Billets d’humeur, coups de gueule, humour, divers…

Souvenir d’enfance : le 8 mai à Avoise, dans la Sarthe

Lorsque nous étions enfants, le 8 mai n’était pas un jour férié. Pourtant, dans nos campagnes, le 8 mai demeurait un jour à part. Un jour grave et paisible. Un jour où le village ralentissait naturellement son pas, comme lorsqu’on entre dans une église.

À l’école communale d’Avoise, dans la Sarthe, nous avions répété La Marseillaise plusieurs jours auparavant. Il y avait alors deux classes seulement : celle de Madame Noël — puis plus tard de Madame Jault — pour les petits, les CP et CE1 ; et celle de Maurice Trouvé, l’instituteur des grands, les CE2, CM1 et CM2. Il était directeur de l’école et son épouse, secrétaire de Mairie. Deux classes suffisaient à faire vivre une école entière, … Lire la suite

[TRIBUNE] Liban : le cèdre, la mémoire et l’honneur.

TRIBUNE. Entre Israël et l’Iran, le Liban est aujourd’hui pris dans une tension qui le dépasse.

Par Yves d’Amécourt

Publié le 22 avril 2026 à 15h30 sur Valeurs Actuelles

Il est des pays qui ne quittent jamais vraiment le cœur des hommes. Le Liban est de ceux-là. Non pas parce qu’il serait plus puissant que les autres — il ne l’est pas — mais parce qu’il touche à quelque chose de plus profond : une certaine idée du monde. Une certaine idée de la coexistence. Une certaine idée, peut-être, de la fragilité humaine lorsqu’elle tente de s’organiser en société. Le Liban n’est pas seulement une terre : il est une promesse. Et aujourd’hui, cette promesse vacille.

Il est des pays … Lire la suite

La vérité est-elle encore nécessaire ?

Il fut un temps — et ce temps n’est peut-être pas aussi révolu qu’on le croit — où la vérité ne se discutait pas tant dans son contenu que dans son exigence. On pouvait se tromper, bien sûr. On pouvait mentir, aussi. Mais on savait, confusément, que la vérité n’était pas faite pour être utile. Elle était faite pour être cherchée.

Elle avait quelque chose d’inconfortable, presque d’insaisissable. Elle résistait aux simplifications, se dérobait aux certitudes, échappait aux emprises. Elle ne se laissait ni posséder ni enfermer. Elle était, comme l’écrivait Pascal, « si obscurcie en ce temps et si peu reconnue que, si elle se faisait voir, elle serait méconnue ». On la poursuivait pourtant, avec cette obstination un … Lire la suite

Abeilles ou frelons : hier soir la communauté des communes choisissait son Président

Il est des soirs où la politique cesse d’être un exercice technique pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une leçon sur la nature humaine. Hier soir, dans la salle Roland Sourzat de Blasimon, il ne s’agissait pas seulement d’élire un président. Il s’agissait, plus profondément, de choisir entre deux manières d’habiter le réel.

Je repensais, en quittant la salle, à cette fable de Jean de La Fontaine « Les Frelons et les Mouches à miel » que nous avons apprise enfants et que nous oublions trop souvent devenus adultes. Des frelons revendiquent un rayon de miel. Les abeilles protestent. On discute, on plaide, on ergote. Jusqu’au moment où l’une d’elles propose ce qui aurait dû s’imposer … Lire la suite

Mettez-vous d’accord

Dans ce podcast animé par Valérie Expert, Alex Darmon (journaliste politique, chaine Youtube Les Indécis, auteur de « Paris à prendre » (diffusion 24 mars sur Paris Première), Philippe Coy, Buraliste, vice-président de la CPME, Gilles Platret, Maire de Chalon-sur-Saône, et Yves d’Amécourt, Viticulteur, ancien élu local, porte voix de Nouvelle Energie, abordent divers sujets tels que laïcité, le neutralisme vestimentaire, les communautarismes et les réformes municipales. Ils discutent également de la violence en politique, notamment des maires sortants qui ont été insultés et menacés. Le podcast revient sur les élections municipales et aborde diverses questions liées à l’agriculture, aux taxes sur l’énergie, aux prêts, aux engrais, aux transports, à la viande et à la pollution..

