Abeilles ou frelons : hier soir la communauté des communes choisissait son Président

Il est des soirs où la politique cesse d’être un exercice technique pour redevenir ce qu’elle n’aurait jamais dû cesser d’être : une leçon sur la nature humaine. Hier soir, dans la salle Roland Sourzat de Blasimon, il ne s’agissait pas seulement d’élire un président. Il s’agissait, plus profondément, de choisir entre deux manières d’habiter le réel.

Je repensais, en quittant la salle, à cette fable de Jean de La Fontaine « Les Frelons et les Mouches à miel » que nous avons apprise enfants et que nous oublions trop souvent devenus adultes. Des frelons revendiquent un rayon de miel. Les abeilles protestent. On discute, on plaide, on ergote. Jusqu’au moment où l’une d’elles propose ce qui aurait dû s’imposer d’emblée : que chacun produise son miel, et l’on saura bien de qui est le rayon.

La politique moderne a ceci de particulier qu’elle aime compliquer ce qui est simple.

J’étais candidat, j’ai obtenu 28 voix sur 66 (dont 25 maires sur 49). Ce résultat m’honore, mais il m’oblige davantage qu’il ne me réjouit. Car ces voix ne m’étaient pas destinées à moi seul. Elles portaient autre chose. Elles portaient une attente. Une exigence. Peut-être même, osons le mot, une inquiétude.

Je veux d’abord dire merci. Merci à ces 28 élus qui ont choisi de voter pour une orientation plutôt que pour un confort, pour une cohérence plutôt que pour une promesse. Dans la vie publique comme ailleurs, il est des choix qui coûtent peu et d’autres qui engagent. Ceux-là engagent. Ils sont d’autant plus précieux qu’ils sont discrets.

Je veux aussi remercier ceux que j’ai rencontrés ces dernières semaines, dans leurs ateliers, leurs exploitations, leurs bureaux, leurs chais. Remercier ce collectif d’entreprises qui s’est levé contre l’augmentation brutale de la CFE — ces mille ruches de notre territoire, si diverses et pourtant si semblables dans leur courage silencieux. Ils ne parlent pas beaucoup. Ils ne manifestent pas toujours. Ils travaillent. Ils investissent. Ils doutent parfois. Ils tiennent. Ce sont eux qui font le miel.

Et puis il y a le réel, toujours le réel, qui finit par rattraper les discours. En 2025, ce sont 500 000 euros supplémentaires qui ont été prélevés sur nos entreprises (+100%). Dans le même temps, des hectares de vignes sont arrachés — cinq mille déjà ou en passe de l’être — et chaque tranche de dix hectares emporte avec elle un emploi. Ce ne sont pas des abstractions. Ce sont des vies, des familles, des paysages, une histoire.

Face à cela, j’ai proposé des mesures simples. Presque modestes. Réduire le nombre de vice-présidents. Diminuer les indemnités. Commencer par nous-mêmes. Donner un signal. Montrer que l’effort pouvait être partagé. Ces propositions ont été refusées.

Je ne m’en étonne pas tout à fait. Il y a, dans toute organisation humaine, une tendance naturelle à se conserver, à se protéger, à se justifier. Hier soir, cette tentation s’est exprimée clairement. Alors on a préféré ne rien changer. C’est une décision humaine. Elle est compréhensible. Elle est aussi révélatrice.

Disons les choses simplement, sans outrance : les frelons ont gagné hier soir. Ils ont gagné un vote. Ils ont gagné du temps. Ils ont gagné le maintien d’un système. Mais ont-ils gagné sur le fond ?

Car une collectivité, ne vit pas de ses équilibres internes. Elle vit de ce que l’on produit, de ce qu’elle attire, de ce qu’elle construit.

Alors la seule question qui vaille n’est pas de savoir qui a gagné hier soir. La seule question est celle-ci : pour combien de temps ?

Pour combien de temps encore pourra-t-on augmenter les prélèvements sans affaiblir ceux qui produisent ?

Pour combien de temps pourra-t-on différer les décisions sans en alourdir le prix ?

Pour combien de temps pourra-t-on ignorer les abeilles sans risquer de voir disparaître le miel ?

Les abeilles ne font pas de bruit. Elles travaillent. Et c’est peut-être pour cela qu’à la fin, toujours, elles ont raison.

Il vaut mieux perdre avec les abeilles que gagner avec les frelons !

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Sud-Gironde : Daniel Barbe réélu à la tête de la Communauté de communes rurales de l’Entre-deux-Mers

4 commentaires sur “Abeilles ou frelons : hier soir la communauté des communes choisissait son Président”

  1. Merci Yves, merci pour tout, merci de montrer le chemin aux abeilles qui par ces temps ou l’on a l’impression de partager avec trop de frelons. Cette fable devrait être connue de tous nos élus qui pourtant s’engagent pour nous servir et non se servir.

  2. Bonsoir, pourquoi ne pas avoir proposé des vices présidents abeilles au frelon ???
    Cordialement Sandrine Allain

    1. Nous l’avons fait.
      -1- Nous avons proposé 6 Vice-Président(e)s au lieu de 10. Cette proposition a été écartée.
      -2- Nous avons présenté deux candidates, ces candidates ont été écartées (Tania Durand pour le développement économique et Marie-France Dalla Longa pour le tourisme et le patrimoine).
      Leur élection aurait eu le mérite, aussi, de rééquilibrer la parité au sein des Vice-Présidences proposées par Daniel Barbe : 8 hommes et 2 femmes ! C’est tout de même curieux de constater que ceux qui parle le plus de parité, sont ceux qui la pratique le moins.
      -3- Nous avons proposé de réduire les indemnités du Président et des Vice-Président de 50 000 €/an (sur 140 000 € actuellement) , cette proposition a été écartée …

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