

La solution est donc dans l’encouragement de la production d’huiles de palme sans déforestation. Cela vaut pour l’huile de palme comme pour d’autres cultures.

D’une manière générale, la forêt mondiale doit être protégée. Protégée ne veut pas dire laissée de coté ! Les produits de la forêt doivent être récoltés afin, d’une part, de profiter de cette production de bio masse et d’autre part d’augmenter sa capacité à fixer le carbone. Il nous faut garder l’objectif de récolter sur une année, ce que la terre est capable de produire dans le même espace temps !

Pour le faire c’est sur une vaste réforme foncière qu’il convient de travailler. La meilleure façon de protéger la forêt est en effet, de connaître les propriétaires des espaces forestier, qu’ils soient privés ou publics. Or, dans une grande partie du monde les forêts ne sont la propriété de personne et elles sont donc directement menacées d’être pillées par tous ! C’est justement dans ces régions que la déforestation est la plus importante. Le travail de fond que nous devons mener dans le monde est d’entrainer tous ces pays vers une réforme foncière de la même amplitude que celle accomplie en son temps, en France, par Napoléon ! Il s’agit, ni-plus ni-moins que d’établir des cartographies du même type que notre cadastre.

Elle devra être accompagnée d’un processus de convergence entre les droits coutumiers et les lois des différents pays concernés. Dans certains pays, la plantation d’un arbre est assimilée à une spoliation du droit de propriété du sol, tandis que la récolte d’un arbre n’est pas encadrée par la loi ! Les conséquences sont inévitablement la déforestation !

L’objectif de cette réforme foncière est de permettre le développement de ces pays, en favorisant l’accès au foncier agricole pour les agriculteurs et l’exploitation des zones forestières dans des conditions acceptables pour l’environnement !

La problématique particulière de l’huile de palme est un sujet anecdotique à l’échelle de ce qu’il convient d’entreprendre et qui est directement lié aux sujets dont traitent les médias aujourd’hui, toujours avec le même « petit bout de la lorgnette », à savoir, le développement local dont ces pays ont besoin, et sans lequel se développera et s’amplifiera l’immigration économique.

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