
Il est des moments où le bon sens réclame qu’on lève le voile. Où la réalité, trop longtemps pliée aux discours, finit par resurgir, brutale, incontestable. Le discours d’Agnès Pannier-Runacher, incarnation d’une écologie d’apparat, concentre à lui seul ces contradictions qui sapent la confiance des Français, et affaiblissent l’État. Il faut le dire avec calme, mais avec fermeté : tout est faux, ou presque, dans cette rhétorique officielle.
Prenons la question de la santé publique, souvent invoquée pour justifier l’interdiction des véhicules anciens dans les centres-villes. Ainsi le projet des Zones à Faibles Émissions (ZFE) [1] proposait (aujourd’hui abandonné) de chasser les conducteurs modestes au nom des particules fines. Mais dans le même temps, dans les funestes DPE, on décourage les foyers de remplacer leurs chaudières au fioul par un chauffage électrique, pourtant “zero émission” ! Contradiction ? Non : absurdité. D’autant plus que l’espérance de vie est supérieure dans les grandes métropoles qu’en milieu rural, ce qui relativise bien des affirmations martelées sur les risques sanitaires urbains. [2] [3]
Quant aux chiffres avancés — 48 000 morts par an à cause de la pollution [4] — ils sont issus de modèles statistiques, non de constats médicaux. Et lorsqu’on les examine de près, ils ne révèlent aucune différence notable entre zones rurales où l’air est pur et les zones urbaines ou il est vicié. Alors pourquoi agiter cette peur ? Pour interdire sans débattre ?
Le tableau s’assombrit encore lorsqu’on observe la politique énergétique. Tandis qu’on subventionne à grands frais l’éolien — technologie intermittente, chère, peu pilotable, et destructrice de paysages — on ferme ou on néglige les barrages hydroélectriques, pourtant pilotables, décarbonés et indispensables au stockage de l’énergie. On supprime l’existant au nom d’une vision idéologique, sans souci des besoins ni du terrain. [5]
On dit vouloir la transition, mais on suspend les aides à la rénovation énergétique [6]. On parle de justice sociale, mais on interdit de louer des logements chauffés à l’électricité — pourtant « zéro émission » — provoquant une baisse de 25 % de l’offre locative [7], une hausse des loyers, puis, comme si de rien n’était, on propose d’encadrer ces loyers qu’on a contribué à faire grimper. L’écologie punitive finit toujours par frapper les plus fragiles.
La vérité, c’est qu’on a abandonné la connaissance. La science, naguère boussole de l’action publique, n’est plus qu’un ornement rhétorique. Je l’avais écrit, avec d’autres, dans l’Opinion : « Conscience sans science, c’est la ruine de la politique. »
On interdit les néonicotinoïdes aux agriculteurs formés, tout en autorisant les particuliers à s’en procurer librement sous forme de sprays ou de pipettes pour animaux domestiques. On assimile le glyphosate à l’arme absolue du mal, alors même que sa dangerosité dépend de son usage, comme celle de toute molécule — naturelle ou de synthèse.
Les agriculteurs, les éleveurs, les viticulteurs sont pointés du doigt, alors qu’ils sont les seuls à posséder une certification, un savoir-faire, un carnet d’épandage, une formation. Ceux qui savent sont empêchés ; ceux qui ignorent sont laissés libres. Ce n’est pas de la prévention, c’est de l’aveuglement.
Les sylviculteurs sont honnis ! Ils se débattent entre les injonctions du code de l’environnement, qui leur interdit de détruire des “habitats” et des “habitats futurs”, et le règlement de la défense incendie, qui les oblige à débroussailler ! On demande aux particuliers et aux collectivités de construire en bois, mais on interdit aux forestiers de cultiver les arbres, au nom du respect de la biodiversité. On plébiscite les emballages biodégradables, mais on veut interdire la culture du peuplier et des autres bois de déroulage qui permettent de les produire. La balance commerciale de la France pour le bois est désormais déficitaire : en 2023, la France a importé pour plus de 9 milliards d’euros de bois et produits dérivés, tandis qu’elle a exporté pour 7,3 milliards. Pour construire, on préfère importer du bois venu du nord de l’Europe, plutôt que d’exploiter durablement nos forêts. [10] Dans les cocktails parisiens, où l’on cause d’écologie, on vous propose des couverts en bambou, importés d’Asie !
Et pendant que l’on impose des ZFE dans les vallées, les ports français continuent de perdre du terrain. La majorité de nos conteneurs arrivent par Anvers, Rotterdam ou Hambourg, parcourant des centaines de kilomètres par camion. Le fret fluvial ou ferroviaire stagne. Les barrages tombent, les ponts ne se construisent plus, on interdit la construction, les aéroports et les autoroutes, nos territoires de production restent coupés du monde, et l’on parle de sobriété. Quelle sobriété ? Celle des territoires qu’on asphyxie ? Celle des élus locaux qu’on empêche d’agir ? [8] [9]
Cette écologie-là n’a plus de cap. Elle confond communication et stratégie, injonction et transformation. Elle ne tient plus ni des sciences naturelles, ni des sciences humaines. Elle multiplie les injonctions contradictoires, sans en assumer les conséquences.
Il est temps de renouer avec une écologie de la raison. Une écologie qui conjugue ambition et cohérence. Qui fasse confiance à ceux qui agissent, plutôt qu’à ceux qui dénoncent. Qui sache dire non aux slogans, oui aux preuves. Qui assume que le savoir est une exigence, non une option.
La transition écologique mérite mieux qu’un théâtre d’ombres. Elle exige de l’intelligence, du courage et de la clarté. Le réel est là. Il attend qu’on le regarde. Il est temps de choisir entre le discours et la vérité.
Pour cela il faut que la démarche écologique retrouve un objectif et un nom : la protection de l’environnement et le développement durable !
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NOTES :
[1] Assemblée nationale, Projet de loi relatif à l’abrogation des ZFE-m, adopté en 1ʳᵉ lecture le 3 juin 2025.
[2] INSEE, Espérance de vie et inégalités territoriales, Insee Première n°1880, 2021.
[3] ADEME, Comprendre le DPE et ses évolutions, 2023 ; RTE & ADEME, Les biais du DPE vis-à-vis de l’électricité, 2022.
[4] Santé publique France, Impacts de la pollution de l’air sur la mortalité, 2021.
[5] Cour des Comptes, La politique de l’hydroélectricité en France, 2022 ; Directive 2000/60/CE sur l’eau.
[6] Le Monde, Le gouvernement suspend MaPrimeRénov’ faute de budget, 4 juin 2025.
[7] Cour des Comptes, Loi Climat et Résilience : impact du DPE sur le marché locatif, 2025 ; CAE, Note n°81, janvier 2024.
[8] Cour des Comptes, Les grands ports maritimes français, rapport 2023.
[9] France Logistique, Baromètre de la logistique durable, 2023.
[10] Douanes françaises, Commerce extérieur de la filière bois, données 2023.
