Billets d’humeur, coups de gueule, humour, divers…

Bordeaux, ou l’indépendance contrariée

Il y avait, dans cette campagne bordelaise, quelque chose de délicat et de rare. Une musique ancienne, presque oubliée. Celle d’une candidature libre, née non dans les bureaux parisiens mais dans le terreau d’une ville, avec ses équilibres, ses lenteurs, ses fidélités.

J’avais, à titre personnel, soutenu la démarche de Philippe Dessertine. Non par esprit de système, encore moins par calcul, mais parce qu’elle me semblait juste. Elle portait une idée simple, presque modeste : qu’une grande ville comme Bordeaux pouvait encore se donner un maire indépendant, responsable devant ses habitants et non devant les appareils.

Le premier tour avait confirmé cette intuition, avec brio. Il a contredit les sondages. Une part significative des Bordelais avait choisi cette voie. … Lire la suite

Sainte-Soline ou l’art français de fabriquer l’absurde

Il pleut sur les Deux-Sèvres. Les sols sont gorgés d’eau. Les rivières débordent. Les fossés se remplissent. Les plaines sont saturées. Et pourtant, à Sainte-Soline, il est juridiquement interdit de remplir une réserve construite précisément pour stocker l’eau hivernale et éviter de pomper en été. Ce n’est pas une caricature. C’est un fait.

La Cour administrative d’appel de Bordeaux, dans sa décision du 18 décembre 2024, a jugé que l’autorisation délivrée pour plusieurs réserves de substitution du bassin de la Sèvre Niortaise, dont celle de Sainte-Soline, était illégale en l’absence d’une dérogation spécifique au titre des espèces protégées. Parmi elles : l’Outarde canepetière, oiseau de plaine classé au titre de la directive européenne « Oiseaux » et protégé par les … Lire la suite

Forêts françaises : pourquoi le préfet de la Corrèze a raison de faire appel


Protéger la nature est une exigence largement partagée. Mais encore faut-il que les lois conçues pour cette protection ne produisent pas l’effet inverse de celui recherché. C’est tout l’enjeu du débat ouvert par une récente décision du Tribunal administratif de Limoges, qui a conduit le préfet de la Corrèze à engager une procédure d’appel.

Au cœur du sujet se trouve un article du code de l’environnement peu connu du grand public : l’article L.411-1. Un texte légitime dans son intention, mais dont l’interprétation actuelle pose un problème majeur.

Une loi de bon sens à l’origine

L’article L.411-1 vise un objectif simple : interdire la destruction volontaire d’espèces protégées et de leurs habitats essentiels. Il a été conçu pour lutter contre … Lire la suite

Zones humides : quand le droit de l’environnement se déconnecte du terrain

Protéger les zones humides est une nécessité écologique largement partagée. Mais à force d’élargir silencieusement leur définition juridique, le droit de l’environnement en est venu à qualifier de « zones humides » des terrains secs, parfois bâtis ou cultivés depuis des siècles, sur la seule base de critères pédologiques abstraits. Cette dérive technocratique, fondée sur une lecture déconnectée du paysage et des usages, bloque l’aménagement des territoires ruraux sans bénéfice écologique démontré, et finit par affaiblir la cause qu’elle prétend défendre.

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La protection des zones humides est l’un de ces combats écologiques qui ne divisent pas. Et c’est heureux. Chacun comprend intuitivement ce que recouvre cette notion : un marais, une mare, un ruisseau, une rivière, une zone inondable, … Lire la suite

Dans le logement aussi, les investisseurs ont besoin de liberté

Depuis plus de trente ans, la France déploie une inventivité réglementaire et fiscale remarquable pour tenter de résoudre la crise du logement. À chaque époque son dispositif, à chaque majorité sa réforme, à chaque urgence son nouvel acronyme. Besson, Robien, Borloo, Scellier, Duflot, Pinel, Denormandie et désormais Jeanbrun : la litanie est longue, presque flatteuse. Elle dit une chose essentielle : notre pays n’a jamais manqué de bonnes intentions.

Toutes poursuivaient le même objectif : soutenir la construction, encourager l’investissement privé, modérer les loyers, loger décemment les Français. Certaines furent ingénieuses, d’autres excessivement techniques, toutes complexes. Et pourtant, trente ans plus tard, la crise du logement est plus aiguë que jamais. L’offre locative privée se contracte, les tensions s’aggravent, les … Lire la suite

Philippe Dessertine à Bordeaux : l’audace tranquille de la raison

Il y a des mots qui paraissent techniques et qui, en réalité, décident de nos vies. « Métropolisation » est de ceux-là. Sous ses allures savantes, ce terme a justifié quinze ans de politiques publiques qui ont déplacé le pouvoir loin des habitants, concentré les richesses dans quelques centres et transformé nos campagnes en périphéries administrées. C’est contre cette logique que je soutiens la candidature de Philippe Dessertine à la mairie de Bordeaux.

