Jusqu’au milieu du XIXe siècle, le désherbage était réalisé à la main. Une tâche particulièrement fastidieuse mobilisant une importante main d’œuvre. L’utilisation à partir de cette époque du désherbage chimique a permis une forte augmentation de la productivité. Avec la mécanisation permise par la maîtrise de l’énergie de la vapeur, le désherbage chimique fait partie des facteurs à l’origine de la première Révolution industrielle. En augmentant la productivité agricole, elle a libéré une importante main d’œuvre qui, en migrant dans les villes, a fourni les ressources nécessaires au développement industriel.

Le désherbage chimique est depuis près de deux siècles une pratique largement répandue. Doté de multiples avantages, le glyphosate, seul herbicide système utilisable en grandes cultures, est le produit désherbant le plus utilisé. Sur les 60 000 tonnes de produits phytosanitaires qui étaient utilisés en 2016 chaque année en France, 9 000 tonnes étaient du glyphosate (soit 15% de la consommation), dont 8 000 par l’agriculture et 1 500 par les espaces publics et les particuliers. Depuis 2017, son utilisation est néanmoins proscrite pour les espaces publics, et devrait l’être à partir de janvier 2019 pour les particuliers.

L’utilisation des produits phytosanitaires fait aujourd’hui l’objet d’un important débat. Il s’inscrit dans un mouvement plus général de méfiance vis-à-vis de tous les produits chimiques et d’attirance symétrique pour toutes les pratiques réputées « naturelles ». Si les termes de ce débat sont connus depuis longtemps, ils se structurent depuis quelques années autour d’une tendance troublante : la remise en cause, implicite ou non, des avis scientifiques et leur mise sur un pied d’égalité avec des opinions qui, pour être respectables, n’en sont pas moins avant tout le reflets d’idées et de prises de positions idéologiques. A l’objectivité scientifique est ainsi opposée la subjectivité passionnée et militante. Au principe de falsifiabilité (qui pose qu’une théorie est réputée exacte jusqu’à ce qu’elle soit prouvée fausse) est opposée une version déformée du principe de précaution selon lequel les produits chimiques sont mauvais a priori. Au principe d’expérimentation suivant un protocole strict et prenant en compte des conditions particulières de l’environnement sont opposés certains événements ponctuels hâtivement généralisés.

La pression exercée avec succès par quelques minorités particulièrement actives sur l’opinion publique se transmet aux décideurs politiques. Transformant des questions scientifiques en supports de communication politique, ils ne font guère progresser le débat, préférant trop souvent relayer les arguments les moins solides et les prises de position péremptoires. C’est pour cette raison qu’il nous a paru important de tenter d’éclairer les enjeux du débat afin de lui permettre, autant que possible, de quitter le domaine des passions et de l’idéologie pour revenir à celui des faits.

Le glyphosate est un herbicide utilisé depuis 40 ans dont l’innocuité a été confirmée à chaque renouvellement de son autorisation de mise sur le marché. La molécule entre dans la composition d’un certain nombre d’herbicides dont le plus connu est le Round up. Les avis des trois principales agences sanitaires françaises et européennes (l’EFSA, l’ANSES et l’ECHA) sont unanimes : le glyphosate est non cancérogène, son utilisation est sans risque pour la santé publique et sa dégradation rapide lui permet avoir peu d’impact sur l’environnement. Pourtant, des voix, y compris parmi les décideurs politiques importants, se sont élevées pour prendre position contre le glyphosate, si bien que la possibilité d’une décision de la France d’interdire entièrement son usage en dépit des avis scientifiques ne peut, à l’heure où nous écrivons, être totalement écartée.

Cette étude a pour objectif d’envisager les conséquences prévisibles d’une interdiction de l’utilisation du glyphosate à l’agriculture et aux autres usages professionnels.

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