« Libérons la viticulture et soyons fier de notre savoir-faire » Yves d’Amécourt [The European Scientist]

A l’issue du colloque « Donner une ambition au vin français » qui s’est déroulé le 28 avril 2026 à l’Assemblée Nationale sous le patronage du député de l’Aisne Julien Dive, nous avons pu échanger avec Yves d’Amécourt. Etabli comme vigneron dans le bordelais, engagé en politique, il répond à nos questions : état des lieux sur ce secteur, crise de la viticulture, solutions pour remédier aux nombreux problèmes auxquels font face les vignerons, l’expert engagé dans le parti Nouvelle Energie de David Lisnard  fait passer un message ambitieux et surtout il rappelle que les viticulteurs français se doivent de porter haut l’étendard d’une culture unique. 

The European Scientist : Pouvez-vous vous présenter ?

Yves d’Amécourt : Je suis vigneron en Gironde, où j’ai repris une propriété familiale il y a près de trente ans, après avoir été consultant pendant 10 ans en analyse de la valeur et analyse fonctionnelle. La viticulture est un métier qui vous apprend le temps long, la responsabilité et le rapport au réel. J’ai également été élu local pendant près de vingt ans, ce qui m’a permis de rester ancré dans les préoccupations concrètes de nos territoires. Aujourd’hui, je suis porte-voix du mouvement Nouvelle Énergie. Je suis référent agriculture, forêt, pêche, ruralité. J’anime les travaux de Nouvelle Énergie sur ces sujets et j’en suis l’un des relais sur le terrain.

TES.: Vous avez participé au colloque organisé à l’Assemblée sur la vigne et le vin. Que pèse la viticulture en France aujourd’hui ? Quelles sont les tendances du marché ?

Y.D.A.: La viticulture, c’est un pilier de l’économie française. On parle de centaines de milliers d’emplois, de 14,3 milliards d’euros d’exportations en 2025[1], et d’un rôle majeur dans notre balance commerciale. Mais c’est aussi, et peut-être surtout, un élément central de notre identité.

Ce qui change aujourd’hui, c’est la consommation. Les nouvelles générations de Français boivent moins de vin. Cette baisse est ancienne mais elle s’accélère avec le départ des générations précédentes, la disparition d’un certain mode de vie[2]. Le vin a porté l’essentiel du recul de la consommation d’alcool. Et dans le même temps, la consommation ne disparaît pas, elle se transforme, elle se concentre.

Cela a des conséquences très concrètes. Dans certaines régions, notamment à Bordeaux, on arrache des milliers d’hectares de vignes faute de débouchés[3]. Ce ne sont pas seulement des ceps que l’on arrache, ce sont des paysages, des exploitations familiales, une mémoire.

On est en train de passer d’une culture du vin quotidien à une culture plus occasionnelle. Cela ne signifie pas forcément la disparition du vin. Mais la chute globale de la consommation est sans précédent. Le vin devient davantage un produit choisi qu’un produit automatique. La consommation ne se fait plus « à table »… L’usage même de la table disparaît progressivement des usages. Cela oblige la filière à revoir sa gamme, ses produits, tant le contenant que le contenu, à imaginer de nouvelles façons de raconter ses terroirs, son histoire, son identité. Mais cette transition est brutale. Et lorsqu’un vignoble disparaît, ce ne sont pas seulement des volumes de production qui s’effacent : ce sont des paysages, des savoir-faire, des emplois, un patrimoine vivant.

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