Le 4 novembre 1904 à la chambre des députés, le général André est giflé à deux reprises par le député Gabriel Syveton. André, ancien ministre de la Guerre dans le gouvernement d’Émile Combes, avait fait rédiger des fiches de renseignements sur les opinions politiques et religieuses des officiers républicains. L’affaire éclate à la chambre des députés et le 15 novembre, le général André sera contraint de démissionner.

Le général André est nommé en 1900 ministre de la guerre, pour remplacer le général Gaston de Galliffet démissionnaire, dans le gouvernement de défense républicaine de Waldeck-Rousseau, puis reconduit dans celui d’Émile Combes, après le triomphe du bloc des gauches aux élections de 1902.

Désireux de républicaniser l’armée en la laïcisant, cet anticatholique farouche, méprisé par ses collègues et ses subordonnés, interdit en 1903 aux soldats de fréquenter les cercles militaires catholiques, en application des nouvelles lois laïques sur la « neutralité » supposée, exigée des institutions républicaines et de leurs membres.

L’année suivante André fait appel aux cellules locales (appelées loges ou ateliers) du Grand Orient de France, organisation maçonnique qui est à l’époque pleinement engagée dans la lutte pour la séparation de l’Église et de l’État, pour établir au total 25 000 fiches sur les opinions politiques et religieuses des officiers se rendant à la messe.

Dans la pratique, la direction du C.O. (le Conseil de l’Ordre) fait passer une circulaire aux vénérables maîtres (présidents) de chaque loge de cette obédience pour leur demander de rassembler à leur niveau le plus d’informations possibles sur les officiers des garnisons de leurs villes ou départements. Si de nombreux vénérables (généralement ceux des loges bourgeoises modérées qui désapprouvent les excès du combisme) ne donnent pas suite, ne voulant se compromettre dans une opération de « basse politique », d’autres, surtout ceux des ateliers les plus extrémistes (radicaux ou socialistes), se lancent avec enthousiasme dans l’opération par haine du clergé, de la religion, des aristocrates ou même de l’armée.

La nature des documents est saisissante. Il s’agit de véritables fiches de délation qui, au mépris de leur « déclaration des droits de l’homme » visaient à persécuter les gens en fonction de leurs opinions politiques et de leurs convictions religieuses, rédigées généralement en des termes orduriers.

Sur les fiches ainsi constituées, on pouvait voir des mentions comme « VLM » pour « Va à la messe » ou « VLM AL » pour « Va à la messe avec un livre ».

Les fiches ne se contentent pas de rapporter uniquement des faits comme en témoignent les appellations de « clérical cléricalisant », « cléricafard », « cléricanaille », « calotin pur-sang », « jésuitard », « grand avaleur de bon Dieu », « vieille peau fermée à nos idées », « rallié à la République, n’en porte pas moins un nom à particule ».

Les fiches rapportent aussi la vie privée ou familiale des officiers : « Suit les processions en civil », « a assisté à la messe de première communion de sa fille », « Membre de la Société Saint-Vincent-de-Paul », « À ses enfants dans une jésuitière », « Reçoit La Croix chez lui », « A qualifié les maçons et les républicains de canailles, de voleurs et de traîtres », « richissime », « a une femme très fortunée », « Vit maritalement avec une femme arabe », « A reçu la bénédiction du pape à son mariage par télégramme ».

Les fiches sont d’abord centralisées au secrétariat de la rue Cadet (hôtel Murat), siège du GO, par un nommé Bidegain, sous-chef du secrétariat du Grand Orient de France, chevalier Rose-Croix et ancien séminariste, puis transmises au capitaine Mollin, gendre d’Anatole France et secrétaire particulier du général André.

Le nombre total de fiches était d’environ 19 000. Les officiers sont alors classés pour la constitution des tableaux d’avancement sur deux listes d’après les renseignements fournis, poétiquement nommées par André Corinthe (les officiers à promouvoir) et Carthage (ceux à écarter des promotions).

