Le dernier 14 Juillet d’Emmanuel Macron. Enfin !

Il y a des symboles qui valent davantage que de longs discours.

Ce 14 juillet 2026 est, sauf événement imprévu, le dernier d’Emmanuel Macron en tant que président de la République. Dans quelques mois, les Français choisiront celui ou celle qui lui succédera.

Et je dois l’avouer : cette perspective m’inspire moins de nostalgie que de soulagement.

Enfin. Enfin parce que dix ans, c’est long.

Dix années durant lesquelles beaucoup de Français ont eu le sentiment que le pouvoir politique s’effaçait peu à peu derrière une technocratie devenue omniprésente. Les ministres se succédaient comme les candidats de « Tournez manège ». Les Premiers ministres défilaient. Les doctrines changeaient. Les discours se contredisaient. Les majorités se recomposaient. À force, on ne savait plus très bien qui gouvernait : le Président, ses cabinets, les administrations, les agences, les autorités indépendantes, les juridictions, les communicants… ou cette technostructure que beaucoup appellent désormais « l’État profond ».

Pendant ce temps, les Français continuaient simplement à vivre. À travailler. À entreprendre. À cultiver leurs terres. À faire tourner leurs entreprises. À élever leurs enfants. Et, accessoirement, à remplir toujours plus de formulaires.

Que de crises inutiles ! Que de petites phrases devenues célèbres avant d’être oubliées ! Que de promesses annoncées avec emphase avant de disparaître sans laisser de traces ! Que de « réformes historiques » dont l’Histoire aura bien du mal à retrouver le souvenir ! Que de montagnes accouchant d’une souris administrative !

Nous avons connu le « en même temps », les revirements, les changements de cap, les changements de doctrine, parfois même les changements de doctrine sur les changements de cap.

Nous avons changé d’avis sur le nucléaire, sur l’agriculture, sur l’industrie, sur l’immigration, sur les finances publiques, sur l’Europe, sur notre politique étrangère, sur l’Armée. Non parce que les faits l’imposaient toujours, mais trop souvent parce que la communication du moment semblait l’exiger.

Évoluer est une qualité en politique. Naviguer sans boussole en est une autre.

Au fil des années, le pouvoir s’est éloigné du terrain. Les normes ont proliféré. Les codes ont gonflé. Les bureaucraties ont prospéré. Les agences se sont multipliées. Les autorités administratives indépendantes se sont émancipées de tout contrôle démocratique. Les collectivités locales ont perdu leur liberté d’agir. Les élus locaux ont perdu leurs marges de manœuvre. Les corps intermédiaires ont été marginalisés. Et les Français ont progressivement perdu confiance.

À chaque difficulté, la même réponse : une nouvelle loi, un nouveau décret, une nouvelle agence, un nouveau comité, une nouvelle plateforme numérique, une nouvelle obligation déclarative, un nouveau guichet unique.

Comme si la liberté était toujours le problème et l’administration toujours la solution.

Le résultat est sous nos yeux. Une dette abyssale. Une dépense publique record. Une administration toujours plus lourde. Une économie qui peine à libérer toutes ses énergies. Une société fragmentée. Et surtout, une confiance profondément abîmée.

Il est temps de tourner la page. Non, il est temps de refermer ce livre.

Avec Emmanuel Macron doit s’achever une manière de gouverner : verticale, technocratique, parfois hors-sol, trop souvent persuadée que l’intelligence résidait dans les cabinets ministériels davantage que dans les territoires.

Le renouvellement ne devra pas être seulement celui d’un homme.

Il devra être celui d’une méthode, d’une culture politique et d’une génération de responsables qui auront accompagné ce système sans jamais vraiment le remettre en cause.

Mais il ne suffit pas de vouloir tourner la page. Encore faut-il savoir ce que l’on veut écrire ensuite. En 2027, la France n’a pas besoin d’une revanche. Elle a besoin d’un renouveau.

Place au débat d’idées. Place à la confrontation des projets. Place aux convictions clairement assumées. Place aux responsables politiques qui connaissent encore le prix d’une heure de travail, d’un litre de carburant, d’une feuille de paie, d’un hectare de vigne, d’un commerce qui ferme ou d’une école qui disparaît. Place au pays réel.

Retrouvons le bon sens, celui qui ne s’enseigne dans aucune école mais qui s’acquiert au contact du réel. Retrouvons l’humilité face aux faits. Retrouvons la sincérité dans le débat public. Retrouvons la confiance.

La France n’est ni condamnée au déclin, ni vouée à choisir éternellement entre l’immobilisme et les extrêmes. Elle possède des atouts immenses, des talents innombrables, des territoires extraordinaires, une jeunesse qui ne demande qu’à entreprendre et une histoire qui nous oblige.

Notre fête nationale nous rappelle d’ailleurs une vérité trop souvent oubliée. Le 14 juillet ne célèbre pas seulement la prise de la Bastille. Il renvoie surtout à la Fête de la Fédération du 14 juillet 1790, lorsque des Français venus de toutes les provinces choisirent de dépasser leurs divisions pour construire ensemble une nation libre et réconciliée.

Voilà sans doute le message dont notre pays a aujourd’hui le plus besoin. Réconcilier Paris et les territoires. Réconcilier l’État et les élus locaux. Réconcilier l’administration et l’initiative. Réconcilier les gouvernants et les gouvernés. Réconcilier les Français entre eux.

Le dernier 14 juillet d’Emmanuel Macron n’est pas une victoire sur un homme. Il peut être le premier jour d’une nouvelle espérance.

À condition que nous retrouvions le goût de la liberté, le sens de la responsabilité, la signification de la culpabilité, le respect du débat contradictoire et la confiance dans l’intelligence des Français.

Car une démocratie ne s’épuise pas lorsque les gouvernements changent. Elle s’épuise lorsque les idées cessent de s’affronter. Réjouissons nous que l’année qui vient nous permette de pouvoir choisir entre des projets différents.

En 2027, ouvrons donc une nouvelle page de notre histoire. Non dans l’esprit de revanche. Mais dans l’esprit de la Fédération.

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