Discours de François Fillon à Dakar, à l’ambassade de France au Sénégal.

Fillon_Dakar_05.PNGFillon_Dakar_02.PNGFrançois Fillon a fait part, samedi à Dakar, de sa « confiance sur l’essor du Sénégal et du continent africain, qui a tout pour être un géant du 21e siècle ». « Ma conviction, c’est que le moteur du progrès est en marche en Afrique. Et dans 10 ou 20 ans, bien des Etats d’Afrique auront le statut de puissance économique, technologique et diplomatique », a dit François Fillon lors d’une réception, en son honneur, à la résidence de l’ambassadeur de France au Sénégal. Il est « bon de regarder vers l’Afrique, où des forces créatrices sont en action », a ajouté François Fillon.


Monsieur l’Ambassadeur,
Mesdames et messieurs,

Je suis heureux d’être parmi vous pour souligner combien votre présence au Sénégal est le témoignage français de votre dynamisme et de votre affection pour ce pays lumineux et si attachant.

J’ai eu l’occasion de discuter avec Monsieur l’ambassadeur de vos attentes et de vos espoirs. La vie quotidienne des expatriés n’est pas toujours facile, et, en tant que représentant de notre Nation, je suis un de vos relais car comme tous nos concitoyens, vous avez le droit d’être écouté et soutenu.

Fillon_Dakar_03.PNGFillon_Dakar_04.PNGHier, j’ai eu l’honneur de m’entretenir avec Mme Aminata Touré, Premier ministre et je viens tout juste de rencontrer le Président Macky Sall qui m’a parlé de nos deux nations avec passion et exigence.

A Dakar, notre histoire partagée s’impose à nous.

Elle s’impose avec ses heures sombres – on ne le comprend pas mieux qu’en allant à Gorée, où je me suis rendu dans la matinée. L’horreur de la traite négrière doit nous porter, nous occidentaux, à une profonde modestie, mais aussi à la vigilance car les braises du racisme peuvent toujours se rallumer.

L’histoire partagée : ce sont aussi ces périodes tragiques et glorieuses lorsque nos ancêtres combattaient côte-à-côte, héroïquement, dans la Marne ou sur le front des Ardennes.

Et puis, il y a aussi les moments d’espoir. C’est ici, à Dakar, qu’a été scellé l’un des premiers actes de la résistance, trois mois à peine après l’appel du général de Gaulle.

Oui, notre nation entretient une relation ancienne et intime avec le Sénégal comme avec d’autres Etats africains, et cette relation n’a de véritable prix que si c’est une relation d’amitié, où chacun se parle sur un même pied d’égalité. Le temps où l’occident prétendait dominer et éclairer le monde est terminé depuis longtemps. Personne n’a de leçons à donner à l’autre et chacun est utile à l’autre.

Je suis ici en homme libre, sans préjugés, et j’observe avec un vif intérêt les évolutions de l’Afrique qui ne manqueront pas de peser sur l’avenir de la France et de l’Europe. Je suis venu pour dire ma confiance dans l’essor du Sénégal, et, plus largement, du continent africain qui a tout pour être l’un des géants du XXIème siècle.

Evidemment, le chemin du développement est parfois chaotique, violent, décevant mais j’ai la conviction que le moteur du progrès est en marche, et dans dix ou vingt ans, bien des Etats africains auront le statut des grandes puissances économiques, technologiques, diplomatiques.

Aujourd’hui, tous les regards sont légitimement tournés vers l’Asie qui se développe à une allure stupéfiante, mais il serait bon aussi de regarder ce qui se passe ici car des forces créatrices sont en pleine action.

L’Afrique se développe. Trop lentement certainement, mais avec des taux de croissance qui ne laissent pas de doute : la tendance est positive. Notre diplomatie économique, c’est en direction de l’Afrique que nous devons la déployer ! Nous ne devons pas être en retard sur les Américains ou les Chinois.

L’Afrique se démocratise, aussi, même si la route est escarpée. Je veux souligner l’exemple du Sénégal, qui a connu l’an dernier la deuxième véritable alternance de son histoire. Evidemment, il y a des contestations, des remous, des manifestations. Mais la démocratie n’est pas une préparation instantanée. Nous avons mis nous-mêmes un siècle, entre la Révolution et la stabilisation des institutions sous la Troisième République.

Senegal.jpgEnfin, l’Afrique s’organise.

Le temps où l’Union africaine était une tribune idéologique est révolu. C’est désormais une enceinte de discussion où l’on tente de prévenir les conflits. Les différentes régions du continent s’organisent aussi, autour de coopérations concrètes. Ici au Sénégal avec la CEDEAO, qui a joué un rôle remarquable dans la résolution de la crise au Mali. C’est aussi le cas de la Communauté économique des Etats de l’Afrique centrale, qui est aujourd’hui mobilisée pour aider la République centrafricaine.