Valérie Expert et ses Lire la suite

France maritime : pourquoi importons-nous 80 % de notre poisson ?

Photo Ouest-France (c)

Il est des paradoxes qui ne relèvent plus de l’erreur, mais du choix.

La France possède le deuxième espace maritime du monde, avec plus de 10,2 millions de km² de zone économique exclusive selon le Secrétariat d’État chargé de la mer.1 Une puissance maritime, donc. Et pourtant, la France demeure fortement dépendante des importations pour nourrir ses propres consommateurs : FranceAgriMer estime le taux d’auto-approvisionnement des produits de la pêche et de l’aquaculture à 22 % en 2023, tandis qu’une publication plus récente sur la souveraineté alimentaire évalue pour les poissons un taux d’auto-approvisionnement moyen de 24 % sur 2022-2024, soit une dépendance aux importations de l’ordre de 76 %.2

Ce chiffre n’est pas … Lire la suite

Monte Verde : ce que le doute nous apprend sur l’origine des peuples d’Amérique

Il est des découvertes qui éclairent l’histoire. Et d’autres qui, plus précieuses encore, la troublent. Monte Verde appartient aux deux catégories.

Depuis près de trente ans, ce site archéologique du sud du Chili occupait une place à part dans le récit des origines américaines. Daté d’environ 14 500 ans, il semblait apporter une preuve décisive : l’homme avait atteint les confins de l’Amérique du Sud bien avant ce que l’on croyait. Il fallait donc revoir la chronologie, et avec elle les chemins empruntés par nos ancêtres.

Cette certitude vacille aujourd’hui.

Une étude récente publiée dans la revue Science propose en effet une relecture radicale du site : Monte Verde ne daterait pas de la fin du Paléolithique, mais de plusieurs … Lire la suite

Bordeaux, ou l’indépendance contrariée

Il y avait, dans cette campagne bordelaise, quelque chose de délicat et de rare. Une musique ancienne, presque oubliée. Celle d’une candidature libre, née non dans les bureaux parisiens mais dans le terreau d’une ville, avec ses équilibres, ses lenteurs, ses fidélités.

J’avais, à titre personnel, soutenu la démarche de Philippe Dessertine. Non par esprit de système, encore moins par calcul, mais parce qu’elle me semblait juste. Elle portait une idée simple, presque modeste : qu’une grande ville comme Bordeaux pouvait encore se donner un maire indépendant, responsable devant ses habitants et non devant les appareils.

Le premier tour avait confirmé cette intuition, avec brio. Il a contredit les sondages. Une part significative des Bordelais avait choisi cette voie. … Lire la suite

Sainte-Soline ou l’art français de fabriquer l’absurde

Il pleut sur les Deux-Sèvres. Les sols sont gorgés d’eau. Les rivières débordent. Les fossés se remplissent. Les plaines sont saturées. Et pourtant, à Sainte-Soline, il est juridiquement interdit de remplir une réserve construite précisément pour stocker l’eau hivernale et éviter de pomper en été. Ce n’est pas une caricature. C’est un fait.

La Cour administrative d’appel de Bordeaux, dans sa décision du 18 décembre 2024, a jugé que l’autorisation délivrée pour plusieurs réserves de substitution du bassin de la Sèvre Niortaise, dont celle de Sainte-Soline, était illégale en l’absence d’une dérogation spécifique au titre des espèces protégées. Parmi elles : l’Outarde canepetière, oiseau de plaine classé au titre de la directive européenne « Oiseaux » et protégé par les … Lire la suite

Forêts françaises : pourquoi le préfet de la Corrèze a raison de faire appel


Protéger la nature est une exigence largement partagée. Mais encore faut-il que les lois conçues pour cette protection ne produisent pas l’effet inverse de celui recherché. C’est tout l’enjeu du débat ouvert par une récente décision du Tribunal administratif de Limoges, qui a conduit le préfet de la Corrèze à engager une procédure d’appel.

