
Liberté, vérité, responsabilité, propriété : une ambition pour la France
Conférence au Cercle Frédéric Bastiat / Saint-Paul-lès-Dax, vendredi 6 novembre 2026
Introduction — Retrouver le chemin de la liberté
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Je suis particulièrement heureux d’être parmi vous, ici, dans les Landes, sur les terres de Frédéric Bastiat.
Je voudrais d’abord remercier les responsables du Cercle Frédéric Bastiat de leur invitation.
C’est un honneur, mais aussi une responsabilité, que de venir parler de liberté dans une région qui a donné à la France l’un de ses plus grands penseurs libéraux.
Car Bastiat n’était pas seulement un économiste. Il était aussi un homme de cette terre.
Né à Bayonne en 1801, il a vécu à Mugron. Il connaissait la vie rurale, les propriétaires, les paysans, les commerçants, les difficultés des échanges et les contraintes qui pèsent sur ceux qui produisent.
Il fut juge de paix, conseiller général des Landes, puis député.
Il connaissait donc les réalités du terrain et les responsabilités d’un élu local.
Cela me le rend particulièrement proche.
J’ai moi-même été élu local pendant 17 ans : conseiller général, maire, président de communauté de commune, conseiller régional.
Je suis viticulteur.
Je sais combien il peut être difficile de faire vivre une entreprise, de gérer une commune, de mener un projet à son terme lorsque les normes s’accumulent et que les décisions s’éloignent de ceux qui devront les appliquer.
Bastiat aurait sans doute reconnu bien des choses dans notre France contemporaine.
Il aurait retrouvé les producteurs qui demandent à pouvoir produire, les commerçants qui demandent à pouvoir commercer, les familles qui demandent à pouvoir choisir, les élus locaux qui demandent à pouvoir décider.
Et il aurait probablement été surpris par une chose : nous n’avons jamais autant parlé de liberté, tout en multipliant autant les contraintes pour l’exercer.
C’est précisément cette contradiction qui m’intéresse.
Elle traverse mon engagement politique, mon expérience d’élu, mon métier de viticulteur et les tribunes et livres que j’écris.
Elle est également au cœur du projet politique que nous construisons avec David Lisnard.
Je suis aujourd’hui vice-président de son parti Nouvelle Énergie. J’ai participé à la rédaction de son livre « Ainsi va la France. Manifeste libéral ».
Je voudrais donc vous proposer ce soir un dialogue entre deux époques.
D’un côté, Frédéric Bastiat, qui, au XIXe siècle, expliquait pourquoi la liberté des hommes constitue une condition de la prospérité.
De l’autre, David Lisnard, qui propose aujourd’hui de reconstruire notre pays autour de la liberté, de la responsabilité et de la dignité humaine.
Entre les deux, près de deux siècles d’histoire.
Et pourtant, des questions étonnamment semblables.
À quoi sert l’État ?
À quoi doit servir la loi ?
Comment créer de la richesse ?
Comment lutter contre la pauvreté ?
Qui doit décider ?
Et, surtout, comment permettre à chacun de devenir véritablement propriétaire de sa vie ?

I. Charles Dupin, Bastiat et la question du progrès
Mais, en préparant cette conférence, j’ai fait une découverte qui m’a particulièrement touché.
Je savais naturellement que je descendais de Charles Dupin. C’est l’arrière-grand-père de mon grand-père. Son portrait trône dans le salon familial au dessus de la télévision … Son visage m’est familié.
Charles Dupin, né en 1784, était polytechnicien, ingénieur du génie maritime, mathématicien, économiste et parlementaire.
Il avait étudié l’industrie britannique, les manufactures, les ports, les canaux, les techniques nouvelles.
Il avait enseigné au Conservatoire des arts et métiers.
Il croyait profondément au progrès par la science, le travail et l’instruction. Il était statisticien. On lui doit la première carte choropleth de la planète.
Mais je ne savais pas que Frédéric Bastiat le connaissait intellectuellement, qu’il avait lu ses travaux, qu’il l’avait cité et qu’il avait même discuté certaines de ses prises de position.
Dès 1827, dans une lettre à son ami Félix Coudroy, Bastiat évoque un discours de Charles Dupin consacré à l’influence de l’éducation populaire.
