Un jour, au bord du grand fleuve Congo, dans la région du Pool, un scorpion tournait en rond.
Il voulait rejoindre Kinshasa, là-bas, sur l’autre rive.
Mais le courant était fort, le fleuve large comme un désert d’eau, et il n’y avait pas la moindre pirogue.

Alors, il vit un renard qui s’approchait pour boire.
« Renard, dit-il, emmène-moi sur ton dos jusqu’à l’autre rive. »
Le renard le regarda, méfiant :
« Tu crois que je suis fou ? Dès que je te prendrai sur mon dos, tu me piqueras, et je mourrai. »
Le scorpion répondit calmement :
« Réfléchis, mon frère. Si je te pique, tu mourras… mais moi aussi. Je ne sais pas nager. Nous coulerons ensemble. »

Le renard resta un moment silencieux.
Ses oreilles frémirent, il pesa les mots du scorpion, et finit par dire :
« Ta raison me semble juste. Monte. »

Alors ils entrèrent dans le fleuve.
L’eau était froide, le courant puissant, mais le renard nageait vaillamment.
Au milieu du fleuve, soudain, il sentit une douleur vive dans le dos.
Ses pattes se figèrent, il chancela.
« Scorpion ! Tu m’as piqué ! Mais pourquoi ? Nous allons mourir tous les deux ! Pourquoi as-tu fait cela ? »

Le scorpion, déjà emporté par l’eau, répondit d’une voix brisée :
« Pardon, Renard… Je n’ai pas voulu. Mais c’est plus fort que moi. C’est ma nature. »

Et le fleuve, indifférent, les emporta tous deux.

Il ne suffit pas d’être intelligent pour être sage. L’esprit raisonne, mais le cœur obéit à ce qu’il est. On ne traverse pas le fleuve de la vie avec ceux qui ne se connaissent pas eux-mêmes.

1 commentaire pour “Le scorpion et le Renard”

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