Le plus grand enseignement de ce rapport est peut-être celui-ci : si cinquante décisions ont contribué au déclassement de la France, c’est que cinquante autres décisions peuvent engager son redressement. La démocratie n’est donc pas impuissante ; elle nous confie, à chaque élection, une part du destin national.
À moins d’un an de l’élection présidentielle, chacun s’interroge. Les candidats se déclarent, les sondages se succèdent, les promesses s’accumulent. Beaucoup de Français, pourtant, doutent encore. Ils ont parfois le sentiment que rien ne change vraiment, que les alternances se ressemblent, que leur bulletin de vote ne pèse plus sur le cours des choses.
C’est précisément pour cette raison que je recommande la lecture du dernier rapport de l’Institut Thomas More : 1975-2025 : Les cinquante décisions qui ont coulé la France , coordonné par Jean de Belot, Tarick Dali et Jean-Thomas Lesueur.
Ce document ne doit pas être lu comme un réquisitoire contre les gouvernements d’hier. Il ne s’agit pas davantage de rechercher des coupables. Les décisions évoquées appartiennent à un demi-siècle de vie publique, à des majorités différentes, à des contextes parfois très éloignés des nôtres. L’histoire ne se réécrit pas, et les procès rétrospectifs ne relèvent jamais un pays.
En revanche, l’histoire éclaire le présent.
Ce rapport nous rappelle une vérité essentielle : la France n’a pas décliné par fatalité. Elle ne s’est pas affaiblie sous l’effet d’une mystérieuse malédiction. Elle a été façonnée, année après année, par des décisions politiques prises démocratiquement, votées par des majorités parlementaires elles-mêmes élues par les Français.
Une décision ne change pas le destin d’un pays. Mais cinquante décisions qui vont dans le même sens finissent par dessiner une trajectoire.
Voilà pourquoi ce rapport est profondément optimiste.
Il démontre, presque malgré lui, que la politique conserve toute sa force. Si des décisions peuvent affaiblir un pays, d’autres peuvent le relever. Si des choix ont contribué à désindustrialiser la France, à accroître la dette, à éloigner les centres de décision du terrain, à multiplier les normes, à affaiblir l’autorité de l’État ou à compromettre notre souveraineté énergétique, alors d’autres choix peuvent inverser cette trajectoire.
Notre bulletin de vote n’est donc pas un simple geste symbolique. Il est le moyen, dans une démocratie, de choisir une orientation, une méthode, une vision de la France.
Encore faut-il dépasser les slogans et les petites phrases.
L’élection présidentielle ne devrait pas être un concours d’éloquence ni une compétition de popularité. Elle devrait être un choix de civilisation. Quel État voulons-nous ? Quelle place voulons-nous donner au travail, à la liberté d’entreprendre, à la transmission, à la famille, aux collectivités locales, à la justice, à l’école, à l’industrie, à l’agriculture, à l’énergie ? Quelle confiance voulons-nous accorder aux Français eux-mêmes ?
Ces questions sont infiniment plus importantes que les polémiques quotidiennes qui saturent nos écrans.
Le mérite du rapport de l’Institut Thomas More est de nous obliger à regarder le temps long. Il nous montre que les grandes évolutions d’un pays naissent rarement d’un événement spectaculaire. Elles procèdent d’une accumulation de décisions, parfois modestes en apparence, mais qui, mises bout à bout, finissent par transformer durablement une nation.
Il en ira de même demain.
Les décisions qui seront prises au cours du prochain quinquennat dessineront la France de 2040 ou de 2050. Elles engageront nos enfants davantage que nous-mêmes. Elles diront si nous choisissons de poursuivre les logiques qui nous ont conduits au déclassement ou si nous décidons d’emprunter un autre chemin.
Une démocratie mature ne demande pas aux électeurs de choisir un homme providentiel. Elle leur demande de discerner entre des projets, des méthodes et des principes.
C’est pourquoi je crois que chaque électrice et chaque électeur gagneraient à lire ce rapport avant de voter. Non pour apprendre pour qui voter, mais pour comprendre que le vote n’est jamais inutile. Il est, au contraire, l’acte par lequel une nation choisit son avenir.
Les leçons du passé ne nous enferment pas dans la nostalgie. Elles nous donnent les moyens d’éviter les mêmes erreurs.
Elles nous rappellent enfin que le bien commun ne se construit ni dans l’improvisation ni dans l’émotion, mais dans la durée, par des décisions réfléchies, assumées et fidèles à l’intérêt de la France.