Ce premier rapprochement est intéressant.
Car les deux hommes partageaient une conviction : l’instruction est une condition de l’émancipation.
On ne rend pas un homme libre simplement en proclamant sa liberté. Encore faut-il lui donner les moyens de l’exercer.
Il faut qu’il sache lire, écrire, compter, comprendre, raisonner.
Il faut qu’il puisse apprendre un métier, découvrir les techniques nouvelles, développer ses capacités.
L’instruction donne à l’homme les moyens d’agir. La liberté lui permet de les employer.
Mais Bastiat et Dupin ne furent pas toujours d’accord.
Charles Dupin défendait certaines protections économiques destinées à préserver le travail national.
Bastiat, lui, était un adversaire résolu du protectionnisme.
Dans ses Sophismes économiques, notamment dans le chapitre « Effort, résultat », il critique le raisonnement qui consiste à mesurer la richesse par la quantité de travail nécessaire plutôt que par les résultats obtenus.
Il prend notamment à partie Charles Dupin à propos des transports.
Si le chemin de fer permet de transporter plus rapidement des marchandises, avec moins d’efforts et à moindre coût, est-ce une catastrophe parce que les bateliers auront moins de travail ?
Faut-il ralentir les locomotives pour préserver les activités anciennes ?
Faut-il maintenir artificiellement les obstacles pour protéger ceux qui vivent de leur franchissement ?
Bastiat appelle cela le « sisyphisme ».
Comme Sisyphe poussant éternellement son rocher, nous finirions par considérer la difficulté elle-même comme une richesse.
Je dois reconnaître que, sur ce point, mon attachement familial à Charles Dupin ne m’empêche pas de trouver Bastiat particulièrement convaincant !
Mais il serait injuste de faire de Dupin un adversaire du progrès.
C’était un ingénieur, un homme de science, un défenseur de l’innovation.
Leur désaccord portait sur la manière d’accompagner les transformations économiques.
Et c’est ce qui rend leur dialogue intéressant. Ce débat , toujours actuel, a resurgit il y a quelques mois à l’occasion des décisions prisent par Donald Trump à ce sujet.
Les libéraux ne sont pas nécessairement d’accord sur tout. La pensée libérale n’est pas un catéchisme.
Elle est d’abord une méthode : confronter les intentions aux résultats, regarder les conséquences des décisions, respecter les droits des personnes.
Un autre de mes ancêtres : Gustave de Ponton d’Amécourt
Cette discussion sur le progrès technique me rappelle un autre de mes ancêtres, Gustave de Ponton d’Amécourt.
Gustave de Ponton d’Amécourt était un inventeur passionné par les possibilités nouvelles de la mécanique.
Il est notamment connu pour ses travaux sur les appareils à hélice capables de s’élever verticalement, auxquels son nom reste associé puisque c’est lui qui a inventé en 1863 le nom de l’hélicoptère.
Je vous en parle parce que je suis administrateur d’honneur du musée de Dax auquel j’ai offert, il y a quelques semaines, une réplique de l’hélicoptère à vapeur de Gustave.
Comme tous les inventeurs, il dut répondre à une question que l’on pose depuis toujours à ceux qui cherchent à faire progresser les techniques :
« Mais à quoi cela va-t-il servir de voler ? »
Sa réponse mérite, je crois, d’être entendue aujourd’hui.
« À quoi sert d’imprimer ? Nous avons les mains pour écrire… À quoi sert la vapeur ? Nous avons des forces motrices… À quoi sert la locomotive ? Nous avons les diligences… À quoi sert le télégraphe électrique ? Nous avons la poste… À quoi sert de forger le métal ? Nous avons les outils en silex…
Songeons que la perfection est notre but, que le progrès est notre loi et que nous devons le bien-être aux générations futures. Nous passons, mais que notre passage soit signalé par un progrès ; que sur les sentiers que nous avons frayés, la postérité puisse écrire ces mots : “Pertransierunt benefaciendo”. Ils sont passés en faisant le bien. »
Cette réponse dit quelque chose de très profond sur notre rapport au progrès.
Chaque invention nouvelle paraît d’abord inutile à ceux qui se sont habitués aux techniques anciennes.