Au cœur du sujet se trouve un article du code de l’environnement peu connu du grand public : l’article L.411-1. Un texte légitime dans son intention, mais dont l’interprétation actuelle pose un problème majeur.

Une loi de bon sens à l’origine

L’article L.411-1 vise un objectif simple : interdire la destruction volontaire d’espèces protégées et de leurs habitats essentiels. Il a été conçu pour lutter contre … Lire la suite

Zones humides : quand le droit de l’environnement se déconnecte du terrain

Protéger les zones humides est une nécessité écologique largement partagée. Mais à force d’élargir silencieusement leur définition juridique, le droit de l’environnement en est venu à qualifier de « zones humides » des terrains secs, parfois bâtis ou cultivés depuis des siècles, sur la seule base de critères pédologiques abstraits. Cette dérive technocratique, fondée sur une lecture déconnectée du paysage et des usages, bloque l’aménagement des territoires ruraux sans bénéfice écologique démontré, et finit par affaiblir la cause qu’elle prétend défendre.

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La protection des zones humides est l’un de ces combats écologiques qui ne divisent pas. Et c’est heureux. Chacun comprend intuitivement ce que recouvre cette notion : un marais, une mare, un ruisseau, une rivière, une zone inondable, … Lire la suite

Dans le logement aussi, les investisseurs ont besoin de liberté

Depuis plus de trente ans, la France déploie une inventivité réglementaire et fiscale remarquable pour tenter de résoudre la crise du logement. À chaque époque son dispositif, à chaque majorité sa réforme, à chaque urgence son nouvel acronyme. Besson, Robien, Borloo, Scellier, Duflot, Pinel, Denormandie et désormais Jeanbrun : la litanie est longue, presque flatteuse. Elle dit une chose essentielle : notre pays n’a jamais manqué de bonnes intentions.

Toutes poursuivaient le même objectif : soutenir la construction, encourager l’investissement privé, modérer les loyers, loger décemment les Français. Certaines furent ingénieuses, d’autres excessivement techniques, toutes complexes. Et pourtant, trente ans plus tard, la crise du logement est plus aiguë que jamais. L’offre locative privée se contracte, les tensions s’aggravent, les … Lire la suite

Philippe Dessertine à Bordeaux : l’audace tranquille de la raison

Il y a des mots qui paraissent techniques et qui, en réalité, décident de nos vies. « Métropolisation » est de ceux-là. Sous ses allures savantes, ce terme a justifié quinze ans de politiques publiques qui ont déplacé le pouvoir loin des habitants, concentré les richesses dans quelques centres et transformé nos campagnes en périphéries administrées. C’est contre cette logique que je soutiens la candidature de Philippe Dessertine à la mairie de Bordeaux.

La leçon oubliée des bassins de vie

Je parle ici comme un homme du terrain. Ancien maire de Sauveterre-de-Guyenne, ancien conseiller général du canton — supprimé par les socialistes comme on efface une ligne sur une carte — puis président d’une communauté de communes qui, sous l’effet … Lire la suite

Quand la loi s’efface devant la jurisprudence : le cas des poulaillers de la Rance

Il est des affaires locales qui en disent long sur l’état d’un pays. Celle des quatre poulaillers de La Ville-ès-Nonais, en Ille-et-Vilaine, s’inscrit dans ce registre. Elle pourrait n’être qu’un contentieux d’urbanisme de plus. Elle est, à bien des égards, autre chose : une question sur la manière dont la loi est interprétée et, peut-être, détournée par la jurisprudence administrative.

Les faits sont simples. Un projet agricole — quatre bâtiments destinés à l’élevage de poules — a été autorisé par la mairie, conforme au plan local d’urbanisme (PLU) et compatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCOT), en zone agricole, entre 700 et 1 000 mètres de la Rance derrière un bourg de La Ville-ès-Nonais⟮1⟯. Après un premier … Lire la suite

[TRIBUNE] La France laisse mourir ses agriculteurs et feint de s’en étonner

« La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété. » Tribune publiée le 11 janvier 2025 sur Boulevard Voltaire.

