Jean-Paul Souan, la fidélité tranquille et l’espérance

Il est des hommes dont la présence rassure, sans bruit, sans éclat. Des hommes qui ne s’imposent jamais, mais qui sont toujours là quand il le faut. Jean-Paul Souan était de ceux-là. Sa disparition brutale, hier matin, à la suite d’un AVC, a plongé Sauveterre-de-Guyenne dans une tristesse profonde, mêlée d’incrédulité.

Jean-Paul n’aimait ni les grands mots ni les postures. Il croyait à la valeur des gestes, à la force du quotidien, à cette fidélité humble qui fait tenir les familles, les communes, les métiers. Un homme bon, au sens le plus plein du terme : profondément empathique, attentif aux autres, toujours prêt à prêter main-forte, sans jamais compter.

Viticulteur, il savait mieux que quiconque que la vigne enseigne la patience et l’espérance. On l’entretien sans certitude, on y travaille dans l’attente, on y accepte la part d’invisible que la nature et le ciel conservent toujours. Administrateur de la cave coopérative de Sauveterre, il défendait cette idée simple et forte : seul, on est fragile ; ensemble, on tient. Il y mettait son sens du collectif, sa droiture, et cette confiance tranquille dans le travail bien fait.

Son engagement dépassait largement sa propre exploitation. Vice-président du Comité d’Animation Culturel, il fut l’un des artisans discrets de la fête des vins, ce moment où le fruit du travail devient partage, convivialité, presque célébration. Administrateur de Groupama, il mesurait combien la solidarité organisée est indispensable dans un monde agricole exposé aux aléas, aux coups durs, aux revers imprévisibles.

J’ai eu l’honneur de travailler avec lui au conseil municipal de 2008 à 2014. Jean-Paul y apportait ce qui élève la vie publique : le respect, l’écoute, le sens du réel. Il ne cherchait pas à convaincre par la parole, mais par la cohérence entre ce qu’il disait et ce qu’il faisait. Sa présence rappelait que la politique locale n’est pas affaire d’idéologie, mais de service.

Après la tempête de 2009, lorsque notre territoire était meurtri, Jean-Paul était là. À dégager les routes, à désenclaver les quartiers, à redonner accès, mouvement après mouvement, effort après effort. Il ne se posait pas la question de savoir si c’était son rôle. Aider allait de soi. Chez lui, la fraternité n’était pas un mot, mais une pratique. Quand certain demandaient : « qu’est ce que la commune peut faire pour moi ? » Jean-Paul disait plutôt : « Que puis-je faire pour la commune ? ».

Ces derniers temps, Jean-Paul portait, comme chacun de nous, une inquiétude profonde : celle de la crise viticole, de ses conséquences économiques, humaines, morales. Il savait combien ces tempêtes-là sont plus longues et plus silencieuses que celles du ciel. Avec Marie-Annick ils étaient aussi inquiet pour la transmission de leur exploitation à leur fils David. Cette inquiétude n’était pas une crainte égoïste ; elle disait l’amour d’un père, d’une mère, le souci de transmettre non seulement une terre, mais un métier, une dignité, une histoire.

Samedi soir encore, il était au loto de Saint-Brice, aux côtés de son épouse Marie-Annick, dans ces moments simples où la vie se tisse, discrètement, dans la proximité des autres. Dimanche matin, après quelques soins, il est descendu dans la cuisine familiale. C’est là qu’un AVC l’a frappé. Les pompiers de Sauveterre, appelés en urgence, n’ont malheureusement rien pu faire.

Nous ne connaissons ni le jour, ni l’heure. Jean-Paul est parti ainsi, sans bruit, presque à l’image de sa vie. Pour ceux qui croient, il est entré dans ce temps où l’on n’est plus jugé sur ce que l’on a possédé, mais sur ce que l’on a donné. Et Jean-Paul a beaucoup donné. Il est allé retrouver ceux qui l’avaient précédé : Philippe Naboulet, Bernard Rivoire, Michel Borie … et tant d’autres amis, compagnons de route, avec lesquels il partageait une même idée de la vie et de la fidélité.

À Marie-Annick, à Eliane, à David, à sa famille, à ses proches, j’adresse mes pensées les plus sincères. Qu’ils trouvent, dans l’affection immense qui entoure Jean-Paul aujourd’hui, un peu de réconfort. Sauveterre perd un homme droit, fidèle, profondément humain. Mais la trace qu’il laisse ne s’efface pas.

Dans notre tradition chrétienne, on dit que « les justes vivent pour toujours », non parce qu’ils échappent à la mort, mais parce que leur manière de vivre continue d’éclairer ceux qui restent. Jean-Paul Souan était de ces hommes-là. Un homme de la vigne, du lien et de l’espérance.

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