Et pourtant, le progrès naît précisément de cette insatisfaction devant ce qui existe.
Il naît de la conviction que nous pouvons faire mieux.
Que nous pouvons économiser du temps, de l’énergie, des ressources.
Que nous pouvons améliorer la condition humaine.
Gustave ajoutait une dimension qui me touche particulièrement : nous devons ce progrès aux générations futures.
Nous ne sommes pas seulement les bénéficiaires des inventions de nos prédécesseurs.
Nous sommes responsables de ce que nous transmettrons à nos successeurs.
Cette idée rejoint profondément la pensée de Bastiat.
Le progrès n’est pas une menace en lui-même. Il est une possibilité offerte à l’homme d’obtenir de meilleurs résultats avec moins d’efforts.
Encore faut-il que la société permette aux inventeurs, aux entrepreneurs et aux chercheurs de prendre des risques, d’expérimenter et d’innover.
Du chemin de fer à l’intelligence artificielle
Mais ce débat du XIXe siècle est d’une actualité extraordinaire.
Car aujourd’hui, ce n’est plus seulement le chemin de fer qui vient concurrencer le bateau.
C’est l’intelligence artificielle qui vient transformer une partie du travail intellectuel humain.
Hier, la machine remplaçait une partie de l’effort physique.
Aujourd’hui, elle peut accomplir certaines tâches de rédaction, de calcul, de traduction, de diagnostic ou d’analyse.
Et nous retrouvons les mêmes interrogations.
Faut-il ralentir le progrès pour préserver les métiers existants ?
Faut-il interdire certaines innovations parce qu’elles bouleversent nos habitudes ?
Ou faut-il permettre à chacun de s’approprier ces nouvelles technologies pour produire davantage, mieux travailler et créer de nouvelles activités ?
C’est précisément l’une des questions abordées par David Lisnard et Romain Marsily dans leur livre récemment publié chez Fayard, « Les robots, le Pape, l’IA et nous ».
Les auteurs y défendent une conviction : la France ne doit pas subir la révolution technologique, mais y participer pleinement.
Ils nous invitent à produire plutôt qu’à subir, à transmettre plutôt qu’à remplacer, à libérer plutôt qu’à administrer.
Et ils rappellent une distinction fondamentale : la machine peut accomplir un nombre croissant de tâches, mais elle ne peut pas décider à notre place du monde que nous voulons construire.
Cette question est profondément humaine.
Le véritable enjeu n’est pas seulement de savoir ce que les machines seront capables de faire demain.
Il est de savoir ce que les hommes voudront encore entreprendre, apprendre, créer et transmettre.
Nous retrouvons ici Charles Dupin et son combat pour l’instruction populaire, des enfants, et des adultes.
Car si les technologies changent, l’exigence demeure : donner aux hommes les connaissances nécessaires pour comprendre les transformations du monde et la liberté d’en tirer parti.
Et nous retrouvons Bastiat : le progrès n’est pas de préserver artificiellement les efforts devenus inutiles, mais de permettre aux hommes d’employer leur intelligence et leur travail à des tâches nouvelles.
L’intelligence artificielle ne doit pas devenir le prétexte d’une nouvelle société administrée. Elle doit être l’occasion d’une société plus instruite, plus inventive et plus libre.

II. Charles Dupin et l’abolition de la misère : une question toujours actuelle
Mais il est un autre texte de Charles Dupin que je voudrais évoquer devant vous.
Le 9 octobre 1849, devant l’Assemblée législative, il prononce un discours intitulé Abolition de la misère et du prolétariat.
Nous sommes au lendemain de la révolution de 1848.
La question sociale domine la vie politique.
On promet de nouvelles organisations du travail, de nouveaux établissements de crédit, de nouveaux mécanismes destinés à faire disparaître la pauvreté.
Charles Dupin ne conteste pas la nécessité de combattre la misère.
Mais il interroge les moyens proposés.
D’où viendra l’argent ?
Qui décidera de son utilisation ?
Qui supportera les pertes ?
Et lorsque l’État emprunte à 5 % pour prêter à 3 %, qui paiera la différence ?
Le contribuable, naturellement !
