
Le 1er septembre, la Commission de régulation de l’énergie (CRE) a publié un document de “clarification” sur les scénarios de développement du système électrique français. Deux jours plus tard, le Cérémé – Cercle d’Études Réalités Écologiques et Mix Énergétique – a réagi par un communiqué argumenté, chiffres à l’appui. Je tiens à saluer cette prise de position courageuse et salutaire, tant elle vient combler le vide laissé par des responsables politiques défaillants depuis maintenant huit ans.
Depuis l’élection d’Emmanuel Macron, la politique énergétique française s’est enfoncée dans une suite de contradictions, d’improvisations et de décisions dogmatiques. On a fermé Fessenheim, retardé la relance du nucléaire, subventionné massivement l’éolien et le solaire intermittents, commencé à démanteler notre parc hydraulique sous pression européenne, tout en laissant exploser la facture d’électricité pour les ménages et les entreprises. Résultat : nous avons troqué l’indépendance énergétique et la stabilité des prix contre la dépendance, l’instabilité et la précarité.
La France, autrefois modèle, est devenue importatrice nette d’électricité certains hivers sous le quinquennat précédent, alors même qu’elle possédait le parc nucléaire le plus performant d’Europe. En 2024 et 2025, la situation s’est inversée : la France a exporté de l’électricité, mais à perte. Pourquoi ? Parce qu’elle a acheté, à prix garanti et avec nos impôts, une production d’électricité intermittente issue de l’éolien et du solaire dont elle n’avait pas besoin, avant de la revendre à bas prix sur le marché européen. Une aberration économique et écologique : nous payons pour produire de l’électricité qui, au final, enrichit nos voisins.
Des factures qui explosent, un lien direct avec les EnR intermittentes
Le Cérémé rappelle une vérité que la CRE semble vouloir minimiser : le prix de l’électricité a doublé depuis 2012.
Les chiffres d’Eurostat le confirment : ce qui coûtait 100 € en 2012 coûte aujourd’hui 200 €. Et ce n’est pas une fatalité naturelle, ni une conséquence inévitable de l’inflation ou de la guerre en Ukraine. C’est le fruit d’un choix politique : prioriser des énergies renouvelables intermittentes, éoliennes et solaires, au détriment des moyens pilotables comme le nucléaire ou l’hydroélectricité.
Le Cérémé cite une étude éclairante : chaque gigawatt (GW) supplémentaire d’éolien ou de solaire entraîne en moyenne +2,2 % sur la facture d’électricité. Ces énergies, intermittentes par nature, nécessitent des réseaux renforcés, des systèmes de stockage coûteux, et surtout des centrales de backup – souvent fossiles – pour compenser leurs caprices. Ainsi, ce qui se présente comme une énergie “gratuite” ou “propre” se révèle en réalité une machine à subventions et à coûts cachés.
300 milliards d’euros d’économies possibles
Dans son communiqué du 3 septembre, le Cérémé détaille un scénario alternatif élaboré avec le cabinet Roland Berger. Selon leurs modélisations, si la France renonce à la fuite en avant dans les EnR intermittentes pour se concentrer sur le nucléaire et les moyens pilotables, au moins 300 milliards d’euros d’économies seraient possibles d’ici 2050. Trois postes principaux de gaspillage sont identifiés :
– 212 milliards € : surcoûts pour le système électrique (réseaux, raccordements, infrastructures) ;
– 41 milliards € : charges publiques liées aux contrats de rachat garantis et subventions ;
– 50 milliards € : “coûts cachés”, incluant le backup fossile, la perte de moyens pilotables, et les externalités environnementales.
Ce chiffre n’est pas une exagération. Il traduit l’addition d’un choix politique qui a consisté, depuis 2017, à subventionner massivement des technologies intermittentes, tout en laissant vieillir notre parc nucléaire existant et en retardant les décisions de construction de nouveaux réacteurs. Le pire, c’est que nous payons deux fois : une première fois par nos impôts pour financer les subventions et garanties, une deuxième fois sur notre facture d’électricité.
Une régulation qui sort de son rôle
La mission de la CRE est de « réguler les marchés de l’énergie », pas faire la politique énergétique de la nation.
Or, dans son document du 1er septembre, la CRE franchit une ligne rouge en présentant comme des “évidences techniques” ce qui relève en réalité de choix politiques. Le Cérémé a raison de rappeler que la définition du mix énergétique relève de la démocratie, pas d’une autorité administrative indépendante. Confondre ces rôles, c’est priver les Français du débat qu’ils méritent sur un sujet qui engage leur avenir, leurs finances et leur souveraineté.
Huit années d’errance : qui est responsable ?
Depuis 2017, plusieurs Premiers ministres et ministres successifs ont façonné, et parfois déformé, notre politique énergétique. Chacun porte sa part de responsabilité dans l’impasse actuelle :
– Édouard Philippe (2017-2020) : Premier ministre lors de la fermeture précipitée de Fessenheim, décision purement idéologique.
– Jean Castex (2020-2022) : gestion du Covid et du choc énergétique sans vision de long terme.
– Élisabeth Borne (2022-2024) : ancienne ministre de la Transition écologique, architecte des PPE antérieures, elle a poursuivi la ligne dogmatique tout en retardant la relance nucléaire.
– Gabriel Attal, Michel Barnier, François Bayrou, Sébastien Lecornu (2024-2025) : dans la continuité, avec un discours de façade sur la relance industrielle, mais aucune rupture stratégique.
Côté ministres de l’Énergie et de la Transition : Nicolas Hulot , Sébastien Lecornu, François de Rugy, Élisabeth Borne , Barbara Pompili, Christophe Béchu, et Agnès Pannier-Runacher …
Cette succession de responsables, sous l’autorité d’Emmanuel Macron, illustre une politique menée contre le gré des Français. Rappelons qu’à chaque consultation citoyenne, la population s’est exprimée contre l’éolien industriel et pour la préservation du nucléaire. Ces avis ont été ignorés, au profit de choix dictés par Bruxelles et par les lobbies.
Le courage de dire la vérité
Le communiqué du Cérémé est une bouffée d’air frais dans un paysage politique où l’omerta règne. Il rappelle une évidence : il n’est pas trop tard pour changer de cap. Mais cela exige du courage politique et de la clarté.
Depuis huit ans, la France subit les conséquences d’un “en même temps” énergétique qui n’est en réalité ni l’un, ni l’autre. L’heure est venue de choisir la raison, la science et l’intérêt général. Comme le Cérémé, je crois que la vérité doit être dite, même si elle dérange.
“On ne résout pas un problème avec les modes de pensée qui l’ont fait naître.” – Albert Einstein
Références :
– Communiqué du Cérémé, 3 septembre 2025
– Eurostat, données comparatives sur le prix de l’électricité (2012-2025)
– RTE, scénarios de mix énergétique 2030-2050
