J’ai passé un bon moment –et long aussi – jeudi soir devant le 1er débat organisé sur France 2 à l’occasion de la « primaire » du Parti Socialiste. Un bon moment, oui, je le dis tout de go. Même s’il est de bon ton, lorsqu’on est à l’UMP de dire tout le mal que l’on pense des primaires… Je n’oublie pas que certains, parmi nous, souhaitaient des primaires en 1995 pour départager Jacques Chirac et Edouard Balladur, sur le ring de l’investiture. Je n’oublie pas non plus qu’à l’époque, ce sont les socialistes –François Mitterand en tête– qui disaient que les primaires étaient « inconstitutionnelles »…

Mais voilà, comme en politique la « traçabilité » n’existe pas, que nos journalistes n’utilisent que très peu leurs archives et qu’à l’époque internet, google et les moteurs de recherche n’existaient pas… Les arguments de gauche d’hier, sont devenus ceux de la droite d’aujourd’hui ! Comme quoi, la joute politique est toute relative ! Un argument de droite se retrouvant très rapidement à gauche pourvu qu’on se retourne…

Alors oui, jeudi soir, j’ai passé un bon moment. Les 6 candidats ont été attentifs, gentils, bien élevés. C’est toujours agréable. Ils ont été bien plus polis et policés que lorsqu’on les voit s’agiter contre le gouvernement sur les bancs de l’assemblée nationale ! Bref, l’ensemble était de bonne tenue.

Sur le fond, j’ai été rapidement rassuré… Pas de solution rapide pour sauver la France ! C’est peut-être ça, du reste, qui m’a fait le plus plaisir. En les écoutant, les uns après les autres, on se renforce dans l’idée que Nicolas Sarkozy et François Fillon ne travaillent pas si mal ! J’en suis, pour ma part, de plus en plus convaincu. La période est très difficile et il faut bien du courage pour être à leur place en ce moment.

Jeudi soir, donc, aucun n’a dit comment il allait tout à la fois : augmenter les salaires (c’est pourtant une nécessité), réduire la dette (c’est une fatalité), diminuer les charges de l’Etat (c’est un passage obligé), et améliorer son efficacité (c’est un objectif) !

Ségolène Royal, bien que la plus probante dans ses démonstrations, semblait déstabilisée par la présence de son ex. Martine Aubry semblait flotter dans des vêtements trop petits, que la méthode Coué n’a pas réussi à agrandir. Arnaud Montebourg jouait les Mélenchon, mais il n’a pas la tête de l’emploi. Dans le panier de crabes, Jean-Michel Baylet jouait le homard fumeur de cannabis… le candidat des « d’jeun’s ». François Hollande se voyait déjà, en haut de l’affiche… « et sur tous les murs son nom s’étalait ».

Le plus gros mensonge de la soirée revient à François Hollande qui sur un ton Mitterandien (celui que le défunt président utilisait quand il mentait) a affirmé : « le quinquennat de Nicolas Sarkozy a été un échec pour l’accueil des enfants handicapés dans l’éducation nationale ». Outre le fait qu’on ne savait pas ce que cela venait faire dans le débat, c’est tout simplement faux ! Le nombre des élèves handicapés, scolarisés en milieu ordinaire n’a cessé d’augmenter depuis 4 ans avec la création de classes de CLIS supplémentaires dans les écoles élémentaires, de SEGPA, et enfin des UPI dans les collèges. Bis repetita : Souvenez vous, c’est sur ce sujet qu’en 2007 nous avions eu le droit à une colère « Royal » à l’occasion du débat du second tour… Mais le lendemain, l’argument avait fait « pschitt ».

Quand au débat sur « donnez-moi la date de sortie du nucléaire en % ! » il était pour le moins curieux !

Alors oui, c’est tout de même Manuel Valls qui a été le plus brillant et le plus honnête. Manuel Valls a fait sienne la « TVA sociale » pourtant définitivement flinguée à gauche par Laurent Fabius. Il est pour la « règle d’or » qui vise à inscrire dans la constitution l’objectif de supprimer les déficits dans le budget de l’Etat. Il avoue avoir voté la loi « anti-burqua ». Il est résolument pour la réduction de la dette…

J’ai comme l’intime conviction que Manuel Valls est le candidat de gauche, préféré des électeurs de droite… D’ailleurs j’ai lu dans les colonnes de Sud-Ouest qu’en Gironde, Manuel Valls n’avait pas de représentant de son courant au PS! CQFD.