Plus que jamais, le continent africain doit avoir l’audace de penser et de bâtir son unité.

Je n’ignore pas les difficultés d’une telle entreprise qui se heurte aux différences nationales ou culturelles. Nous avons surmonté cela en Europe, alors pourquoi pas l’Afrique? Je l’ai dit, dès à présent des initiatives et des collaborations structurées existent et elles se prêtent à une grande et belle ambition politique. C’est aux africains de décider de leur destin commun, mais je me permets d’ouvrir des pistes.

La question des ressources naturelles sera cruciale dans le siècle à venir, et elle est souvent à la source de conflits en Afrique. Pour installer durablement la paix, l’Europe a mis en commun « le charbon et l’acier ». La France doit encourager les pays d’Afrique à créer une Communauté Africaine des Gisements Miniers et des Ressources Naturelles.

Zone_Franc_CFA.jpg14 Pays d’Afrique ont comme monnaie le FCFA. Cette zone pourrait devenir une 1ère zone de libre échange en Afrique, et pourrait signer avec l’Europe un contrat de partenariat privilégié.

Face à cette vaste évolution africaine, le rôle de la France et d’être aux côtés des Africains pour assurer à ce continent sa stabilité.

Nous ignorons trop souvent en Europe que l’Afrique, avec les conflits autour des Grands Lacs, a connu sa Première guerre mondiale : on parle de millions de morts, victimes des combats, des déplacements forcés, de la famine ou de maladie.

Il y a besoin aujourd’hui de paix en République démocratique du Congo, en Somalie, au Darfour, au Nigeria. Les conflits se diffusent et se rapprochent de l’Afrique de l’Ouest, qui nous est si chère. On le sait bien ici au Sénégal, dans un pays qui a plus de 400 kilomètres de frontières communes avec le Mali. En janvier, j’ai clairement indiqué que nous devions laisser de côté les joutes politiques et soutenir nos militaires sur le terrain au Mali. L’opération Serval, déclenchée à la demande des Africains et pour soutenir des forces africaines, aura évité le pire.

Tous les regards sont aujourd’hui tournés vers la République centrafricaine.

La situation y est très différente, sans ligne de front, mais avec un chaos diffus, des milices criminelles prêtes à dépecer le pays et des affrontements qui prennent de plus en plus une tournure religieuse entre chrétiens et musulmans.

Il faut se mobiliser pour aider les Centrafricains.

Si le conseil de sécurité des Nations unies nous en donne bientôt mandat, nous avons bien sûr le devoir de contribuer à l’effort de paix en renforçant notre présence militaire sur place.
Sécurité, développement économique, liens culturels et scientifiques, à l’évidence nos destins sont mêlés, mais il faut se poser lucidement une question : la Chine remplacera-t-elle la France et l’Europe en Afrique ?

Il y a, je crois, 140000 ressortissants Français en Afrique, contre 1 millions de Chinois.

Sur les grands chantiers, les prix chinois sont bien inférieurs aux nôtres mais génèrent peu d’emplois car la Chine importe souvent ses travailleurs.

Il faut donc trouver ensemble de nouvelles façons de travailler en Afrique en poussant nos atouts : une langue commune, de la formation pour les Africains, de l’emploi sur place, une transparence dans les affaires, un processus durable de co-développement.

Les Africains se demandent parfois : « Quelle est la politique Africaine de la France ou de l’Europe ? ». Je réponds : « Y-a-t-il une politique française ou européenne de l’Afrique ? » …

En fait, c’est bien dans ce questionnement réciproque, dans cet aller-retour que doit se bâtir une coopération solide, équitable, fructueuse entre la France, l’Europe et l’Afrique.

Une nouvelle génération d’Africains est restée au pays pour construire l’avenir, quand les générations précédentes quittaient le pays pour construire un avenir ailleurs. Aujourd’hui, l’Afrique peut être, pour beaucoup de jeunes africains, un lieu pour réussir sa vie et elle peut accueillir aussi des jeunes européens qui, comme vous, veulent entreprendre dans un espace plus libre et moins contraint qu’en Europe.

Au Sénégal comme ailleurs en Afrique, vous avez, chacun à votre niveau, une responsabilité car vous jouez un rôle de pont entre nos deux continents. Vous êtes environ 25 000, dont sans doute la moitié de binationaux. C’est une situation exceptionnelle et un atout.

