Ils ont fait leur choix. Résolument. Depuis quelques années, les études d’opinion et les travaux sur l’évolution des styles de vie, révèlent que les Français - à plus de 80 % - espèrent plus d’espaces et de temps. Ils veulent respirer, se détendre, profiter de leur famille et des richesses du patrimoine, rapprocher leur travail des lieux où ils aspirent à vivre. D’une France concentrée, marquée depuis le XIXe siècle par l’essor industriel et la centralisation administrative, ils nous entraînent vers une France distribuée, faisant de la géographie une opportunité et de la qualité de vie un déterminant.

C’est une révolution. Pendant quelques années on a pensé l’hyper-concentration urbaine comme la quintessence du progrès. Et l’accélération comme gage de modernité. Jusqu’à imaginer un monde où les trois-quarts de l’humanité vivraient dans 200 villes globales aux caractéristiques identiques, à la consommation stéréotypée, optimisée par des algorithmes et des services à domicile. Cette perspective «hors-sol» s’est enrayée. Percutée par des technologies qui abolissent les distances et par des crises sans précédents. À la promesse d’un monde aplati s’est substituée l’envie d’un monde en relief donnant à chaque territoire l’opportunité de révéler ses singularités, ses atouts et sa culture.

Travailler pour que ces villes d’équilibre bénéficient demain des mêmes avantages que ceux des grandes villes d’aujourd’hui est un défi prometteur.

C’est à cette aune qu’il nous appartient de redessiner l’aménagement du territoire. Avec les «villes préférées de Français» comme point de départ, le bien-être comme promesse et une économie durable comme enjeu. Les 350 villes moyennes qui structurent la France, préfectures ou sous-préfectures - appelons-les «villes d’équilibre» - sont les sous-jacents de cette ambition.

L’intérêt stratégique de ce maillage est précisément de former une armature régulière, solide et homogène sur l’ensemble du territoire. Elle constitue autant de points d’ancrage pour coordonner et faire converger les services auxquels les Français aspirent. Leur géographie est un gage d’équité. Beaucoup de ménages, d’entrepreneurs ou d’élus sont contrariés par le silence de l’État sur l’avenir d’une maternité, d’un lycée ou d’une gare. Stabiliser une armature sur la durée est par conséquent une condition essentielle. Indispensable pour restaurer la confiance, pour stimuler des initiatives locales et pour réenclencher sereinement les investissements de long terme, privés et publics, dont nos territoires ont besoin.

Un autre atout de ce maillage est consubstantiel de son échelle. L’équilibre à trouver, entre la taille critique qu’exige un certain niveau de service, la possibilité de se loger facilement et le lien organique avec la nature auquel aspirent nos contemporains, positionne pertinemment les villes moyennes. Travailler pour que ces villes d’équilibre bénéficient demain des mêmes avantages que ceux des grandes villes d’aujourd’hui est un défi prometteur. Cette perspective de modernité - combinant qualité de vie et qualité de service - donne à l’innovation une perspective de progrès authentique. Avec la taille humaine comme gage de stabilité sociale.

Cette armature témoigne aussi de la diversité culturelle de la France. D’un point de vue politique, comme sur le plan économique, l’adossement à des singularités culturelles a le double avantage de renforcer le sentiment d’appartenance et de fonder les avantages comparatifs des territoires. C’est essentiel si nous voulons construire une prospérité durable, différenciée et mieux distribuée.

Les villes d’équilibre sont celles grâce auxquelles la réconciliation s’opère entre la ruralité et les métropoles.

Les villes d’équilibre sont celles grâce auxquelles la réconciliation s’opère entre la ruralité et les métropoles. En 1965, aux grandes heures de l’aménagement du territoire, Olivier Guichard rappelait que «la multiplication des centres de vie dans un pays doit favorablement intervenir pour supprimer les déserts» ; plus récemment l’économiste et sociologue américaine Saskia Sassen, alertait sur l’importance stratégique pour un pays de diversifier ses points de contact avec le monde. Ces approches sont au cœur des problématiques contemporaines. La dichotomie entre métropole et campagne, entre hyper-concentration et désertification est une impasse. Surtout dans une France dont la Constitution rappelle le principe d’indivisibilité, dont la stabilité sociale est conditionnée à la résorption des fractures territoriales et dont la prospérité est liée aux performances des échanges internationaux. Les tensions qui naissent des asymétries territoriales, comme les perspectives économiques, appellent une redistribution autour des «villes d’équilibre». C’est un enjeu d’aménagement et une complémentarité vertueuse entre trois réalités: une ruralité au sein de laquelle les Français puisent leurs racines et dont les atouts participent d’une économie d’avenir ; des villes moyennes - «villes préférées des Français» - dont l’armature et l’attractivité conditionnent les politiques de proximité ; des métropoles, qui sont autant de référentiels politiques, administratifs, académiques ou diplomatiques, que des interfaces critiques pour interagir avec le reste du monde.