Il s’inquiète également de voir certains projets mobiliser le patrimoine des communes pour garantir des engagements dont les conséquences sont mal évaluées.
Cette préoccupation me touche particulièrement, après douze années passées à la tête d’une commune.
Un patrimoine communal n’est pas une réserve que l’on peut consommer au gré des promesses politiques.
Il est le fruit du travail des générations précédentes et doit être préservé pour celles qui suivront.
Frédéric Bastiat a lui aussi discuté les positions de Charles Dupin sur la question sociale.
Dans La Loi, il pousse plus loin encore la réflexion sur les limites de l’intervention publique.
Il nous invite à distinguer une politique qui protège effectivement les droits des personnes d’une politique qui prétend organiser leur bonheur à leur place.
Et voilà que, près de deux siècles plus tard, nous nous retrouvons devant la même question.
Comment se fait-il qu’un pays qui consacre des sommes aussi considérables à la protection sociale ne parvienne toujours pas à faire disparaître la grande pauvreté ?
Mardi soir, sur BFMTV, David Lisnard rappelait que notre pays consacre environ 950 milliards d’euros par an à son modèle social.
Et il mettait ce chiffre en regard d’une réalité insupportable : celle des hommes, des femmes et parfois des enfants qui dorment encore dans la rue.
Il posait alors une question que nous devrions tous nous poser : comment mesurer l’efficacité réelle de notre dépense sociale ?
Car une dépense publique n’est pas un résultat.
Un budget n’est pas une politique réussie.
Une allocation ne suffit pas nécessairement à rendre à celui qui la reçoit son indépendance.
Bien entendu, il serait absurde de nier l’utilité de la protection sociale.
Les retraites, l’assurance maladie, les prestations familiales, les aides aux personnes handicapées et les mécanismes de solidarité remplissent des fonctions essentielles.
Et il serait tout aussi absurde de prétendre que la pauvreté résulte mécaniquement de l’importance de ces dépenses.
Mais nous devons accepter de poser une question difficile : notre système permet-il suffisamment aux personnes de sortir durablement de la dépendance et de retrouver les moyens de conduire leur propre vie ?
Voilà, à mes yeux, la véritable question de la dignité.
La dignité ne consiste pas seulement à recevoir une aide.
Elle consiste aussi à pouvoir travailler, se loger, choisir, apprendre, épargner, posséder et transmettre.
Elle consiste à pouvoir décider pour soi-même et pour sa famille.
Elle consiste à ne pas être réduit à un dossier, à un numéro, à une catégorie administrative ou à un statut d’allocataire.
C’est cette ambition que David Lisnard place au cœur de son projet : rendre aux Français leur liberté d’agir, leur responsabilité et leur capacité à construire leur avenir.
Il ne s’agit pas de supprimer la solidarité, mais de lui donner un objectif plus exigeant : permettre, chaque fois que cela est possible, de retrouver l’autonomie.
Nous devons protéger ceux qui ne peuvent pas subvenir seuls à leurs besoins.
Mais nous devons aussi éviter que notre organisation collective enferme durablement dans la dépendance ceux qui pourraient retrouver leur indépendance.
Charles Dupin posait la question du financement des promesses sociales.
Bastiat posait celle de leurs conséquences sur la liberté et la propriété.
David Lisnard nous invite aujourd’hui à poser celle de leurs résultats sur la vie des personnes.
La finalité d’une politique sociale ne devrait pas être de multiplier les bénéficiaires de prestations, mais de permettre au plus grand nombre de vivre dignement et librement.
Et c’est là que se rejoignent, à mes yeux, la pensée de Bastiat, le projet de David Lisnard et le propos de mon livre L’humain, l’écologie et la politique : remettre la personne humaine, et non le dispositif administratif, au centre de l’action politique.
Faire en sorte que chacun soit, autant que possible, propriétaire de sa vie.

III. Bastiat et David Lisnard : le même refus d’une société administrée
Je voudrais maintenant entrer plus directement dans le projet politique de David Lisnard.
Quelle relation peut-on établir entre la pensée de Frédéric Bastiat et ce projet ?
Il faut naturellement éviter les anachronismes.
Bastiat n’a connu ni notre Sécurité sociale, ni l’Union européenne, ni nos institutions contemporaines.