Je n’oublie pas que Dakar a été choisie pour accueillir le sommet de la Francophonie dans un an exactement, et que c’est aussi un hommage au croisement de nos cultures.
Vous êtes, au Sénégal, une communauté dynamique.

Contrairement aux préjugés, les Français de l’étranger ne sont pas des favorisés et l’expatriation n’est jamais une facilité.

Ce que je vois, c’est que vous êtes ici parce que votre destin, vos attaches familiales ou votre projet professionnel vous y ont conduit. Et vous contribuez tous à votre manière au rayonnement de notre pays, quel que soit votre secteur d’activité.

Malgré la distance qui vous sépare de la France, vous restez naturellement des citoyens avertis sur la situation de notre pays, et je veux vous en dire un mot.
Vous savez que la situation est difficile, et je vous parle ici sans esprit partisan.

Depuis 2008, nous subissons une crise financière qui s’est doublée d’une crise économique, et c’est bien tout le modèle français qui est défié dans son organisation, dans sa capacité à produire plus, à dépenser moins, mais aussi à unir les citoyens autour des valeurs républicaines qui nous sont si chères.

Notre pays vit une sorte de crise existentielle et il semble en panne d’idéal, et du même coup surgissent le scepticisme, l’abattement, et, je le crains, des réflexes extrémistes.

Nous sommes dans un ce ces moments – déjà rencontré dans notre longue Histoire – ou nous oscillons entre le déclin et le sursaut. Face à cette situation, notre devoir commun – quelles que soient nos sensibilités politiques – est d’offrir aux Français une raison de retrouver confiance en l’avenir, car il est fou et faux de penser que la France puisse être condamnée à tirer sa révérence.

Il y a un ressort qui a poussé notre patrie durant des siècles et qui s’est brisé, une sorte de force en nous qui s’est perdu : je veux parler de la foi dans le Progrès. On nous a appris à avoir peur de tout : des mutations économiques, des innovations scientifiques, de la mondialisation, du voisin de palier lui-même… Ca n’est pas avec cette peur au ventre que nous relancerons la croissance, que nous conquérons des marchés nouveaux, que nous redonnerons aux Français la volonté de se retrousser les manches.

Il faut réconcilier notre pays avec cette idée de progrès, et lui dire que le redressement est possible ! Nous en avons les atouts, et il faut arrêter de nous battre la coulpe.

  • L’atout du nombre et de la jeunesse car nous sommes le pays d’Europe dont la démographie est la plus soutenue.
  • L’atout de la productivité des salariés car nous sommes l’une des nations dont les travailleurs sont les plus performants.
  • L’atout de l’éducation et de la recherche, et là encore, malgré nos lacunes, les Français excellent dans les mathématiques, la médecine, la physique.

Nous avons des leaders économiques. Nous avons encore entre nos mains les instruments de la souveraineté nationale. Celui de l’agriculture et l’agro-alimentaire qui assurent notre indépendance alimentaire; celui de l’énergie nucléaire qui garantit notre autonomie énergétique; celui de nos forces armées qui sont respectées de par le monde; celui de notre culture; celui de l’Europe en paix avec ses 500 millions d’habitants et qui n’a qu’un défaut : celui de ne pas croire à l’identité singulière de sa civilisation dans la mondialisation; celui enfin de l’Afrique qui peut nous relayer et celui de la francophonie qui ne doit pas être regardée comme une nostalgie mais comme l’espace d’un élan culturel et politique.

Oui nous avons des atouts et c’est en s’appuyant sur eux, en disant et en assumant la vérité sur l’état de nos faiblesses, c’est en nous réformant avec courage que nous pouvons nous relancer.

Il faut nous réconcilier avec l’audace, la responsabilité, l’envie de nous dépasser ensemble, le gout de nous projeter vers le monde qui nous entoure.

Il faut retrouver aussi la fierté d’être français car cette fierté est justifiée, elle est noble et elle dépasse les affrontements politiques qui sont naturels dans une démocratie, mais qui ne doivent pas nous faire oublier que l’unité nationale est un bien précieux.

Nous sommes tous Français, embarqués sur le même navire. Et il se trouve que ce navire est en train de prendre l’eau, et cela depuis plusieurs années.

Alors soit on s’y met tous pour colmater les brèches et nous remettre dans le vent de la croissance, soit on continue comme avant.

C’est naturellement au Président de la République de trouver les voies et moyens du rassemblement de notre pays, mais l’opposition à elle aussi le devoir de se comporter avec responsabilité et exigence intellectuelle.

Voilà, mes chers compatriotes, le message d’amitié, d’unité et d’audace que voulais partager avec vous et avec nos amis sénégalais à qui je veux dire avec affection «merci».

Vive la France et vive le Sénégal.


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