À toutes les femmes – 8 mars 2026

Il est des journées qui devraient être inutiles. Des journées qui n’auraient plus de raison d’être parce que la justice serait devenue si naturelle qu’on ne songerait même plus à la célébrer. La Journée internationale des femmes devrait être de celles-là. Si elle existe encore, c’est que le monde demeure imparfait. Et que, dans trop d’endroits sur la terre, naître femme reste un courage.

Aujourd’hui, je pense aux femmes des pays en guerre. Aux femmes d’Ukraine, qui regardent partir leurs maris, leurs frères, leurs fils vers le front. Aux mères qui apprennent à leurs enfants à dormir malgré les sirènes, à rire malgré les ruines, à espérer malgré la peur.

Je pense aux femmes du Proche-Orient, aux femmes d’Israël, de Gaza, du Liban et de Syrie, prises dans la tourmente d’une violence qui les dépasse et qui, trop souvent, les frappe les premières. Je pense aux femmes Yézidies, aux femmes Kurdes, à celles que la barbarie a voulu briser et qui pourtant continuent de marcher. Car il est des souffrances qui détruisent, et d’autres qui transforment les victimes en témoins de la dignité humaine.

Je pense à ces femmes violées comme on utilise une arme. Violées pour terroriser un peuple. Violées pour humilier des familles. Violées parfois — tragédie suprême — « au nom de Dieu », par des fanatiques qui trahissent jusqu’à l’idée même du sacré.

Je pense aussi à ces millions de femmes mutilées par l’excision, blessées dans leur chair au nom de traditions que rien ne peut justifier, et à celles que des médecins courageux, comme le docteur Denis Mukwege, tentent patiemment de réparer — non seulement dans leur corps, mais dans leur dignité.

Je pense aux femmes d’Iran qui risquent la prison pour un geste de liberté.

Je pense aux femmes d’Afghanistan à qui l’on refuse jusqu’au droit d’apprendre, comme si l’ignorance pouvait être un destin.

Je pense aux femmes d’Afrique, qui se lèvent avant l’aube. Elles cultivent, transportent, vendent, soignent. Elles portent l’eau, les récoltes, les enfants — et souvent l’économie entière de leurs villages.

Je pense aux femmes victimes de la violence et des prédateurs. Aux femmes dont la parole a longtemps été étouffée par la peur, par la honte ou par le pouvoir de ceux qui les dominaient.

Je pense à ces actrices, à ces jeunes femmes du cinéma ou du théâtre, qui ont parfois payé leur vocation au prix d’humiliations que l’on appelait autrefois « les règles du métier ». Comme si le talent devait s’acheter par la soumission.

Je pense aux femmes harcelées dans leur travail. Aux femmes battues dans leur foyer. Aux femmes qui élèvent seules leurs enfants dans un courage quotidien que personne n’applaudit.

Je pense aussi aux femmes qui s’engagent pour le bien commun. Dans nos associations, nos villages, nos communes, nos villes, elles donnent de leur temps, de leur énergie, de leur intelligence pour améliorer la vie des autres. La politique est souvent bruyante, parfois brutale. Mais elle s’apaise lorsqu’elle se met au service du concret — et beaucoup de femmes lui rendent cette humanité.

Et puis, en ce jour, je pense aux femmes de ma propre vie.

À celle qui m’a mis au monde et élevé. Ma maman. Ma mère. C’est d’elle que je tiens ces valeurs simples qui ne quittent jamais un homme : le sens du devoir, la fidélité à la parole donnée, le respect des autres, le goût de la liberté.

Je pense à mon épouse, Sophie, avec qui je partage la vie depuis trente-trois ans. Trente-trois années de bonheur, d’amour patient, d’épreuves traversées ensemble, de projets bâtis côte à côte. Une vie commune n’est pas un long fleuve tranquille. C’est une cordée. Et lorsqu’on atteint un sommet, c’est toujours parce que quelqu’un a tenu la corde.

Je pense à mes filles. À ma belle-fille. À mes deux futures belles-filles. Je pense à ma petite-fille, Augustine, promesse lumineuse de l’avenir.

À travers elles, je contemple ce mystère simple et éternel : les femmes donnent la vie, mais elles donnent aussi le courage de la vivre, de l’affronter et parfois de la recommencer.

On dit parfois que l’histoire du monde est faite par les hommes. C’est une illusion d’archives. Car derrière chaque homme debout, à coté de lui, devant lui, il y a presque toujours une femme qui lui a appris à se tenir droit et à marcher.

Alors, en ce 8 mars, je veux simplement dire merci.

Merci aux femmes qui résistent. Merci aux femmes qui soignent. Merci aux femmes qui enseignent. Merci aux femmes qui travaillent, qui créent, qui protègent, qui espèrent. Merci à celles qui portent le monde, souvent dans l’ombre.

Et comment ne pas fredonner ces mots magnifiques popularisés par Jean Ferrat, empruntés au poète Louis Aragon :

« La femme est l’avenir de l’homme. »

Oui, l’avenir de l’homme.

Non pas parce que l’homme serait condamné sans la femme — mais parce que la civilisation elle-même repose sur ce dialogue fragile et fécond entre la force et la vie, entre l’audace et la patience, entre l’élan et la fidélité.

Le monde peut vaciller.
Les empires peuvent tomber.
Les idéologies peuvent passer.

Mais tant qu’il y aura des femmes pour donner la vie et l’espérance, l’humanité aura encore un avenir.

Car les civilisations meurent lorsqu’elles méprisent leurs femmes — et elles renaissent lorsqu’elles les honorent.

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