
« Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. » Psaume 121, 4
Il y a trois ans aujourd’hui, le 7 octobre 2023, au petit matin, des hommes ont franchi une frontière pour aller tuer. Ils sont entrés dans des maisons. Ils ont assassiné des femmes et des hommes, des vieillards, des enfants. Ils ont poursuivi des jeunes gens venus danser dans le désert. Ils ont brûlé, mutilé, violé. Ils ont emmené des otages.
En quelques heures, environ 1 200 innocents furent assassinés et 251 personnes enlevées. Mais les chiffres disent si peu. Derrière chacun d’eux, il y avait un visage, un prénom, une famille, une histoire commencée quelque part et brutalement interrompue. Il y avait des parents qui ne reverraient plus leurs enfants. Des enfants qui grandiraient sans leurs parents. Des maisons dans lesquelles une chaise resterait vide. Et des survivants condamnés à vivre avec cette question terrible : pourquoi suis-je encore là ?
Trois ans ont passé.
Les morts, eux, ne vieillissent pas. Le 7 octobre fut le plus grand massacre de Juifs depuis la Shoah. On aurait pu imaginer que devant l’horreur, au moins pour quelque temps, les vieilles haines se tairaient. Il n’en fut rien. C’est peut-être même l’une des choses les plus terribles que nous ayons découvertes depuis ce jour-là.
À peine les corps avaient-ils été retrouvés que commençait déjà l’explication. Puis vint la justification. Puis la relativisation. Puis, peu à peu, l’inversion. Le bourreau devenait victime. La victime devenait coupable.
Et, jusque chez nous, le vieil antisémitisme retrouvait une vigueur que nous avions eu la naïveté de croire disparue. En France, 1 676 actes antisémites furent recensés en 2023, contre 436 l’année précédente. La plupart après le 7 octobre. Au moment même où des Juifs venaient d’être massacrés parce qu’ils étaient Juifs, des Juifs de France étaient insultés, menacés, agressés parce qu’ils étaient Juifs.
Il faut prendre la mesure de ce paradoxe effrayant.
Nous avions cru que la mémoire de la Shoah avait vacciné l’Europe. Nous découvrions qu’une mémoire peut s’effacer. Nous avions cru que l’antisémitisme appartenait aux vieux démons du XXe siècle. Nous découvrions qu’il savait parfaitement parler le langage du XXIe.
Car l’antisémitisme est un caméléon. Il change de vocabulaire. Il change de costume. Il change de justification. Mais il finit toujours par désigner le même homme.
Hier, on accusait le Juif de ne pas appartenir à la nation. Aujourd’hui, certains le rendent comptable de la politique d’un État situé à quatre mille kilomètres de chez lui.
Hier, l’antisémitisme se revendiquait parfois comme tel. Aujourd’hui, il sait emprunter les mots mêmes de l’antiracisme.
L’abjection raciste prospère parfois chez ceux-là mêmes qui prétendent la combattre.
Bien sûr, depuis le 7 octobre, il y eut Gaza. Il y eut la guerre. Il y eut des morts, des enfants ensevelis, des familles palestiniennes brisées, des innocents pris dans une tragédie dont ils n’avaient pas choisi les termes. Le reconnaître n’enlève rien à la mémoire du 7 octobre. Au contraire.
Une civilisation se reconnaît précisément à sa capacité à regarder toutes les souffrances sans avoir besoin d’en effacer une pour reconnaître l’autre. On peut pleurer un enfant palestinien sans oublier un enfant israélien. On peut critiquer le gouvernement d’Israël sans accuser les Juifs.
On peut défendre les droits du peuple palestinien sans trouver la moindre excuse à ceux qui massacrèrent délibérément des civils le 7 octobre. Et l’on peut souhaiter la paix sans oublier que la paix commence toujours par une exigence de vérité.
La vérité, c’est que le Hamas est une organisation terroriste islamiste. La vérité, c’est que le 7 octobre ne fut pas une opération militaire qui aurait accidentellement tué des civils.
Les civils étaient les cibles.
C’est cela qu’il ne faut jamais oublier. Car lorsqu’une cause, quelle qu’elle soit, conduit des hommes à considérer qu’un enfant peut devenir une cible parce qu’il est né du mauvais côté d’une frontière, cette cause a déjà perdu son humanité. Et cette barbarie nous concerne.
