
À Bordeaux, des habitants ne parviennent plus à faire respecter la tranquillité de leur propre immeuble. Intrusions, dégradations, trafic de stupéfiants, interventions répétées de la police : leur témoignage illustre une défaillance profonde de notre État. Comment en sommes-nous arrivés à une situation où ceux qui respectent la loi doivent se protéger eux-mêmes, tandis que ceux qui la transgressent semblent pouvoir recommencer indéfiniment ?
Il est des courriers qui en disent davantage sur l’état de notre pays que bien des rapports administratifs. Celui que j’ai reçu cette semaine, au sujet de l’insécurité dans un quartier de Bordeaux, est de ceux-là. Il s’adressait à David Lisnard.
Nous sommes dans une grande ville française, à proximité d’une gare. Un quartier ordinaire, avec ses habitants, ses hôtels, ses restaurants, ses commerces. Des femmes et des hommes qui travaillent, accueillent des voyageurs, entretiennent leurs immeubles, paient leurs impôts et leurs charges. Bref, des Français qui ne demandent rien d’autre que de vivre normalement.
Depuis plus d’un an, selon les témoignages et les documents réunis par les résidents, leur quotidien est devenu un parcours d’obstacles.
La porte d’entrée d’un immeuble est régulièrement forcée à coups de pied. Les boîtes aux lettres ont été vandalisées. Les parties communes sont occupées par des personnes étrangères à l’immeuble, parfois agressives. Les escaliers sont souillés, les locaux utilisés comme toilettes. Le tableau électrique a été endommagé, faisant même apparaître un risque d’électrocution.
En septembre dernier, selon le témoignage transmis au procureur de la République, la police a saisi un sabre et une batte de baseball dans les parties communes. Le lendemain, un homme entièrement nu, apparemment sous l’emprise de stupéfiants, s’y trouvait. En un mois, une habitante a appelé six fois la police. Le syndic a multiplié les interventions. Plusieurs entreprises ont été sollicitées pour réparer une porte régulièrement détériorée. Son remplacement représente désormais une dépense de plusieurs milliers d’euros, que la copropriété peine à financer. Et pendant ce temps, les intrusions recommencent.
À quelques mètres, les habitants signalent un point de deal. Les restaurateurs du quartier décrivent l’inquiétude de leurs salariés lorsqu’ils terminent leur service au milieu de la nuit. Il faut imaginer ce que cela signifie : travailler jusqu’à deux heures du matin, après avoir servi des clients, puis craindre de traverser la rue pour rentrer chez soi.
Le courrier évoque une situation comparable dans une autre grande ville française, Perpignan, où des travaux de rénovation immobilière ont dû être interrompus tant l’insécurité du quartier compromettait le projet. Voilà donc un propriétaire qui souhaite réhabiliter des logements, investir, contribuer à l’offre locative, et qui doit renoncer parce que la puissance publique ne parvient pas à garantir la sécurité des lieux.
Quand la délinquance empêche de travailler, d’habiter, de commercer ou d’investir, ce n’est plus seulement la sécurité qui recule. C’est la liberté.
Le plus frappant, dans ce dossier, est que les habitants n’ont pas baissé les bras. Ils ont saisi les autorités judiciaires, préfectorales, municipales et gouvernementales. Ils se sont organisés collectivement. Ils ont rassemblé les photographies, les courriers, les interventions des entreprises, les appels à la police. Ils ont fait tout ce que l’on attend de citoyens responsables. Et pourtant, ils se retrouvent toujours devant la même porte défoncée.
Leur témoignage met aussi en lumière une difficulté juridique très précise. L’article L. 272-4 du Code de la sécurité intérieure sanctionne l’occupation en réunion des espaces communs des immeubles collectifs lorsqu’elle empêche délibérément l’accès, la circulation des personnes ou le fonctionnement des dispositifs de sécurité. La peine prévue est de deux mois d’emprisonnement et de 3 750 euros d’amende, portée à six mois et 7 500 euros lorsque l’infraction s’accompagne de violences ou de menaces. Mais qu’advient-il lorsqu’une personne seule s’installe dans un hall, refuse de partir, souille les lieux, intimide les habitants, sans que les conditions particulières de cette infraction soient réunies ? D’autres qualifications pénales peuvent parfois être retenues, selon les circonstances. Mais la difficulté soulevée par les habitants mérite d’être examinée sérieusement : le droit doit permettre de protéger efficacement les parties communes des immeubles, y compris contre des occupations individuelles répétées et non autorisées.
La Déclaration des droits de l’homme et du citoyen de 1789 énonce, dans son article 2, quatre droits naturels et imprescriptibles : la liberté, la propriété, la sûreté et la résistance à l’oppression. Ces quatre droits forment un tout.
À quoi sert la propriété si l’on ne peut plus jouir paisiblement de son bien ? À quoi sert la liberté si l’on n’ose plus rentrer chez soi ? À quoi sert la sûreté si les citoyens doivent eux-mêmes assurer leur protection ? Et à quoi sert l’État s’il ne remplit plus cette mission première, alors même qu’il prélève chaque année une part considérable de la richesse produite par ceux qu’il est censé protéger ?
Depuis des années, nous avons construit un État qui prétend tout administrer, tout réglementer, tout contrôler. Il multiplie les formulaires, les obligations, les normes et les interdictions. Il sait imposer au propriétaire des diagnostics, au restaurateur des procédures, à l’entrepreneur des déclarations, au contribuable des échéances. Mais lorsqu’il s’agit de garantir la sécurité d’un immeuble, il semble parfois démuni.