La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété : celui du temps court contre le temps long, de l’idéologie contre le réel, de la posture morale contre la souveraineté.

Depuis des années, les gouvernements successifs traitent l’agriculture non comme une activité vitale, mais comme un problème à encadrer. Chaque crise donne lieu à un plan d’urgence, chaque colère à une promesse, chaque drame à un chèque. Mais jamais à une remise en cause de fond. On colmate, on subventionne, … Lire la suite

La vache des marais

Maman avait pourtant juré qu’elle n’épouserait jamais un agriculteur. Elle ne méprisait pas la terre ; elle s’en méfiait. Elle savait ce qu’elle exige, ce qu’elle prend, ce qu’elle use, et ce qu’elle ne rend jamais tout à fait. Elle rêvait d’une vie moderne, raisonnable, presque citadine, où l’on rentre le soir à heure fixe et où les urgences ne dépendent ni du ciel, ni des bêtes.

Elle épousa mon père en 1959 , ingénieur en électronique et en mécanique, salarié de la Thomson à Angers. L’avenir semblait bien rangé. Le progrès avait un bureau, un salaire, des horaires. Mais l’Histoire, cette grande dérangeuse, passa par là.

Antoine, le frère de notre père avait été tué à Tablat, en Algérie, … Lire la suite

Crise agricole française : le temps long contre le temps court [La nouvelle revue politique]

Il est des crises qui éclatent dans le fracas, occupent l’actualité, mobilisent gouvernements et experts, puis disparaissent avec la même rapidité qu’elles sont apparues. Et il en est d’autres, plus profondes, plus graves, presque silencieuses, qui ne connaissent ni commencement net ni résolution spectaculaire. Elles avancent à pas lents, s’installent dans les habitudes, sédimentent dans les décisions successives, jusqu’à devenir un état permanent.
La crise agricole française appartient à cette seconde catégorie. Elle ne surgit pas : elle s’installe. Elle ne surprend pas : elle use. Elle ne se résout pas par un plan : elle interroge une civilisation.


Car ce qui se joue aujourd’hui dans les campagnes françaises dépasse de loin la question des prix agricoles, des normes environnementales … Lire la suite

PPE3 : une décision sans mandat, un passage en force sans légitimité

Il est des moments où la question n’est plus seulement celle du bon choix politique, mais celle de la légitimité même à décider. La Programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE3, nous place aujourd’hui exactement à cet endroit de fracture.

Comment accepter que l’exécutif envisage d’adopter un texte engageant la France pour plusieurs décennies alors qu’il reconnaît lui-même ne pas connaître le coût global réel des énergies renouvelables, au point de lancer, dans le même temps, une mission d’audit destinée à en mesurer l’impact sur les finances publiques¹ ? Décider avant de savoir, programmer avant d’évaluer : cette inversion de la raison politique serait déjà contestable dans un contexte institutionnel stable. Elle devient proprement choquante dans la situation actuelle.

Car le … Lire la suite

Quand recommencerons-nous à gouverner la France ?

Il y a des moments où le pays s’arrête, non pas parce qu’il trébuche, mais parce que ceux qui devraient le guider ont renoncé à marcher. L’adoption du budget de la Sécurité sociale pour 2026 en est un symbole brûlant : un instant où la politique, au lieu de s’élever, s’est réfugiée dans la pénombre, fuyant la lumière crue du réel.

Dans les vestiaires, avant le vote, on percevait un souffle ténu, presque tendre : le bruit feutré des vestes qui se retournent, comme des drapeaux qu’on replie avant de hisser leurs contraires. Un murmure de vêtements satisfaits d’avoir survécu à une nouvelle journée d’acrobaties.

Puis venait l’épreuve du tunnel : ce corridor qui relie l’immeuble Jacques Chaban-Delmas à l’hémicycle, … Lire la suite

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