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8 commentaires sur “1904 : l’affaire des fiches”

  1. bonsoir, je viens de poser un commentaire mais je ne suis pas sùr qu’il soit passé. ce texte est tout aussi factuel que succint. pour info, Ph.Pétain en a même fait les frais. il s’est vengé plus tard en promulgant les lois anti maçonniques avant les lois anti juives et surtout sans demande précise de l’occupant allemand. en l’abscence de commentaire cela fait toujours ressurgir l’absurde complot judéo-maçonnique. tout le monde condamne cette histoire de fiche mais en fait il s’agissait de s’assurer l’adhésion à l’idéal républicain des cadres de l’armée, aprés le mauvais départ de la 3°République. les F.°. se vivaient les défenseurs de cet idéal…… retrouver ce type d’article, comme un cheveu sur la soupe dans le blog d’un élu, qui ne cache pas ses choix religieux ( il ne me viendrait pas à l’idée de critiquer ces choix) c’est au minimum caricatural, voire d’un autre siècle.

  2. C’est tout simplement le blog d’un élu qui veut garder la mémoire de cette sombre histoire…dont son arrière-Grand-Père a été l’une des nombreuses victimes. Henri a dû quitter l’armée pendant l’affaire des fiches. Puis c’est ré-engagé pour combattre en 14-18 sous les couleurs de la République (l’idéal républicain?). Il est mort au combat à Mesnil-les-Hurlus en 1915, hameau d’un village de la Marne. Son corps n’a pas été retrouvé. Voilà pourquoi cet article est sur mon blog, comme un cheveu sur la soupe !

  3. et c’est ainsi qu’on apprend à « tourner 7 fois sa langue dans sa bouche », avant de traiter la présence d’un article, ici ou là de « cheveu sur la soupe » et « caricatural ».
    Il est vrai qu’il est peut-être difficile de tourner un clavier 7 fois !

  4. le piéton sauveterrois

    le Piéton vous approuve , gbd et félicite notre élu pour cette petite leçon de « défense familiale ». Dans cette période de débat sur « l’identité nationale », c’est EXTRA : à savourer en méditant !

  5. que je tourne 7 ou 33 fois mon »clavier » dans ma bouche m’ est forcement mal aisé …que de corporatisme! il n’était pas dit sur l’article premier qu’il s’agissait d’un rappel à l’histoire familiale. De mon coté je m’inquiété du « hors contexte », en effet nous étions aussi à la fin de l’affaire Dreyfus (1906), et le debat sociètal de la séparation des églises et de l’Etat. Je suis surpris que vienne s’y meler « l’identité nationale » et le titre trés connu » c’est extra » de Léo Férré, anarchiste, franco italien…… il nous est impossible de lire les évenements de 1904 dans le contexte actuel…. je reste amusé que pour une simple question, il y ai un tel levé de bouclier, et d’avancé masquée ( gbd? le pieton sauvetrrois? et pourquoi pas « un bon français » )

  6. Effectivement, Renaud, vous ne pouviez pas savoir. Ceci dit, dans un blog, les articles flottent « comme des troncs sur un fleuve », c’est le sens éthymologique du mot « blog ».

    Il doit y avoir un article à ce sujet sur ce blog, quelque part.

  7. Gabriel sous la croix

    Citoyen Ponton, ça doit faire beaucoup rire vos amis de l’UMP et non des moins connus, qui sont nombreux chez les frères, ces vieilles rengaines sur le complot maçonnique. D’autant que pour justifier votre hostilité aux francs maçons vous prenez la démission que votre aïeul aurait adressé en 1904 aux Armées, victime de ces fameuses fiches. Hélas pour vous, il avait démissionné en 1900 alors que l’affaire des dites fiches s’est déroulée en 1904. La fin ne justifie pas toujours les moyens et la vérité ne s’accommode pas d’approximations fantaisistes encore moins lorsque l’on veut être crédible. L’arrière grand père Henri était-il réellement votre aïeul ? Le doute est permis !
    Mais quand le fantasme vous tient qu’importe la réalité pourvu que l’on sème le soupçon.

  8. Bonjour Gabriel sous la croix,

    Vous fabulez, à quel moment ai-je dis, où ai-je écris, que j’étais « hostile aux francs maçons » ? Je n’ai cité aucune date concernant mon aïeul, ni même son nom de famille. Auriez vous encore des fiches ?

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