
Hervé Morin vient de lancer une pétition pour demander l’organisation d’une grande primaire de la droite et du centre. Je la soutiens et j’invite tous ceux qui veulent éviter une nouvelle dispersion de nos forces à la soutenir.
Non parce que la primaire serait une fin en soi. Non parce que je serais indécis sur le candidat que je souhaite voir gagner : je soutiens David Lisnard.
Mais parce qu’avant la demi-finale que constitue le premier tour de l’élection présidentielle, il faut organiser le quart de finale.
Voilà, au fond, à quoi doit servir cette primaire.
Aujourd’hui, plusieurs candidats issus de la droite et du centre envisagent de se présenter à l’élection présidentielle. Chacun a sa personnalité, son parcours, ses convictions, son projet. C’est légitime. C’est même souhaitable.
Ce qui le serait beaucoup moins serait de les retrouver tous sur la ligne de départ au premier tour de l’élection présidentielle, additionnant les candidatures et divisant les électeurs jusqu’à rendre impossible la qualification de l’un d’entre eux pour le second tour.
Car une élection possède une règle cruelle : on ne qualifie pas des idées, on qualifie des candidats.
Nous pouvons avoir collectivement 25 ou 30 % des voix et regarder la finale depuis les tribunes si ces voix sont dispersées entre quatre ou cinq candidats.
Alors organisons le quart de finale !
Que les candidats se présentent. Qu’ils débattent. Qu’ils exposent leurs projets. Qu’ils expliquent ce qu’ils veulent faire de la France. Et surtout qu’ils cessent de chercher entre eux un improbable programme commun.
Une primaire n’est pas faite pour mettre les candidats d’accord. Elle est faite pour les départager. C’est même toute sa vertu.
Je ne souhaite pas que David Lisnard cherche un compromis programmatique avec Bruno Retailleau, Édouard Philippe, Gabriel Attal ou quelque autre candidat. Je souhaite qu’il présente son projet, dans sa cohérence, dans sa radicalité et dans sa singularité, et qu’il le confronte aux leurs.
Radicalité : le mot effraie parfois. Il ne devrait pas. Être radical, au sens étymologique du terme, c’est revenir à la racine. Et les racines de notre République sont écrites depuis 1789 dans la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen. Son article 2 est d’une extraordinaire actualité : « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’Homme. » Et il les énumère : « la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression ». Tout est là.
La liberté, d’abord. La liberté de travailler, d’entreprendre, de produire, de transmettre. La liberté des communes, des familles, des entreprises, des associations. La liberté de penser et de parler. La liberté de celui qui veut agir sans devoir demander en permanence l’autorisation à une administration qui prétend savoir mieux que lui ce qui est bon pour lui.
La propriété ensuite. Ce droit que l’on oublie trop souvent alors qu’il constitue l’une des conditions concrètes de la liberté. Être propriétaire, c’est pouvoir construire, investir, transmettre. C’est posséder quelque chose qui ne dépend ni du bon vouloir de l’État ni de celui d’une administration.
La sûreté. Celle qui permet à chacun de vivre paisiblement, de circuler, d’élever ses enfants, d’exercer son métier sans craindre la violence, le vol ou l’arbitraire. La première mission de l’État n’est pas de nous dire comment vivre. Elle est de garantir les conditions qui nous permettent de vivre libres.
Et enfin la résistance à l’oppression. Quelle formule extraordinaire ! Nos révolutionnaires avaient compris qu’un pouvoir, même institué pour protéger les citoyens, peut finir par les étouffer. L’État est nécessaire. Mais l’État n’est pas propriétaire de la société. La puissance publique doit être forte là où elle est indispensable et limitée partout où les citoyens peuvent agir par eux-mêmes.
Voilà ce que signifie, pour moi, revenir à la racine.
Voilà pourquoi cette primaire doit être une confrontation de projets et non la fabrication d’un programme tiède dans lequel chacun retrouverait quelques-uns de ses mots mais où plus personne ne retrouverait ses convictions.
Je soutiens David Lisnard précisément parce que je souhaite qu’il porte dans cette compétition un projet de rupture avec plusieurs décennies d’étatisme, de centralisation, de bureaucratisation et d’accumulation de la dépense, de la dette, des normes et des interdictions. Un projet radical parce que la situation exige d’aller à la racine des problèmes. Mais je ne demande pas que l’on me croie sur parole.
Je demande que l’on vote.
Que les autres candidats présentent leurs projets. Qu’ils défendent leur bilan lorsqu’ils en ont un. Qu’ils expliquent leurs choix passés et leurs propositions futures. Que plusieurs débats permettent aux Français de comparer les personnalités, les expériences, les tempéraments et les visions.
Puis que le peuple choisisse.
Et ajoutons une règle. Une seule, mais elle doit être intangible.
Lorsqu’on accepte de jouer le quart de finale, on en accepte le résultat. C’est la règle du sport. C’est aussi celle de l’honneur.
Une équipe éliminée en quart de finale ne se présente pas la semaine suivante pour disputer la demi-finale. Ses joueurs ne vont pas s’inscrire dans une équipe concurrente pour tenter de faire perdre celui qui les a battus. Ils rentrent chez eux. Ils regardent le match suivant depuis les tribunes. Certains soutiennent celui qui les a vaincus. D’autres se taisent.