La leçon oubliée des bassins de vie

Je parle ici comme un homme du terrain. Ancien maire de Sauveterre-de-Guyenne, ancien conseiller général du canton — supprimé par les socialistes comme on efface une ligne sur une carte — puis président d’une communauté de communes qui, sous l’effet … Lire la suite

Quand la loi s’efface devant la jurisprudence : le cas des poulaillers de la Rance

Il est des affaires locales qui en disent long sur l’état d’un pays. Celle des quatre poulaillers de La Ville-ès-Nonais, en Ille-et-Vilaine, s’inscrit dans ce registre. Elle pourrait n’être qu’un contentieux d’urbanisme de plus. Elle est, à bien des égards, autre chose : une question sur la manière dont la loi est interprétée et, peut-être, détournée par la jurisprudence administrative.

Les faits sont simples. Un projet agricole — quatre bâtiments destinés à l’élevage de poules — a été autorisé par la mairie, conforme au plan local d’urbanisme (PLU) et compatible avec le schéma de cohérence territoriale (SCOT), en zone agricole, entre 700 et 1 000 mètres de la Rance derrière un bourg de La Ville-ès-Nonais⟮1⟯. Après un premier … Lire la suite

[TRIBUNE] La France laisse mourir ses agriculteurs et feint de s’en étonner

« La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété. » Tribune publiée le 11 janvier 2025 sur Boulevard Voltaire.

La crise agricole française n’est ni une fatalité ni une surprise. Elle est le résultat d’un choix politique répété : celui du temps court contre le temps long, de l’idéologie contre le réel, de la posture morale contre la souveraineté.

Depuis des années, les gouvernements successifs traitent l’agriculture non comme une activité vitale, mais comme un problème à encadrer. Chaque crise donne lieu à un plan d’urgence, chaque colère à une promesse, chaque drame à un chèque. Mais jamais à une remise en cause de fond. On colmate, on subventionne, … Lire la suite

La vache des marais

Maman avait pourtant juré qu’elle n’épouserait jamais un agriculteur. Elle ne méprisait pas la terre ; elle s’en méfiait. Elle savait ce qu’elle exige, ce qu’elle prend, ce qu’elle use, et ce qu’elle ne rend jamais tout à fait. Elle rêvait d’une vie moderne, raisonnable, presque citadine, où l’on rentre le soir à heure fixe et où les urgences ne dépendent ni du ciel, ni des bêtes.

Elle épousa mon père en 1959 , ingénieur en électronique et en mécanique, salarié de la Thomson à Angers. L’avenir semblait bien rangé. Le progrès avait un bureau, un salaire, des horaires. Mais l’Histoire, cette grande dérangeuse, passa par là.

Antoine, le frère de notre père avait été tué à Tablat, en Algérie, … Lire la suite

Crise agricole française : le temps long contre le temps court [La nouvelle revue politique]

Il est des crises qui éclatent dans le fracas, occupent l’actualité, mobilisent gouvernements et experts, puis disparaissent avec la même rapidité qu’elles sont apparues. Et il en est d’autres, plus profondes, plus graves, presque silencieuses, qui ne connaissent ni commencement net ni résolution spectaculaire. Elles avancent à pas lents, s’installent dans les habitudes, sédimentent dans les décisions successives, jusqu’à devenir un état permanent.
La crise agricole française appartient à cette seconde catégorie. Elle ne surgit pas : elle s’installe. Elle ne surprend pas : elle use. Elle ne se résout pas par un plan : elle interroge une civilisation.


Car ce qui se joue aujourd’hui dans les campagnes françaises dépasse de loin la question des prix agricoles, des normes environnementales … Lire la suite

PPE3 : une décision sans mandat, un passage en force sans légitimité

Il est des moments où la question n’est plus seulement celle du bon choix politique, mais celle de la légitimité même à décider. La Programmation pluriannuelle de l’énergie, la PPE3, nous place aujourd’hui exactement à cet endroit de fracture.

Comment accepter que l’exécutif envisage d’adopter un texte engageant la France pour plusieurs décennies alors qu’il reconnaît lui-même ne pas connaître le coût global réel des énergies renouvelables, au point de lancer, dans le même temps, une mission d’audit destinée à en mesurer l’impact sur les finances publiques¹ ? Décider avant de savoir, programmer avant d’évaluer : cette inversion de la raison politique serait déjà contestable dans un contexte institutionnel stable. Elle devient proprement choquante dans la situation actuelle.

Car le … Lire la suite

Quand recommencerons-nous à gouverner la France ?

Il y a des moments où le pays s’arrête, non pas parce qu’il trébuche, mais parce que ceux qui devraient le guider ont renoncé à marcher. L’adoption du budget de la Sécurité sociale pour 2026 en est un symbole brûlant : un instant où la politique, au lieu de s’élever, s’est réfugiée dans la pénombre, fuyant la lumière crue du réel.

Dans les vestiaires, avant le vote, on percevait un souffle ténu, presque tendre : le bruit feutré des vestes qui se retournent, comme des drapeaux qu’on replie avant de hisser leurs contraires. Un murmure de vêtements satisfaits d’avoir survécu à une nouvelle journée d’acrobaties.