Il serait artificiel de lui attribuer des positions sur chacun des débats actuels.
Mais nous pouvons retrouver dans son œuvre une méthode, des principes et une conception de l’homme qui éclairent puissamment le projet que nous défendons.
Le premier de ces principes concerne le rôle de la loi.
Dans son ouvrage La Loi, publié en 1850, Bastiat développe une idée fondamentale.
La loi doit protéger les droits des personnes.
Elle doit garantir la liberté, la propriété et la sûreté. Je rappelle que ce sont les droits fondamentaux inscrit dans la déclaration des droits de l’homme et du citoyen qui sert de préambule à notre constitution. Il faut y ajouter le lutte contre l’oppression.
Pour Bastiat, la loi ne doit pas devenir un instrument permettant à certains de disposer, par la contrainte publique, des ressources et du travail des autres.
Bastiat distingue ainsi la spoliation illégale, que chacun condamne, de la spoliation légale, rendue possible par des textes adoptés selon les formes régulières.
C’est une distinction dérangeante.
Car elle nous oblige à reconnaître qu’une décision ne devient pas nécessairement juste parce qu’elle est légale.
Une majorité parlementaire peut voter un texte qui favorise certains intérêts au détriment des autres.
Une mesure peut poursuivre une intention généreuse et produire des conséquences injustes.
Une subvention peut aider une entreprise tout en empêchant d’autres entreprises de se développer.
Une protection peut préserver temporairement un emploi tout en renchérissant les produits achetés par des milliers de familles.
C’est tout le sens de l’autre grande leçon de Bastiat : ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.
Ce qu’on voit, c’est le bénéficiaire d’une aide.
Ce qu’on ne voit pas, c’est celui qui a payé cette aide.
Ce qu’on voit, c’est l’emploi que l’on protège.
Ce qu’on ne voit pas, ce sont les emplois qui ne seront pas créés ailleurs.
Ce qu’on voit, c’est la dépense publique annoncée.
Ce qu’on ne voit pas, c’est l’investissement privé qui n’aura pas lieu parce que l’argent nécessaire a été prélevé.
Cette méthode est au cœur du projet de David Lisnard.
Nous partons d’un constat : la France a progressivement construit un système dans lequel la puissance publique intervient dans presque tous les domaines de la vie.
Elle réglemente, contrôle, prélève, redistribue, autorise, subventionne, jusqu’à la reprise de nos chaussettes !
Et lorsque ses propres décisions provoquent des difficultés, elle crée de nouveaux dispositifs pour en corriger les effets.
Nous avons ainsi développé une mécanique étrange.
Nous taxons le travail, puis nous nous inquiétons que le travail ne paie pas suffisamment.
Alors nous subventionnons le surcoût du travail, notamment pour les bas salaires. Ce faisons nous empêchons l’augmentation. Et l’on se plaint que les salaires n’augmentent pas !
Nous compliquons la vie des entreprises, puis nous créons des aides pour soutenir leur compétitivité. Ce faisant nous créons un arsenal administratif pour prélevé et subventionné, arsenal financé par les prélèvements qu’il entend diminuer !
Nous encadrons la construction, puis nous constatons que nous manquons de logements. Alors nous dérogeons aux règlement que nous avons nous même établis, et créons les instances de contrôle et de dérogation.
Nous multiplions les normes agricoles, les injonctions contradictoires, des régimes dérogatoires, puis nous nous alarmons de la disparition des exploitations.
Nous retirons des responsabilités aux communes, puis nous nous plaignons de l’éloignement des décisions.
Nous créons les obstacles, puis nous finançons des dispositifs destinés à aider les Français à les franchir ou à les contourner.
Selon l’OCDE, la France compte 92 agents publics pour 1 000 habitants, contre 64 en Allemagne.
Rapporté à notre population, cela représente près de deux millions d’agents publics supplémentaires. Cela ne signifie pas qu’il faudrait supprimer deux millions de postes : les organisations et les périmètres diffèrent.
Mais cela nous oblige à poser une question fondamentale, celle que Bastiat aurait posée : quels services rendons-nous, avec quels moyens, et pour quels résultats ?