C’est ainsi. C’est le principe même d’une compétition. Il doit en aller de même pour notre primaire.
Les candidats doivent donc prendre, avant de concourir, un engagement très simple : le vainqueur poursuit la compétition ; les autres se retirent. Ils seront naturellement libres de le soutenir. De faire campagne à ses côtés. De mettre leur expérience, leurs équipes et leurs idées au service de la victoire commune. Mais s’ils ne souhaitent pas le faire, une autre possibilité doit leur être ouverte.
Disons-le avec des mots qui ne figurent guère dans les chartes des partis politiques mais que tout le monde comprendra : ils pourront aussi fermer leur gueule jusqu’à l’élection présidentielle. La formule est rude. La règle est saine. On ne peut pas réclamer l’arbitrage du peuple lorsque l’on espère gagner et récuser son verdict lorsqu’on a perdu. On ne peut pas participer à une compétition, profiter de ses débats, de son exposition et de sa légitimité, puis expliquer, une fois éliminé, que le vainqueur n’était finalement pas le bon.
On joue. On gagne ou on perd. Et lorsqu’on perd, on respecte celui qui a gagné. C’est cela aussi, la démocratie. C’est là que l’initiative d’Hervé Morin prend tout son sens.
Nous avons déjà une primaire, mais elle est clandestine. Elle se déroule chaque semaine dans les instituts de sondage, les émissions politiques, les dîners parisiens et les états-majors des partis. Untel monte de deux points. Untel descend d’un point. Celui-ci serait mieux placé contre celui-là. Celui-là disposerait d’une meilleure réserve de voix. Et nous devrions accepter que cette étrange alchimie tienne lieu de démocratie ? Non.
Les sondages peuvent éclairer une élection. Ils ne doivent pas la remplacer.
Un sondage mesure la notoriété, l’état de l’opinion à un instant donné, parfois une préférence par défaut. Une élection mesure une volonté. Et entre l’opinion et la volonté, il y a précisément la campagne : le débat, la confrontation, le projet, la capacité de convaincre.
L’expérience de 2016 l’a montré. Quelques mois avant la primaire, rares étaient ceux qui imaginaient François Fillon l’emporter. Puis les débats eurent lieu, les projets furent confrontés et les électeurs choisirent. Plus de quatre millions de Français participèrent au scrutin.
On peut discuter à l’infini de ce qui arriva ensuite. Mais la primaire, elle, avait parfaitement rempli son rôle : elle avait départagé les candidats et donné au vainqueur une légitimité populaire.
C’est exactement ce dont nous avons besoin aujourd’hui. On nous répond parfois : « La vraie primaire, c’est le premier tour de l’élection présidentielle. » Justement non.
Le premier tour est la demi-finale. Et lorsque l’on veut participer à une demi-finale, on commence par se qualifier.
Arriver au premier tour avec quatre ou cinq candidats issus du même espace politique, c’est prendre le risque qu’aucun ne franchisse la barre. Nous pourrons alors additionner leurs résultats le lendemain et expliquer doctement qu’ensemble ils auraient pu gagner.
L’arithmétique électorale n’accorde aucun prix de consolation. Il faut donc éliminer avant le premier tour la plupart des candidatures pour laisser la place à celle que les électeurs auront choisie. Et surtout — c’est essentiel — laisser la place au projet qu’ils auront choisi. Car l’enjeu dépasse les personnes. La France n’a pas seulement besoin d’un candidat unique. Elle a besoin d’une direction. Elle doit choisir entre plusieurs visions de son avenir.
Veut-elle continuer à administrer son déclin ou retrouver le chemin de la liberté ? Veut-elle répartir toujours davantage une richesse qu’elle produit de moins en moins, ou recommencer à produire ? Veut-elle ajouter des normes aux normes ou faire confiance ? Veut-elle concentrer toujours davantage les décisions à Paris ou rendre aux communes, aux territoires, aux entreprises et aux familles leur capacité d’agir ?
Ce débat mérite mieux qu’un arrangement entre responsables politiques. Il mérite un vote.
Je soutiens David Lisnard. Je souhaite qu’il participe à ce quart de finale. Je souhaite qu’il y défende sans concession son projet de liberté. Je souhaite qu’il convainque et qu’il gagne.
Mais j’accepte par avance le principe même de la démocratie : les électeurs peuvent en décider autrement. Et si tel était leur choix, j’en accepterais le résultat. C’est le risque du suffrage universel. C’est aussi sa grandeur.
Alors organisons ce quart de finale. Organisons-le assez tôt pour qu’une véritable campagne puisse ensuite commencer. Faisons débattre les candidats. Confrontons les projets. Mobilisons largement les électeurs de la droite et du centre.
Puis sifflons la fin du match. Il y aura un vainqueur et des vaincus. Au vainqueur de disputer la demi-finale. Aux autres de choisir : l’encourager depuis les tribunes ou garder le silence. Mais certainement pas lui tacler les chevilles lorsqu’il entre sur le terrain.
Car au fond, derrière la question de la primaire, il y en a une autre, beaucoup plus importante : Faisons-nous davantage confiance aux Français qu’aux sondages et aux appareils politiques ?
Pour ma part, j’ai choisi. Je fais confiance aux Français. Qu’ils choisissent leur candidat. Qu’ils choisissent leur projet. Et que le meilleur gagne !
