Vingt ans de blog, et quelques milliers d’articles plus tard : mon premier livre !

En décembre prochain, ce blog aura vingt ans. Vingt ans !

À l’échelle d’Internet, c’est presque de la préhistoire. Facebook commençait à peine à sortir des universités américaines, Twitter venait de naître, l’iPhone n’existait pas encore et personne ne parlait d’intelligence artificielle générative. Et moi, je commençais à écrire ici.

Depuis, les articles se sont accumulés. Plusieurs milliers. Combien exactement ? Je suis justement en train d’essayer de le savoir ! Peut-être 8 ou 10 000 !

Il y eut des billets très courts et de longues tribunes, des coups de colère et des coups de cœur, des discours et des hommages, des souvenirs et des propositions politiques, des histoires de vigne et de vin, des réflexions sur l’agriculture, l’écologie, l’énergie, la ruralité, la liberté. De nombreuses photos.

Et puis il y eut quelques fables. Parce qu’il arrive que les animaux disent mieux que les hommes leurs travers. Parce qu’un renard, un coq, un âne ou une grenouille peuvent parfois raconter la politique avec davantage de justesse qu’un long éditorial. La Fontaine le savait mieux que personne : le détour par la fable permet de dire beaucoup, avec le sourire, sans avoir l’air d’y toucher. J’ai quelquefois emprunté ce chemin là, avec mes modestes animaux et les petites morales que m’inspirait l’actualité.

Mais derrière tous ces textes, il y a surtout vingt années de vie. Car, en parcourant ces archives, je m’aperçois que ce blog est devenu, sans que je l’aie vraiment décidé, une sorte de journal de bord. J’y retrouve le syndicaliste, maire que j’étais, le conseiller général puis régional, le vigneron que je suis toujours. J’y retrouve des campagnes électorales, des vendanges, des inaugurations, des voyages, des rencontres, des combats gagnés et d’autres perdus. Des amis disparus. Des enthousiasmes que le temps a confirmés et quelques certitudes qu’il a heureusement bousculées.

J’y retrouve surtout une France qui a beaucoup changé. C’est peut-être cela qui donne aujourd’hui à ces milliers d’articles une valeur que je ne soupçonnais pas en les écrivant : ils sont les petits cailloux d’un chemin. Ils racontent à leur manière une époque.

Écrire oblige à penser. Écrire oblige à préciser ce que l’on croit. Écrire oblige parfois à reconnaître que l’on s’est trompé. Et publier oblige davantage encore : les paroles s’envolent, dit-on ; Internet, lui, conserve tout !

Je pourrais sans doute effacer certains billets. J’en corrigerais quelques-uns. J’en écrirais autrement beaucoup d’autres. Mais ce serait tricher. Ils appartiennent au moment où ils furent écrits, avec ses informations, ses inquiétudes, ses espérances et ses passions. Alors je les laisse.

À l’heure où les réseaux sociaux nous habituent aux réactions instantanées, aux quelques mots jetés dans le tumulte et bientôt oubliés, je reste attaché à cet endroit un peu désuet : un blog. Un endroit où l’on peut prendre le temps d’une phrase, développer une idée, citer une source, raconter une histoire — ou faire parler un animal pour mieux parler des hommes. Et surtout transmettre. Car c’est probablement le mot qui relie le mieux ces vingt années.

Transmettre ce que l’on a reçu. Une expérience, une conviction, une histoire, une terre, un métier, une certaine idée de la France et de la liberté.

Depuis quelque temps, d’ailleurs, une nouvelle aventure a commencé : je puise dans ce blog pour écrire des livres. Le premier est désormais édité. Deux autres sont en cours d’écriture.

Je découvre ainsi quelque chose que je n’avais évidemment pas imaginé lorsque j’écrivais mes premiers billets : tous ces textes publiés au fil des jours constituent aujourd’hui une formidable réserve de souvenirs, d’expériences, de réflexions, de rencontres et parfois d’intuitions qu’il faut reprendre, confronter au temps écoulé, approfondir et mettre en ordre.

Le blog était écrit dans l’instant. Le livre oblige au temps long. L’un saisit une idée au vol ; l’autre lui demande où elle veut aller. L’un conserve la trace des événements tels qu’on les a vécus ; l’autre permet de revenir sur eux avec le recul des années. Et c’est précisément ce dialogue entre l’homme que j’étais lorsque j’écrivais ces lignes et celui que je suis devenu qui m’intéresse aujourd’hui. Il m’arrive de retrouver un article vieux de quinze ou vingt ans et de me dire : « Je n’écrirais plus cela ainsi. » Il m’arrive aussi de penser exactement l’inverse : « Voilà vingt ans que je raconte la même chose ! » C’est peut-être cela, au fond, une conviction : une idée que le temps n’a pas réussi à faire disparaître, mais qu’il a permis de mûrir.

Et puis il y a les surprises du grenier. Des noms que l’on avait oubliés. Des polémiques qui paraissaient alors essentielles et dont plus personne ne se souvient. Des problèmes annoncés comme urgents qui le sont toujours vingt ans plus tard. Des solutions que l’on présentait comme impossibles et qui sont devenues évidentes. Des prophéties qui se sont révélées fausses et quelques intuitions qui, finalement, n’étaient peut-être pas si mauvaises. Et quelques fables oubliées. Elles auront peut-être moins vieilli que certains discours. Car les hommes changent, les gouvernements passent, les majorités se succèdent, les technologies bouleversent nos vies… mais les renards restent rusés, les cigales imprévoyantes et les grenouilles toujours tentées de se faire aussi grosses que le bœuf.

Dans quelques semaines, je publierai ici un petit bilan de ces vingt années : le nombre exact d’articles, leur répartition au fil du temps, les sujets les plus souvent abordés et quelques textes retrouvés au fond de ce grenier numérique. Ce sera l’occasion de regarder un instant dans le rétroviseur.

Le mot blog lui-même vient de loin : avant d’être numérique, le log était une pièce de bois jetée à la mer pour mesurer la marche du navire. Les mesures étaient consignées dans le log-book, le « journal de bord ». C’est pour cette raison que mon blog s’appelle « au fil de l’eau ». Vingt ans plus tard, en relisant ce blog, je mesure à mon tour le chemin parcouru.

Pendant vingt ans, j’y ai déposé des textes. Désormais, je viens aussi y chercher des livres. Et pendant ce temps, bien sûr, je continue d’y écrire. Car un blog n’est pas fait seulement pour regarder ses archives. Il est fait pour écrire la page suivante.

Pour fêter les 20 ans de mon blog créé en 2006, voici mon premier livre !

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2 commentaires sur “Vingt ans de blog, et quelques milliers d’articles plus tard : mon premier livre !”

  1. Marie-Christine Lavenier

    Ton blog est un souvenir pour moi car c’est en mettant des commentaires sur tes articles que tu m’a « repéré  » et voyant mon intérêt pour la politique, tu m’a demandé d’être ta suppléante aux élections Cantonales de 2011 !
    Merci pour ces 4 années de plaisir !

    1. Merci Marie-Christine. C’était avant facebook, tweeter, Instagram, Tik-Tok … Avant l’IA ! Un temps qui appartient à une nouvelle préhistoire.

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