« La forêt française malade d’un manque de réelle gouvernance » (rapport de deux Sénateurs sur la forêt française)

souches-pin-maritime.jpgLa France dispose avec sa forêt, quatrième d’Europe, d’un potentiel économique majeur mais, à l’arrivée, cette filière grève lourdement le déficit de la balance commerciale française. Une situation due au fait que « la politique forestière est sans stratégie, sans pilote, sans résultats », explique sans détour un rapport du Sénat rendu public mercredi.

Basé sur une enquête demandée fin 2013 à la Cour des comptes par la commission des Finances du Sénat, ce rapport précise que si la filière bois représente 440000 emplois, elle représente aussi 10 % du déficit total de la balance commerciale, soit environ 6 milliards d’euros par an. « Cette situation résulte du choix d’un modèle économique de pays en voie de développement », assènent les auteurs du rapport, les sénateurs Alain Houpert et Yannick Botrel, pointant un déplacement de la valeur ajoutée vers les marchés étrangers en raison des déséquilibres entre l’exportation de bois brut et l’importation de produits transformés (meubles, papiers ou cartons par exemple).

Ce constat nous renvoie vers la problématique plus large de la désindustrialisation de la France : nos arbres partent trop souvent se faire transformer ailleurs !!! Ce rapport pose la question du coup de la main d’œuvre en France dans l’industrie et l’artisanat … La disparition de la fabrication locale au profit de la fabrication délocalisée… Ce rapport pointe du doigt aussi le problème de prescription des Maîtres d’Ouvrage et Maîtres d’Œuvre : combien d’appel d’offre en construction bois inscrive-t-il dans le cahier des charges « pin du Nord » excluant du même coup la production Française ? Il pose la question de la formation de nos menuisiers, de nos charpentiers et de nos architectes … Pourquoi nos charpentiers préfèrent-ils le « pin du Nord (de l’Europe) » au « pin de France » ? Pourquoi nos menuisiers préfèrent-ils le « bois exotique » au bois local ? Pourquoi nos constructeurs de maison bois ne trouvent-ils pas localement le bois débité en grande longueur leur permettant de construire « local » ?

Et les critiques ne s’arrêtent pas là. Si la forêt française est sous-­exploitée, elle souffre surtout de l’absence d’une politique cohérente pour développer son potentiel économique.

Cinq ministères chargés respectivement de l’agriculture et de la forêt, de l’industrie, de l’écologie et de l’énergie, du logement, du budget et des finances, mettent ainsi en œuvre une ou plusieurs politiques qui concernent la filière forêt­-bois. « Chacun met de son côté sa politique en œuvre sans concertation, sur fond de mosaïque décisionnelle » comprenant « une pléthore de structures publiques », ainsi que dix organisations professionnelles, a indiqué Alain Houpert, lors de la présentation du rapport à la presse.

« Nous souhaitons une clarification et un chef de file », en l’occurrence le ministère de l’Agriculture, a demandé l’autre rapporteur, Yannick Botrel. Ce pilotage, assuré par le ministère de l’Agriculture « qui deviendrait chef de file au niveau interministériel de toute la filière bois » devrait se fixer comme « objectif central la valorisation économique de la ressource bois », proposent les deux sénateurs.

Avec 910 millions d’euros par an, les soutiens publics sont « nombreux » mais « peu cohérents », et « trop marqués » en faveur de la filière du bois énergie, qui en capte plus d’un tiers, créant des conflits d’usage dans certaines régions. En revanche, « les soutiens à l’usage du bois dans la construction sont modestes, alors qu’il s’agit du principal débouché en France pour le bois matériau et ses dérivés », poursuit le rapport.

Que font les Régions pourtant chargées du développement économique ?

Que fait la Région Aquitaine par exemple pour industrialiser la filière bois ? Pour aider le « pin du Sud-Ouest » à concurrencer le « pin du Nord » ? Que faisons-nous pour faire travailler plus le local et moins nos ports ? Que faisons-nous en Aquitaine pour soutenir l’introduction du label PEFC (Gestion Durable) dans les appels d’offre des collectivités locales ? Comment -puisque la formation professionnelle est de sa compétence- la Région Aquitaine participe-t-elle à former des menuisiers, des charpentiers, des architectes, sur le sujet des bois de France, leur utilisation, leurs qualités ? Comment enfin notre Région agit-elle pour permettre une meilleure communication entre les acteurs de la filière forestière afin que chacun s’adapte au besoin de l’autre et qu’ensemble ont créent de la valeur ajoutée régionale ?

Les sénateurs recommandent aussi de « tourner l’Office national des forêts (ONF) vers une logique de résultats », d’augmenter la proportion d’arbres résineux (plus demandés par l’industrie), de ne plus faire du bois énergie une priorité et d’instaurer un dispositif pour limiter les exportations de bois brut.

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