DNC : quand la raison commande de changer de méthode

Lorsqu’un virus inconnu franchit une frontière, la première réaction est souvent la plus radicale.
À l’arrivée de la dermatose nodulaire contagieuse (DNC) sur le territoire français, l’abattage intégral du premier troupeau infecté pouvait se comprendre. Il s’agissait d’endiguer, coûte que coûte, l’installation d’une épizootie nouvelle, encore mal connue, dans un pays qui compte près de 17 millions de bovins.

Cette décision relevait alors d’une logique d’exception. Mais l’exception n’a de sens que si elle est temporaire. Or, aujourd’hui, la DNC n’est plus une menace hypothétique : elle est installée.

Un rappel nécessaire : la DNC est une maladie virale, exclusivement bovine

La DNC est causée par un virus, un capripoxvirus, strictement limité aux bovins.
Elle ne se transmet pas à l’homme. Elle n’affecte ni la sécurité alimentaire, ni la santé publique humaine. Sa transmission repose essentiellement sur des insectes vecteurs, dont la période d’activité s’allonge sous l’effet du réchauffement climatique.

Autrement dit, nous ne sommes pas face à une maladie mystérieuse, ni incontrôlable, ni relevant d’un principe de peur généralisée. Nous sommes face à une maladie animale connue, pour laquelle des outils existent, à commencer par la vaccination.

Ce qui était rationnel hier ne l’est plus nécessairement aujourd’hui

L’abattage total pouvait avoir une cohérence au premier foyer, dans l’espoir d’un coup d’arrêt rapide. Mais lorsque l’épizootie est désormais présente sur plusieurs territoires, lorsque les insectes vecteurs circulent librement, lorsque les flux d’animaux, inhérents à nos systèmes d’élevage, rendent l’isolement absolu illusoire, alors persister dans l’abattage intégral relève moins de la science que de l’inertie administrative.

Pire encore : cette stratégie produit des effets contre-productifs. La peur de voir tout un troupeau détruit conduit certains éleveurs à retarder les déclarations, fragilisant la surveillance sanitaire. La confiance se délite. Le système se rigidifie. Et l’on finit par combattre la maladie sans ceux qui sont pourtant en première ligne.

La science ne vit pas hors-sol

Tout vétérinaire apprend, dès ses premières années de formation, qu’une maladie repose sur trois piliers indissociables : l’agent pathogène , l’animal et l’environnement.

Or la doctrine actuelle semble ne considérer que le premier, comme si le virus existait indépendamment des conditions d’élevage, du climat, des pratiques, des flux, des réalités économiques et humaines. C’est oublier que la médecine vétérinaire, comme la médecine humaine, est d’abord une science appliquée, fondée sur l’observation du vivant.

Les vétérinaires de terrain connaissent leurs troupeaux, leurs territoires, leurs contraintes. Ils savent que l’on ne gère pas une épizootie depuis un bureau, mais dans les cours de ferme, les étables, les pâtures. Les marginaliser, ou pire, les réduire au silence, est une faute stratégique.

Changer de méthode ne signifie pas renoncer à la rigueur

Il existe une autre voie, plus rationnelle, plus efficace, plus humaine aussi. Cette voie repose sur quelques principes simples :

  • généraliser la vaccination, outil éprouvé, peu coûteux et largement utilisé ailleurs ;
  • organiser des protocoles de confinement adaptés, fondés sur l’isolement des animaux symptomatiques, la maîtrise des mouvements, la lutte contre les insectes vecteurs ;
  • faire confiance aux vétérinaires praticiens, en leur redonnant un rôle central dans l’élaboration et l’application des mesures sanitaires.

À ceux qui invoquent l’exportation comme argument définitif, rappelons une évidence : nos partenaires savent parfaitement travailler avec des animaux vaccinés, moyennant des délais sanitaires raisonnables et indemnisés. Il y a des solutions, dès lors que l’on accepte de les chercher.

Gouverner, c’est savoir ajuster

Une politique publique n’est pas un dogme gravé dans le marbre. Elle doit évoluer avec la réalité, avec l’expérience, avec le retour du terrain.

Continuer à appliquer une stratégie pensée pour les premiers jours d’une crise, alors que la situation a profondément changé, ce n’est plus de la prudence. C’est refuser de regarder le réel en face.

La DNC mérite une réponse ferme, certes, mais proportionnée, évolutive et intelligente. À défaut, ce ne sont pas seulement des troupeaux que l’on sacrifie, mais une part de la confiance entre l’État, la science et ceux qui nourrissent le pays. Et cette confiance-là, une fois perdue, ne se vaccine pas.

Photos : les vaches de nos régions (R) Yves d’Amécourt

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