
Le Premier ministre François Bayrou a annoncé sa volonté de ramener le coefficient d’énergie primaire de l’électricité de 2,3 à 1,9 à compter de janvier 2026. Objectif : faire revenir sur le marché locatif quelque 850 000 logements aujourd’hui exclus à cause d’un mauvais classement au DPE [1]. C’est un premier pas. Mais pourquoi marchander ce chiffre comme on négocierait une cote d’argus ? Il est temps de supprimer purement et simplement ce coefficient obsolète.
Une convention dépassée, héritée d’un autre temps
Ce fameux coefficient d’énergie primaire (Ep/Ef), appliqué à l’électricité dans le calcul des DPE, vise à prendre en compte l’énergie nécessaire à sa production, son transport et sa distribution. Jusqu’en 2021, il était fixé à 3,0. Depuis, il est de 2,3 [2]. Et demain ? 1,9, propose M. Bayrou. Pourquoi pas 1,7 ? Ou 1,5 ? Où est la science ? Où est la cohérence ? Où est l’intérêt général ?
Cette convention repose sur une vision continentale de l’électricité, datant d’un temps où les centrales à charbon dominaient encore le paysage européen. Mais en France, plus de 90 % de l’électricité est décarbonée, issue du nucléaire, de l’hydraulique et des énergies renouvelables [3]. Appliquer à cette électricité propre un malus censé refléter des pertes énergétiques devenues marginales est absurde sur le plan technique et contre-productif sur le plan écologique.
Une injustice flagrante entre les énergies
Car pendant ce temps, le fioul, le gaz ou le bois, eux, ne subissent aucun coefficient d’énergie primaire. Ils sont considérés comme des énergies « prêtes à l’emploi », livrées telles quelles au logement [4]. Pourtant, il faut les extraire, les raffiner, les transporter en camions ou en bateaux, et enfin les brûler dans des chaudières dont le rendement est parfois médiocre. C’est un non-sens.
Résultat : un logement chauffé au gaz peut obtenir une meilleure note DPE qu’un logement tout-électrique, même si ce dernier n’émet quasiment pas de CO₂ [5]. Pire, dans des zones tendues comme Paris ou Lyon, cette note défavorable peut interdire la mise en location d’un bien, et priver un propriétaire et un locataire d’un logement pourtant parfaitement salubre et sobre en émissions.
Un contresens sanitaire et climatique
Dans le même temps, le gouvernement veut réduire les émissions de particules fines en ville. Il chasse le diesel des centres-villes, souhaite interdire progressivement les véhicules thermiques dans les ZFE [6] , alerte sur la pollution de l’air intérieur.
Et pourtant, il continue à décourager le chauffage électrique, qui n’émet ni particules fines, ni oxydes d’azote, ni fumées de combustion [7]. À l’inverse, les vieilles chaudières au bois ou les chaudières au fioul, sont parmi les premières sources de pollution de l’air dans les zones urbaines [8].
Il est profondément incohérent de financer à grands frais l’achat de voitures électriques, de verser des sommes très importantes à Arcelor Mittal pour lui faire remplacer le charbon par de l’électricité dans les fours de ses aciéries [quitte à lui faire quitter le territoire national !] tout en détruisant la valeur et l’usage de logements chauffés à l’électricité, en leur infligeant un malus qui ne correspond plus à rien.
Ce qui est bon pour le logement est aussi bon pour le climat
Supprimer ce coefficient, c’est permettre à des centaines de milliers de logements aujourd’hui stigmatisés par une étiquette énergétique faussement négative de revenir sur le marché locatif.
C’est aussi redonner leur place à des solutions efficaces, peu coûteuses, propres :
- chauffage électrique direct, pour les petits logements ou les logements très bien isolés,
- pompes à chaleur, dont les rendements dépassent les 300 % en énergie utile,
- solutions hybrides intelligentes, qui exploitent au mieux les heures creuses et l’électricité bas carbone.
C’est enfin faire preuve de cohérence politique. La France s’est engagée à réduire ses émissions de gaz à effet de serre. Elle dispose pour cela d’un atout majeur : un réseau électrique parmi les plus propres au monde [9]. Pourquoi le pénaliser ?
Une réforme de bon sens
Plutôt que de continuer à marchander ce coefficient à la décimale près, le gouvernement ferait mieux de le supprimer purement et simplement. Les DPE doivent refléter les émissions de CO₂ réelles, les coûts réels, les performances réelles. Pas des conventions issues d’un autre siècle.
Ce serait une mesure simple, lisible, efficace. Bonne pour le logement. Bonne pour le climat. Bonne pour la qualité de l’air.
Alors, Monsieur le Premier ministre, si vous êtes prêt à descendre à 1,9, pourquoi ne pas aller jusqu’au bout ? La vérité ne se négocie pas : elle s’impose.
Références
1. Déclaration de François Bayrou, juillet 2025, Le Figaro / RTL.
2. Ministère de la Transition écologique, réforme du DPE – arrêté du 31 mars 2021.
3. RTE – Bilan électrique 2023 : 93,8 % de production électrique bas-carbone en France.
4. ADEME – Méthodologie des DPE (2021), distinction énergie finale / énergie primaire.
5. Observatoire National de la Rénovation Énergétique (ONRE), impacts du mode de chauffage sur le DPE.
6. Ministère de la Transition écologique – politique ZFE et plan santé-environnement.
7. ADEME – Les différents modes de chauffage et leur impact sur la qualité de l’air (2022).
8. Santé Publique France – Exposition aux particules fines (PM2.5) et chauffage au bois (2020).
9. Haut Conseil pour le Climat – Rapport annuel 2023, mix électrique français et climat.
