
Il y a un an, presque jour pour jour, un président élu sur la promesse de la stabilité prit la décision la plus instable qui soit : dissoudre l’Assemblée nationale. Non pas pour répondre à une crise, ni pour restaurer l’autorité, mais pour reprendre la main – après une défaite électorale qui n’avait d’autre portée que celle de l’humiliation personnelle.
« Un acte gaullien », osa dire Gérald Darmanin, dans un moment de lyrisme hors de saison. Le Général, lui, convoquait le peuple dans les heures les plus tragiques. Emmanuel Macron, lui, l’a fait à l’heure de sa défaite. On parle du 18 juin ; on assista à un 9 juin d’enfant gâté. Un « itinéraire » – certes – mais sans la noblesse de Jean-Paul Belmondo.
Depuis, la France paye l’addition. Discrètement. Lentement. Mais sûrement.
Le CAC 40 n’est pas tout, mais il dit beaucoup. Il ne mesure ni la dignité des travailleurs, ni l’épaisseur des fins de mois, ni la joie de vivre. Mais il dit ce que le monde pense de nous. Il mesure la confiance que les investisseurs placent dans notre économie. Et depuis le 9 juin 2024, cette confiance s’est évaporée.
Alors que le DAX allemand progressait de plus de 20 %, que le Nasdaq s’envolait, que l’EuroStoxx regagnait du terrain, le CAC, lui, plafonnait. Un an de stagnation. Un an d’immobilisme. Un an de soupçons. Les marchés n’aiment pas l’imprévu, et ils ont reçu en France un feu d’artifice d’imprévus : dissolution surprise, coalition introuvable, gouvernement resserré autour d’un centre sans boussole.
Le thermomètre boursier, lui, n’a pas menti : la fièvre est tombée, parce que la croissance a refroidi.
Prenez le BTP. Ce secteur concret, enraciné dans la poussière des chantiers, dans la sueur des maçons, dans le frottement du bois, du béton et des nerfs. En 2024, il a vu sa production chuter de 2,3 %. Les permis de construire s’effondrent, les carnets de commande s’amenuisent, les artisans ferment leurs ateliers. Dans un pays qui prone la rénovation énergétique, l’outil est cassé.
Et comme si cela ne suffisait pas, le gouvernement a choisi de gripper ce qui restait. Les grandes entreprises alertent. Vinci, Bouygues, Eiffage : toutes disent la même chose. Trop de normes. Trop d’instabilité. Trop d’arbitraire. Pas assez de liberté.
Pendant que Paris s’invente des comités Théodule pour penser la relance, les Français entreprenants traversent l’Atlantique. À Houston, Dallas ou Miami, ils trouvent ce qu’ils ne trouvent plus ici : un État qui respecte l’effort, un marché qui récompense le travail, une fiscalité qui ne punit pas la réussite.
Lionel, patron breton du BTP, a tout vendu pour repartir au Texas. Là-bas, pas d’impôt sur le revenu. Des règles claires. Des délais courts. Il construit, il embauche, il respire. Et surtout, il reste libre. Son témoignage fait froid dans le dos : « En France, je n’étais plus qu’un suspect fiscal. »
Ils sont plus de 130 000 Français à avoir fait ce choix. Et ce ne sont pas seulement des exilés fiscaux. Ce sont des exilés du bon sens. Sylvain Catherine rapportait récemment dans un X qu’il y avait seulement 22 licornes en France, mais 46 licornes fondées par des français aux Etats unis !
Moins d’entreprises, c’est moins de TVA. Moins d’activité, c’est moins de cotisations. Moins de confiance, c’est moins d’impôt sur les sociétés. Le résultat est là : en janvier 2025, les recettes fiscales avaient plongé à 40 milliards d’euros. Dix milliards de moins qu’en décembre.
Le déficit continue de galoper, à 5,6 % du PIB. Le piège se referme. Et pour le gouvernement, la solution est… d’augmenter les impôts. C’est un peu comme si le pilote d’un avion, constatant qu’il décroche, coupait les gazs et cessait d’alimenter ses moteurs … C’est le crash assuré !
Encore. Toujours. Surtaxe sur les entreprises du luxe, prélèvement exceptionnel sur les groupes du BTP, fiscalité punitive sur les véhicules thermiques. On étrangle ce qui produit. On taxe ce qui tient encore debout. On fait du court terme sur du sable.
Il est temps de retrouver une forme de sagesse. Celle qui fait confiance au travail, à l’initiative, à l’entreprise. Celle qui ne voit pas l’entrepreneur comme un fraudeur, mais comme un allié. Celle qui comprend que la richesse se crée avant de se redistribuer.
La France doit redevenir un pays où l’on peut construire, investir, inventer. Cela suppose de la stabilité, de la clarté, de la liberté. Il faut libérer nos forces vives, au lieu de les brider. Encourager, au lieu de punir. Simplifier, au lieu de complexifier.
On l’avait surnommé, à ses débuts, le « Mozart de la finance ». Mais un Mozart sans partition, sans orchestre, sans salle de concert finit par faire fuir les musiciens et le public.
La dissolution du 9 juin fut un caprice politique. Elle a coûté cher. Pas en mots, mais en confiance. Pas en popularité, mais en prospérité.
Il est temps de refermer ce chapitre. Et d’ouvrir une ère nouvelle. Moins de posture. Plus de souffle. Moins d’arrogance. Plus de terrain. Moins d’invention législative. Plus de liberté concrète.
C’est à ce prix – et à ce prix seulement – que la France pourra remonter la pente. Et que le CAC 40, comme le pays, pourra retrouver le goût de la croissance.
