Quand recommencerons-nous à gouverner la France ?

Il y a des moments où le pays s’arrête, non pas parce qu’il trébuche, mais parce que ceux qui devraient le guider ont renoncé à marcher. L’adoption du budget de la Sécurité sociale pour 2026 en est un symbole brûlant : un instant où la politique, au lieu de s’élever, s’est réfugiée dans la pénombre, fuyant la lumière crue du réel.

Dans les vestiaires, avant le vote, on percevait un souffle ténu, presque tendre : le bruit feutré des vestes qui se retournent, comme des drapeaux qu’on replie avant de hisser leurs contraires. Un murmure de vêtements satisfaits d’avoir survécu à une nouvelle journée d’acrobaties.

Puis venait l’épreuve du tunnel : ce corridor qui relie l’immeuble Jacques Chaban-Delmas à l’hémicycle, et où se déroulent les plus belles métamorphoses de la vie parlementaire. On y voyait passer les mêmes silhouettes deux fois : à l’aller, pétries d’un “non” massif, la mâchoire serrée ; au retour, baignées dans la clarté d’un “oui” soudain, presque enthousiaste. Quelque chose, dans ces quelques dizaines de mètres, dissout miraculeusement les convictions et repeint les certitudes.

Le peuple, lui, observe. Il ne dit rien. Mais il voit.

Le pays tout entier se retrouve pris dans un étrange ballet où le mot « stabilité » sert d’alibi à tous les renoncements. On abandonne une réforme des retraites déclarée vitale ; on laisse filer un déficit qui n’est plus un gouffre mais un continent ; on maquille l’impuissance sous le vernis d’un compromis ; et l’on appelle cela « stabilité ». Stabilité de quoi ? Stabilité de qui ? Pas celle du pays, assurément. Seulement celle des positions acquises, des équilibres fragiles, des arrangements d’arrière-couloir.

Car la politique française ressemble désormais à un billard à trois bandes, un jeu où chacun vise la bande suivante plutôt que la bille essentielle. On frappe à droite pour rebondir à gauche, ou l’inverse, en espérant que la trajectoire flattera l’un sans fâcher l’autre. Et au centre de la table, la France attend, immobile, patiente, inentamée — comme un pays habitué à ce qu’on oublie de le servir.

Dans cette galerie des glaces institutionnelle, les cohabitations prennent des formes inédites, presque zoologiques.
Il y a la cohabitation officielle, celle que l’on commente. Et puis les autres, plus fines, plus habiles : Lecornu avec Macron ; Lecornu avec Philippe ; Wauquiez avec Retailleau ; LFI et les écologistes — chacun cohabitant avec chacun, sauf avec la réalité. Un cabinet de curiosités où les alliances changent de couleur selon l’heure de la journée.

Face à ce théâtre d’ombres, une vérité s’impose : il existe deux catégories de responsables. Ceux qui travaillent pour la France, silhouettes droites, de plus en plus rares ; et ceux qui travaillent pour eux-mêmes, si nombreux qu’ils finiraient par former un parti s’ils trouvaient le moyen de s’entendre, ce qui n’est jamais sûr.

Les premiers avancent. Les seconds s’agitent. Les uns décident. Les autres s’abstiennent.

Et parmi ces derniers, certains semblent avoir oublié ce qu’ils furent. Les bergers d’hier, qui prétendaient guider la Nation, se retrouvent moutons aujourd’hui, dociles, alignés, bêlant les éléments de langage du matin. Et derrière leur docilité, on devine pourtant une tentation : celle de devenir loups dans la bergerie. À moins qu’ils ne se dévorent entre eux, ce qui simplifierait au moins le paysage. C’est bien parti !

Pendant ce temps, le pays réel continue de se fissurer. On dépense toujours davantage pour obtenir toujours moins. On multiplie les normes, les règles, les circulaires, les promesses, et l’on s’étonne de ne voir naître ni croissance, ni confiance, ni souffle. On empile les aides comme on remplit un grenier sans porte : tout s’y perd, rien n’en ressort.

Et pourtant, au milieu de cette torpeur, une autre voie existe. Une voie exigeante, dure parfois, mais claire. Une voie qui propose non pas de maintenir le système, mais de le réparer. Non pas d’ajouter des couches, mais d’en retirer.
Non pas de promettre, mais de tenir.

Cette voie, c’est celle que porte Nouvelle Énergie : celle qui remet le travail au centre, qui redonne du pouvoir d’agir aux actifs, qui allège le poids broyant des charges, qui clarifie le millefeuille social, qui redresse la trajectoire budgétaire, et qui assume enfin de penser à long terme dans un pays intoxiqué au court terme.

Une politique qui ne s’excuse pas de vouloir redresser la France — et encore moins de croire qu’elle peut être grande.

Car le moment approche. Celui où il faudra choisir entre la stabilité des places et la stabilité du pays. Celui où il faudra dire qui l’on sert : sa carrière ou sa patrie. Sa fonction ou sa mission. Son confort ou l’avenir de ceux qui viendront après nous.

Lorsque ce moment viendra — il vient toujours — beaucoup regarderont leurs vestes, se demanderont quel côté est le bon. Ils hésiteront. Ils calculeront. Ils temporiseront. Mais la France, elle, n’a plus le temps d’attendre.

Il faudra des femmes et des hommes debout. Des responsables qui marchent, qui voient loin, qui parlent clair. Des responsables qui ne craignent ni le réel, ni l’effort, ni la vérité. Des responsables qui ne jouent pas à la politique, mais qui la vivent, comme un devoir.

Nous n’avons pas besoin d’un autre billard. Nous avons besoin d’une Nouvelle Énergie.

« L’adoption du projet de loi de financement de la Sécurité sociale pour 2026 restera comme le symbole d’une capitulation politique. Le nouveau « n’importe quoi qu’il en coûte » » David Lisnard dans l’Opinion.

Qu’on referme les vestiaires. Qu’on rallume la lumière. Et qu’on recommence enfin à gouverner.

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