Nous avons progressivement bâti un État omniprésent là où il devrait laisser faire, et trop souvent absent là où lui seul peut agir. C’est précisément ce déséquilibre que David Lisnard propose de corriger. Avec Nouvelle Énergie, nous défendons une réforme profonde de l’État : moins de bureaucratie, moins de dispersion, davantage de moyens consacrés à ses missions essentielles, et d’abord à la sécurité et à la justice.
David Lisnard propose de porter à au moins 50 % la présence opérationnelle des forces de sécurité sur le terrain, en les libérant d’une partie de leurs tâches administratives. Il souhaite donner aux préfets de véritables marges de manœuvre locales et renforcer les pouvoirs des polices municipales dans les communes qui le souhaitent. Son expérience de maire de Cannes lui a appris qu’une politique de sécurité efficace repose sur la proximité, la connaissance du terrain, la rapidité d’intervention et la coordination des acteurs.
Mais il rappelle aussi une évidence trop souvent oubliée : la sécurité demeure une compétence régalienne de l’État. Les maires ne peuvent pas devenir les supplétifs permanents d’une police nationale qui manquerait de moyens opérationnels.
Nous proposons également de mettre fin à l’impunité judiciaire. Une infraction doit entraîner une sanction réelle, rapide et proportionnée. Cela suppose notamment de supprimer les réductions de peine automatiques, de rétablir les peines planchers pour les récidivistes, de renforcer les juridictions correctionnelles et de rendre effectives les peines prononcées.
Le développement des travaux d’intérêt général participe de cette philosophie. Celui qui dégrade doit, autant que possible, réparer. Celui qui détruit un équipement collectif doit contribuer à sa remise en état. Celui qui salit doit nettoyer.
La justice ne peut pas se résumer à prononcer des sanctions que personne ne voit appliquer.
Contre le narcotrafic, nous proposons une meilleure coordination des forces de police, de la justice et des services de renseignement, notamment à travers des cellules locales placées sous l’autorité des préfets. Les réseaux doivent être frappés dans leurs activités, mais aussi dans leurs avoirs.
Car un point de deal n’est jamais seulement un point de vente clandestin. C’est un territoire que les trafiquants cherchent à s’approprier. Peu à peu, ils en chassent les habitants, les familles, les commerçants et les investisseurs. Ils substituent leur propre loi à celle de la République.
Ce témoignage nous invite cependant à aller plus loin.
Je crois nécessaire d’étudier une modification de notre législation pour mieux sanctionner l’intrusion et le maintien illicite dans les parties communes d’un immeuble d’habitation, y compris lorsque les faits sont commis par une personne seule. Une telle réforme devrait être précisément définie, afin de protéger les habitants sans pénaliser des situations relevant de l’urgence sociale ou médicale.
Je crois également indispensable de réfléchir à la réparation des dommages subis par les copropriétés lorsque les auteurs des dégradations sont inconnus ou insolvables. Il ne serait pas juste de créer une nouvelle taxe pour compenser l’impuissance publique. Il faut d’abord mobiliser les mécanismes existants, rechercher la responsabilité des auteurs, faciliter les réparations et examiner les possibilités d’indemnisation dans les situations les plus graves.
Ces deux propositions, formulées par les habitants eux-mêmes, méritent d’être étudiées dans le cadre de notre projet.
J’ai répondu à l’auteure de ce courrier et proposé qu’une rencontre puisse être organisée avec des représentants de Nouvelle Énergie dans cette ville. Je souhaite que ce dossier puisse nourrir notre réflexion sur la sécurité du quotidien.
Car la politique ne doit pas seulement se construire dans les ministères, les cabinets et les commissions. Elle doit aussi partir de ce que vivent les Français, de ce qu’ils constatent, de ce qu’ils subissent et des solutions qu’ils proposent.
Il est temps de remettre les choses à l’endroit.
Nous ne voulons pas d’une société où chacun se barricade derrière des portes blindées, des digicodes, des caméras et des grilles, pendant que les délinquants occupent librement l’espace public. Nous ne voulons pas que les habitants deviennent les prisonniers de leurs immeubles, que les commerçants deviennent les otages de leur quartier et que les propriétaires renoncent à entretenir leurs biens.
Nous voulons une société dans laquelle l’honnête homme n’a pas à s’excuser de demander le respect de la loi. Une société où la solidarité protège les plus fragiles sans abandonner les victimes. Une société où l’autorité n’est pas l’ennemie de la liberté, mais sa condition.
Car une République qui ne protège plus les honnêtes gens finit par leur demander de supporter ceux qui les menacent. Et ce n’est pas aux citoyens respectueux de la loi de battre en retraite. C’est à l’État de reprendre sa place.
Yves d’Amécourt
Vice-président de Nouvelle Énergie
Notes et références
- Témoignage et dossier documentaire communiqués à Nouvelle Énergie en octobre 2026, comprenant une chronologie des faits, un journal d’appels à la police et des photographies. Documents conservés à titre privé. Les faits rapportés ne constituent pas des constatations judiciaires définitives.
- Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, article 2.
- Code de la sécurité intérieure, article L. 272-4 : https://www.legifrance.gouv.fr/codes/article_lc/LEGIARTI000041576628
- David Lisnard – Nouvelle Énergie, programme « Sécurité » : https://www.unenouvelleenergie.fr/notre-programme/securite/
- Nouvelle Énergie, « Quelles sont les propositions de David Lisnard sur la sécurité ? » : https://www.unenouvelleenergie.fr/questions/quelles-sont-les-propositions-de-david-lisnard-sur-la-securite/
- Nouvelle Énergie, « Quel candidat à la présidentielle 2027 veut que les peines soient réellement exécutées ? » : https://www.unenouvelleenergie.fr/questions/quel-candidat-veut-que-les-peines-soient-reellement-executees/