Bastiat aurait immédiatement reconnu son rocher de Sisyphe.
David Lisnard appelle cela le social-étatisme.
Il ne s’agit pas de nier le rôle de l’État.
Au contraire.
Nous avons besoin d’un État fort pour assurer la sécurité, la justice, la défense, l’instruction et les grandes fonctions collectives.
Mais nous n’avons pas besoin d’un État qui prétend décider de tout à la place des citoyens.
David Lisnard propose de passer de l’État-providence à l’État-performance.
L’État-providence tend à mesurer son action par les moyens qu’il mobilise : le budget dépensé, le nombre d’organismes créés, les aides distribuées.
L’État-performance doit être jugé sur les résultats obtenus.
Les Français sont-ils mieux soignés ?
Leurs enfants apprennent-ils mieux à lire, écrire et compter ?
La justice est-elle rendue plus rapidement ?
La sécurité est-elle assurée ?
Les entreprises peuvent-elles se développer ?
Les services publics répondent-ils réellement aux besoins ?
Voilà les questions qui comptent.
Nous ne proposons donc pas un État absent.
Nous proposons un État recentré sur ses missions essentielles, capable de les accomplir et laissant aux Français la liberté de faire le reste.
C’est, me semble-t-il, une manière d’aborder la réforme de l’État « façon Bastiat ».

IV. De Bastiat à l’analyse de la valeur : faire mieux avec moins
C’est un aspect de la pensée de Bastiat qui me touche particulièrement, parce qu’il rejoint directement ma première expérience professionnelle.
Avant de devenir viticulteur et élu, j’ai travaillé pendant dix ans comme consultant au sein du cabinet APTE, spécialisé dans l’analyse de la valeur et l’analyse fonctionnelle.
Cette méthode, dont les fondements ont été développés aux États-Unis par Lawrence D. Miles, notamment chez General Electric, repose sur une question très simple :
À quoi cela sert-il ?
Lorsque nous concevons un objet, un équipement, une organisation ou un service, nous avons tendance à partir de ce qui existe déjà.
Nous cherchons à l’améliorer, à le compléter, à le perfectionner.
Mais nous oublions parfois de nous interroger sur sa raison d’être.
Quelle fonction doit-il réellement remplir ?
Quel service doit-il rendre ?
À qui ?
Et à quel coût ?
La grande intuition de Lawrence D. Miles fut de distinguer la fonction recherchée des moyens employés pour la remplir.
Cette réflexion a été développée en France, notamment par Messieurs Barbey, Jeanneteau et de La Bretesche du cabinet APTE.
J’ai eu la chance de participer à ces travaux, durant 10 ans, ainsi qu’à la rédaction de l’ouvrage de Bertrand de La Bretesche, La méthode APTE : Analyse de la valeur, analyse fonctionnelle.
Notre objectif était d’obtenir, dans un produit ou une organisation, davantage de fonctions utiles, celles qui répondent aux besoins réels, et moins de fonctions liées aux choix de conception, aux habitudes ou aux contraintes que nous nous imposons nous-mêmes.
Autrement dit : plus de service rendu, moins de complications et de coûts inutiles.
Attention, il ne s’agit pas simplement de faire moins cher.
Un produit moins coûteux qui ne remplit plus sa fonction n’a pas davantage de valeur.
Il s’agit de mieux satisfaire le besoin, avec une utilisation plus intelligente des ressources.
Cette méthode m’a profondément marqué.
Et lorsque je lis Bastiat, je retrouve exactement cette exigence dans sa distinction entre l’effort et le résultat.
La valeur ne réside pas dans la difficulté que nous nous imposons, mais dans le service que nous parvenons à rendre.
Cela vaut pour une machine, pour une entreprise, mais aussi pour une administration.
Quel est le but d’un hôpital ?
Quel est le but d’une école ?
Quel est le but telle ou telle administration ?
Ce ne sont ni le nombre de formulaires remplis, ni le nombre de réunions organisées, ni le montant du budget dépensé qui constituent, la mesure de la réussite.
Je me souviens à cet égard d’une formule d’Alain Rousset, président de la Région Nouvelle-Aquitaine, qui avait déclaré, en substance :
« Nous avons confondu le service public et la fonction publique. »
Le service public est une finalité. La fonction publique est l’un des moyens de l’assurer.
