
Ce mercredi, au Sénat, la ministre de la Transition écologique a tenté de défendre l’indéfendable. Interpellée par le sénateur Pierre Cuypers (photo) sur son projet d’arrêté limitant la chasse de plusieurs espèces dites « en déclin », Agnès Pannier-Runacher a multiplié approximations, contradictions et pirouettes rhétoriques. Le tout, en invoquant comme bouclier cette Europe dont le gouvernement se réclame quand cela l’arrange — mais qu’il oublie volontiers lorsqu’il s’agit de défendre la filière nucléaire, la pêche ou l’agriculture.
Une ministre en roue libre sur les espèces
La « polombe » évoquée par la ministre restera dans les annales. Après le fuligule « malouin », voici donc la chasse à la « polombe » ! L’approximation n’est pas qu’une anecdote : elle révèle une méconnaissance profonde du sujet.
La démonstration est à l’avenant : ce que la ministre défend pour la palombe — espèce abondante, donc chassable — pourrait être appliqué, par simple cohérence, aux autres espèces visées par le projet d’arrêté : grive mauvis, caille des blés, lagopède, etc., dont aucune ne présente un état de conservation alarmant.
Quand l’Europe a bon dos
La rhétorique européenne est ici utilisée comme un paravent. Or, les « recommandations » de la Commission européenne mentionnées datent de 2024, et ont fait l’objet de réserves. Le groupe d’experts mandaté par l’UE a envisagé des mesures de gestion adaptative pour trois espèces de gibier d’eau, pas neuf¹. Et surtout, aucune obligation juridique n’est imposée à la France à ce jour². Le prétendu « processus européen » invoqué par la ministre n’a aucun fondement solide… “Les faits sont têtus”, dit-elle souvent à l’appui de ses démonstrations hasardeuses. Tellement têtus qu’ils viennent ici contredire le discours ministériel.
Les scientifiques mandatés par l’Union Européenne
Le président de la FNC, Willy Schraen, habituellement soutien des ministres macronistes, a clairement rompu avec toute forme de diplomatie. Il dénonce une opération politique pure, et affirme que la ministre capitalise sur le dos des chasseurs pour soigner son image. Il appelle à la mobilisation et menace de boycotter le CNCFS si ses contre-propositions ne sont pas retenues.
Les « scientifiques mandatés par l’Union européenne » ont-ils travaillé avec nos fédérations de chasseurs ? La biodiversité se mesure sur le terrain, et il en va de la biodiversité comme du climat, elle change et s’adapte. Ainsi des espèces disparaissent ici pour apparaitre là. D’autres reviennent, ou change de couloir. D’autres se sédentarisent et ne migrent plus. D’autres déménagent en fonction des récoltes. A-t-on utilisé les données rigoureuses, produites par nos fédérations ? A moins que cette écologie ne veuillent se faire sans les hommes et sans tenir compte de la place qu’il tient dans la nature ?
Le vieux réflexe politique : taper sur les ruraux
Le processus est toujours le même. Lorsqu’un ministre en mal de reconnaissance veut se faire bien voir de la base écologiste radicale, il lance une attaque contre les chasseurs, les pêcheurs ou les agriculteurs. Après l’échec des ZFE, et la grogne qui enfle contre les éoliennes, il s’agit pour la ministre d’allumer un contre-feu pour donner des gages d’écologisme ! C’est un mauvais calcul. Aujourd’hui, agriculteurs, chasseurs, pêcheurs rejoignent la mobilisation des « gueux » qui ont obtenu la fin des ZFE³, réclament la fin du DPE, du ZAN, et demandent qu’on arrête d’investir à fonds perdus dans les éoliennes pour produire une électricité… dont nous n’avons pas besoin⁴. En France, l’énergie est accessible, pilotable et décarbonée⁵.
L’État saccage ce que les chasseurs protègent
La ministre prétend avoir « pour boussole l’état de conservation des espèces ». Une boussole qui a perdu le nord ! Car, dans le même temps, elle soutient l’implantation de milliers d’éoliennes industrielles, y compris dans les couloirs migratoires et les zones Natura 2000⁶. Dans la baie de Saint-Brieuc, par exemple, des dérogations ont été accordées pour la destruction d’espèces protégées afin de raccorder un champ éolien offshore. Le Conseil d’État, dans une décision du 10 juin 2024 (n°467802), a annulé un projet d’éoliennes en Deux-Sèvres au nom du respect de la biodiversité.
Remettre les pieds sur terre
Derrière la chasse, ce sont des gestes ancestraux, des rites familiaux, une culture vivante. « Combien de femmes, d’hommes, d’enfants ont vu leur passion sacrifiée ? » s’interroge le Président de la FDC44. À ce rythme, il ne s’agira plus de réguler une espèce, mais d’effacer tout un pan de la civilisation rurale.
La chasse, lorsqu’elle est pratiquée de manière raisonnée, encadrée, respectueuse des cycles biologiques, est un outil de gestion de la biodiversité. Il est temps de sortir de l’écologie idéologique, punitive, déconnectée du terrain. Et de réaffirmer que l’homme, la nature et la ruralité ne sont pas des ennemis — mais des partenaires.
Références :
- 1. FNC – Communiqué ‘Plus vert que vert’, Willy Schraen, juin 2025, www.chasseurdefrance.com
- 2. Commission européenne – Pas de procédure d’infraction à ce jour (EUR-Lex, EU PILOT)
- 3. Assemblée nationale – Texte n°2051 adopté en 1re lecture le 4 juin 2025 (fin du dispositif ZFE)
- 4. Conseil d’État – arrêt n°467802 du 10 juin 2024, annulation du parc éolien des Deux-Sèvres
- 5. RTE – Bilan électrique 2023 : 92 % d’électricité décarbonée, www.rte-france.com
- 6. Exemples de projets éoliens contestés en zones Natura 2000 : Baie de Saint-Brieuc, Tréglamus, Aude, Marne