Néanmoins, cette complémentarité serait purement théorique sans des systèmes de connexions stratégiques, quasi systématiques, aux caractéristiques précises: mettre chaque zone rurale à moins de 20’ d’une ville moyenne ; positionner chaque ville moyenne à moins de 1h30 d’une métropole régionale ; mieux connecter ces métropoles avec le monde ; distribuer la fibre optique sur tout le territoire ; utiliser prioritairement la 5g pour déployer des services publics à forte valeur ajoutée dans les villes d’équilibre, en particulier en matière de santé ou d’éducation ; reconstruire l’hinterland de nos grands ports maritimes pour ne laisser aucun territoire dans l’angle mort des échanges internationaux. Les innovations en matière de mobilités, d’échanges de données, de solutions logistiques ou d’interactions sont autant de ressources à notre disposition pour valoriser la diversité des talents, des territoires et des atouts qui caractérisent la France.

L’aménagement du territoire est tombé en quasi-désuétude après les actes forts et ambitieux posés dans les années 60. Ils ont ouvert plusieurs décennies de développement, d’emploi et de rayonnement. Aujourd’hui, les aspirations des Français conjuguées aux leviers de l’innovation pourraient à nouveau faire de nos territoires la pierre angulaire d’une relance et d’un projet de société. Avec l’équilibre comme principe, les villes moyennes comme pivots et la confiance comme valeur.

Cette tribune est signée par: Yves d’AMÉCOURT, Conseiller régional de Nouvelle Aquitaine, porte-parole du mouvement pour la ruralité ; Gil AVÉROUS, Maire de Châteauroux ; Jérôme BALOGE, Maire de Niort ; Xavier BERTRAND, Président de la Région Hauts-de-France ; Jean-Pierre BLOUET, vice-président du Conseil départemental de l’Orne ; François BONNEAU, Président du Conseil départemental de la Charente ; Xavier BRETON, Député de l’Ain, Conseiller régional Auvergne-Rhône-Alpes ; Quentin BRIÈRE, Maire de Saint-Dizier, Président de la Communauté d’agglomération Saint-Dizier, Der et Blaise ; Jean-Yves CARILLET, Directeur général du Crédit agricole d’Ille-et-Vilaine et Président Action-Logement Bretagne ; Luc CARVOUNAS , Maire d’Alfortville, Vice-président de la Métropole du Grand Paris ; Caroline CAYEUX, Maire de Beauvais, Présidente de Villes de France ; Alain CHRÉTIEN, Maire de Vesoul ; Pascal COSTE, Président du Conseil départemental de la Corrèze ; Jean-François DEBAT, Maire de Bourg-en-Bresse ; Jean-Paul DELEVOYE, ancien ministre ; Jean DIONIS DU SÉJOUR, maire d’Agen ; Gilles DUFEIGNEUX, Conseiller départemental de Vannes, Président du SDIS 56 ; François DUMON, Président de la Communauté de Communes Vierzon Sologne Berry; François DUROVRAY, Président du Conseil départemental de l’Essonne ; Alexandra FOURCADE, médecin de santé publique, Conseillère départementale des Hauts-de-Seine ; Jean-Christophe FROMANTIN, Maire de Neuilly-sur-Seine, Conseiller métropolitain du Grand-Paris ; Olivier GACQUERRE, Maire de Béthune ; Jean-Michel GENESTIER, Maire du Raincy, vice-président Grand Paris-Grand Est ; Alexandre JARDIN, écrivain ; Éric LARCHEVÊQUE, entrepreneur ; Frédérique MACAREZ, Maire de Saint-Quentin ; Olivier MARIOTTE, Directeur Général Nile-Consulting (Santé) ; Hervé MARSEILLE, Sénateur des Hauts de Seine ; Carlos MORENO, Professeur d’université, Directeur scientifique de la Chaire Entrepreneuriat, Territoires et Innovation -IAE Paris, Panthéon Sorbonne ; Fabrice LE SACHÉ, entrepreneur ; Fréderic MASQUELIER, Maire de Saint-Raphaël, Président de la Communauté d’agglomération Var-Estérel-mer ; Maunoir DE MASSOL, entrepreneur culturel ; Christine ROIMIER, vice-présidente du Conseil départementale de l’Orne ; Nathalie SULTAN, Ministère de la Culture en charge du Pass-Culture ; Jean-Jacques OLIVIÉ, Président de Euryale Asset Management ; Benoît RANINI, Président TNP Consultants (accompagnement opérationnel des grandes entreprises françaises) ; Bruno RETAILLEAU, Sénateur de la Vendée ; Pierre SABATIER, économiste ; Pascal TEBIBEL, vice-président Orléans-métropole ; Loïc TRIBOT LA SPIERE, Délégué général du Centre d’Etudes et de Prospectives Stratégiques (CEPS) ; André VALLINI, Sénateur de l’Isère, ancien ministre ; Philippe VIGIER, Député de l’Eure-et-Loir, Président du Groupe Libertés et Territoires ; Patrick VIGNAL, Député de l’Hérault, Président de l’association des élus centre-ville en mouvement.

Liste complète des soutiens: www.villesmoyennes.org