Puis venait l’épreuve du tunnel : ce corridor qui relie l’immeuble Jacques Chaban-Delmas à l’hémicycle, … Lire la suite

Législatives : «Redessinons les circonscriptions non plus selon les habitants, mais selon les électeurs inscrits» [Le Figaro]

FIGAROVOX/TRIBUNE – Notre pays découpe sa carte électorale en parts égales selon le nombre d’âmes recensées. Une hérésie démocratique, alors que la France est une des nations les plus mobiles d’Europe, estiment l’ancien élu local, Yves d’Amécourt, et l’ancien militaire, Jean-Louis Grattepanche.

Il est des vérités si longtemps négligées qu’elles finissent par vous sauter au visage comme une évidence trop longtemps retenue. La France va peut-être renouveler son Assemblée nationale ; et pourtant, nous persistons à fermer les yeux sur un angle mort démocratique que chacun pressent sans jamais l’affronter franchement : nos circonscriptions législatives ne représentent pas les électeurs. Elles représentent des habitants. La nuance semble infime, presque administrative ; elle est en réalité abyssale.

Depuis des décennies, notre pays … Lire la suite

Labelliser la vérité, c’est la mort de Pinocchio !

Décidément, le progrès ne s’arrête jamais. Il y eut le compteur Linky, le passe sanitaire, l’auto-attestation de sortie, le bonus-malus écologique, les conseils sur le nombre de fois où il convient de laver sa chemise ou son slip … Voici maintenant le Véritomètre présidentiel.

« La vérité, c’est bien.
La vérité labellisée, c’est mieux.
« 

L’idée est simple : puisque les Français confondent parfois une info et un complot, le Président propose de coller un label sur la vérité. Comme sur les camemberts :
Appellation d’Opinion Protégée, garantie par le Palais.

Demain, après avoir choisi notre électricité verte (dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle est plus noire que verte), subit notre DPE et notre vignette Crit’Air, nous … Lire la suite

13 novembre : certaines blessures attendent que nous les comprenions.

Il arrive, dans la longue vie des peuples, que certains mois ressemblent à ces nuits où l’on croit entendre quelqu’un frapper à la porte. On hésite, on se redresse, on se dit que ce n’est rien — un courant d’air, une branche contre le volet — et puis soudain, on comprend que ce bruit discret, récurrent, obstiné, n’est autre que le retour du passé, venu réclamer un peu de notre attention. Novembre 2025 fait partie de ces mois-là, et c’est peut-être sa grande vertu que de nous obliger à rouvrir les yeux sur un chapitre que nous avions refermé trop vite.

Car voici que reviennent, comme des fantômes qui n’ont jamais vraiment quitté la pièce, les éclats du RER Saint-Michel … Lire la suite

Souvenons-nous, veillons, aimons la France !

Chaque 11 novembre, la France se recueille. Sous la pluie ou le soleil, dans la pierre des monuments et dans le silence des clairons, elle se souvient de ses fils tombés pour elle. C’est un moment de vérité où le passé éclaire le présent, où les morts parlent encore aux vivants. Je pense, en ce jour, à mon arrière-grand-père Henry , tombé sur le front en 1915, à cinquante-six ans, c’est mon âge aujourd’hui. Il avait tout pour rester à l’arrière ; il choisit de partir. Il repose aujourd’hui quelque part entre Reims et Verdun, parmi ceux qui donnèrent leur vie pour que la France demeure libre. À travers lui, c’est toute une génération que j’honore : celle du courage … Lire la suite

Être gaulliste en 2025 : la force du réel

Le 9 novembre 1970, meurt l’un des grands hommes de l’histoire de France, le général de Gaulle. Cinquante-cinq ans après sa disparition, quel est son héritage ?

Il y a des mots que l’histoire dépose comme des semences. Le gaullisme en fait partie. On le croit appartenir à un autre temps, à une génération disparue, à des combats clos. Mais chaque fois que la France doute d’elle-même, ce mot revient, chargé d’une force neuve. Le gaullisme n’est pas un souvenir : c’est une exigence. C’est la fidélité au réel, la primauté du courage, la conviction que la grandeur n’est pas un luxe, mais un devoir. C’est la certitude tranquille que la France n’est jamais condamnée tant qu’il reste des Français … Lire la suite

Les accords de 1968 à la lumière du présent

L’Assemblée nationale vient de voter la fin des accords franco-algériens du 27 décembre 1968¹. C’est un geste politique, certes symbolique, mais salutaire : il oblige la France à relire un texte devenu obsolète, et à rouvrir un dossier qu’on avait enfermé dans les archives de la mauvaise conscience. Un demi-siècle d’asymétrie, d’aveuglement et de faux-semblants : voilà ce que ces accords ont produit, sous le masque de l’« amitié franco-algérienne ».

1962 : la promesse trahie des accords d’Évian
Le 18 mars 1962, les accords d’Évian mirent un terme aux combats, mais non à la guerre². Les massacres, les départs, les règlements de compte prolongèrent la tragédie : l’exode des pieds-noirs, l’abandon des harkis, les drames de la rue … Lire la suite

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