Elle nous concerne parce que l’islamisme ne s’arrête pas aux frontières d’Israël. La France le sait.
Elle a payé elle aussi le prix du sang. Toulouse. Montauban. Charlie Hebdo. L’Hyper Cacher. Le Bataclan. Nice. Magnanville. Saint-Étienne-du-Rouvray. Samuel Paty. Dominique Bernard.
Des noms. Des lieux. Des blessures françaises. Et toujours cette même idéologie qui veut convaincre des hommes que Dieu leur demande de tuer d’autres hommes.
Il faut la combattre sans faiblesse. Mais il faut aussi combattre ceux qui, par calcul, par lâcheté ou par aveuglement idéologique, lui fournissent ses excuses, ses mots, ses justifications. Ceux qui voient toujours une cause derrière le terroriste mais rarement un visage derrière sa victime.
Ceux qui expliquent tellement le crime qu’ils finissent par ne plus voir le criminel. Ceux qui dénoncent toutes les haines, sauf lorsqu’elles s’abattent sur les Juifs.
Trois ans après le 7 octobre, voilà peut-être ce que nous devons nous promettre : ne jamais nous habituer.
Ne jamais nous habituer à voir une synagogue protégée par des soldats. Ne jamais nous habituer à voir des enfants juifs entrer à l’école sous surveillance. Ne jamais trouver normal qu’un Français retire sa kippa ou cache son étoile de David parce qu’il a peur. Car lorsqu’un Juif a peur de vivre comme Juif en France, ce n’est pas seulement lui qui perd une part de sa liberté. C’est la France qui perd une part de la sienne.
Notre combat contre l’antisémitisme n’est donc pas un combat communautaire. C’est un combat français. C’est le combat pour une civilisation dans laquelle chacun peut croire ou ne pas croire, entrer dans une synagogue, une église, une mosquée ou n’entrer dans aucune, sans avoir à rendre compte de sa conscience à son voisin.
C’est notre conception de la liberté. C’est notre conception de la laïcité. C’est notre conception de la France.
Voilà pourquoi la lutte contre la barbarie islamiste et contre ceux qui l’excusent demeure plus que jamais nécessaire.
Nouvelle Énergie en a fait l’un de ses combats prioritaires. Parce qu’il existe des moments où la politique ne consiste plus seulement à administrer. Elle consiste à transmettre. À protéger. À nommer. À dire qu’il existe encore une frontière entre le bien et le mal, entre la civilisation et la barbarie, entre celui qui débat et celui qui tue.
David Lisnard l’écrit ce matin : « Il y a trois ans aujourd’hui, le 7 octobre 2023, 1163 innocents étaient assassinés par les terroristes du Hamas. Et bien plus encore de vies ont été détruites. Il en a résulté partout, y compris en France, un mouvement d’inversion victimaire alimentant un antisémitisme décomplexé. L’abjection raciste prospère chez ceux qui prétendent le combattre. Ni oubli pour les victimes ni pardon pour leurs bourreaux comme pour ceux qui, jusque chez nous, arment et attisent les antisémites. La lutte contre la barbarie islamiste et ses idiots utiles est plus que jamais d’actualité. Nouvelle Énergie en fait un de ses combats prioritaires. »
Trois ans après, nous nous souvenons. Ni oubli pour les victimes. Ni pardon pour leurs bourreaux. Ni complaisance pour ceux qui, jusque chez nous, arment les esprits, attisent les haines et rendent de nouveau l’antisémitisme fréquentable.
Et puisque les mots des hommes semblent parfois bien pauvres devant l’abîme, revenons à ceux du vieux psaume que nous récitions déjà il y a trois ans :
« Je lève mes yeux vers les montagnes… D’où me viendra le secours ? »
Et un peu plus loin :
« Voici, il ne sommeille ni ne dort, Celui qui garde Israël. »
Trois mille ans après qu’ils furent écrits, ces mots résonnent encore. Pour les morts. Pour les otages. Pour leurs familles. Pour les Juifs de France qui ont parfois peur. Pour les innocents, partout, que les fanatiques condamnent au nom de Dieu. Et pour nous rappeler cette évidence que chaque génération croit acquise avant de devoir la défendre à nouveau : la civilisation est une veille. Elle non plus ne doit jamais s’endormir.
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A lire aussi sur ce blog : « Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël. » (Psaume 121, 4) – Au fil de l’eau