Il y a quelques semaines, en Irlande, j’ai expérimenté la conduite à gauche. Je suis désormais convaincu que pour bien conduire à gauche, il vaut mieux avoir le volant à droite (et vice-versa) !

Amis de gauche, votez pour Manuel Valls !


(infographie Ouest-France)

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1 commentaire pour “Ne soyons pas primaires !”

  1. PRIMAIRE SOCIALISTE : SIX PERSONNAGES EN PANNE D’AUTEUR

    « Rodée depuis plus d’un siècle aux Etats-Unis, la formule de la primaire est une bonne idée. La droite devra y venir elle-même en 2017, quand il faudra choisir un candidat présidentiel entre plusieurs jeunes talents aux ambitions également légitimes. S’abandonner au verdict douteux des sondages, corrigé par les mœurs ottomanes du poison, du couteau, de la calomnie, de la trahison et du clientélisme ne correspond plus aux exigences de démocratie participative de notre temps : aux électeurs de chaque famille politique de choisir eux-mêmes le candidat qui portera leurs couleurs !

    Le premier débat télévisé entre les six candidats socialistes montre pourtant combien l’exercice est encore très étranger à notre culture nationale. Voilà sur le plateau, six membres d’une même famille, soudainement placés sous le regard des Français, et visiblement obsédés par la volonté commune de cacher le linge sale qu’il ne faut laver qu’entre soi. S’en tenant, pour l’essentiel, à l’exégèse de la pauvre bible commune : le projet socialiste. Un texte adopté il y a quelques mois – c’est-à-dire un siècle : avant le retour de la crise aiguë de la dette, qui périme tous les plans à long terme antérieurs.

    Nous avons ainsi assisté à un huis clos, une pièce de théâtre dont les acteurs rabâchaient les mantras de leurs grands pères, effrayés à l’idée d’affronter un monde radicalement nouveau avec des idées neuves. Les vils banquiers sont responsables de la crise, il faut les « mettre au pas ». Si les prix montent, on les bloquera. Si les jeunes sont au chômage, l’Etat subventionnera leur emploi. Soucieux d’essayer de faire apparaître des nuances, fût-ce infimes, entre ces docteurs de la vieille foi, les journalistes n’ont finalement pas posé les vraies questions auxquelles sera confronté l’élu(e) de 2012 : comment réduire massivement les dépenses, et quels impôts faudra-t-il aussi augmenter ? Chut ! Quel prix de l’électricité est-on prêt à accepter en contrepartie de la réduction du nucléaire ? Chut ! Comment pouvons-nous redevenir compétitifs en continuant de nous pénaliser nous-mêmes sur le coût du travail (les 35 heures), et en projetant de le faire aussi sur le coût de l’énergie (le renouvelable, c’est plus propre mais beaucoup plus cher) ? Chut ! La crise de la dette, les dérives financières, l’immigration, l’énergie et même la défense sont désormais des sujets qui ne peuvent être traités efficacement qu’au niveau européen : comment la France agit-elle, avec qui, pour mettre l’Europe en mesure d’agir ? Chut ! Le « gouvernement économique européen » se met en place, mais quel est le progrès si ses membres ne sont pas en mesure de faire appliquer chez eux les engagements qu’ils prennent à Bruxelles ? Chut ! Jean-Paul Sartre assumait ses mensonges sur l’échec du communisme pour ne pas « désespérer Billancourt », la forteresse ouvrière de l’époque. Hier soir, il ne fallait pas désespérer Solferino, tous ces militants que bercent encore les rêves roses de 1936 et 1981.

    Sur ce plateau somnambulaire, il s’est quand même trouvé quelqu’un pour oser affronter les problèmes de sa génération, sans rien cacher de la dure vérité du moment. Hélas, ce faisant, le courageux Manuel Valls s’est condamné à rester marginal dans un parti désormais enfermé dans sa surenchère orthodoxe. L’homme a pris date pour l’avenir. Mais il est clair que cet avenir ne passe pas par le PS qui était hier soir sous les projecteurs.

    D’ici mai prochain, la route sera longue, et pleine de rebondissements. Mais le vainqueur du premier round des primaires socialistes est un certain Nicolas Sarkozy. »

    Alain LAMASSOURE
    Député européen – Conseiller régional d’Aquitaine

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