Les deux ne se confondent pas.
Défendre le service public, ce n’est pas nécessairement défendre toutes les structures, toutes les procédures et toutes les organisations existantes.
C’est d’abord se demander comment rendre le meilleur service possible à nos concitoyens.
Et c’est précisément ce que David Lisnard entend promouvoir lorsqu’il parle de passer de l’État-providence à l’État-performance.
C’est la méthode qu’il a expérimenté à Cannes dans ses différentes missions : comme président du syndicat des eaux, comme président du palais des festival, puis comme maire de Cannes et président de l’agglomération cannoise.
Je voudrais insister sur une autre dimension, essentielle à mes yeux : la qualité de l’exécution.
Les Anglo-Saxons parlent d’implémentation.
Nous avons naturellement en français les mots « mise en œuvre », « réalisation », « exécution », mais ce terme anglais exprime bien l’ensemble du processus qui transforme une décision en résultat.
Car avoir une bonne idée ne suffit pas.
Voter une loi ne suffit pas.
Annoncer une réforme ne suffit pas.
Encore faut-il qu’elle fonctionne !
Dans l’entreprise, nous savons qu’un excellent projet mal exécuté peut conduire à un échec.
Pourquoi accepterions-nous qu’il en soit autrement dans l’action publique ?
Il faut fixer des objectifs clairs, choisir les moyens appropriés, mesurer les résultats, corriger les erreurs et améliorer continuellement les méthodes.
Et surtout, il faut avoir le courage de remettre en cause les moyens lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous.
Nous avons parfois pris la mauvaise habitude de faire exactement l’inverse.
Nous compliquons les procédures.
Nous multiplions les contrôles.
Nous ajoutons des obligations.
Nous glissons, en permanence, des grains de sable dans les rouages.
Puis, lorsque la machine ne fonctionne plus, nous nous étonnons qu’elle n’atteigne pas ses objectifs.
Et au lieu de retirer les grains de sable, nous créons une nouvelle administration chargée d’étudier pourquoi la machine tourne mal !
Pire encore, lorsque les résultats ne correspondent pas aux objectifs annoncés, nous sommes parfois tentés de changer les objectifs plutôt que de changer les méthodes.
On redéfinit les indicateurs.
On modifie les critères d’évaluation.
On présente autrement les chiffres.
On finit par expliquer que ce qui devait être un échec constitue finalement une réussite.
Il y a là quelque chose qui évoque, toutes proportions gardées, l’univers de George Orwell dans 1984, où le pouvoir réécrit le passé pour le rendre conforme à la vérité officielle du présent.
Une société libre doit faire exactement l’inverse.
Elle doit accepter la réalité, même lorsqu’elle dérange.
Elle doit pouvoir reconnaître une erreur, mesurer un échec et changer de méthode.
La vérité des résultats doit toujours l’emporter sur le confort des intentions.
C’est pourquoi la culture du résultat n’est pas seulement une technique de gestion.
Elle est aussi une exigence morale.
Elle signifie que nous devons rendre des comptes sur ce que nous accomplissons réellement, et non simplement sur ce que nous avions promis.
Elle implique de respecter le temps, l’argent et l’intelligence de ceux qui travaillent.
Elle oblige à considérer les citoyens non comme les destinataires passifs de nos décisions, mais comme les bénéficiaires et les juges du service rendu.
Voilà ce que mon expérience de consultant m’a appris.
Et voilà pourquoi je retrouve dans la pensée de Bastiat, comme dans le projet de David Lisnard, une conviction à laquelle je suis profondément attaché :
Ce qui compte, ce n’est pas la quantité de moyens mobilisés. C’est la qualité du résultat obtenu, le service effectivement rendu et la liberté laissée aux hommes pour l’atteindre.

V. La vérité et le réel : deux exigences de la liberté
Il me semble qu’il existe deux autres points communs fondamentaux entre Frédéric Bastiat et David Lisnard : la recherche de la vérité et l’exigence permanente de se confronter au réel.
Ces deux exigences sont intimement liées, mais elles ne se confondent pas.
La vérité est ce que nous cherchons à connaître.
Le réel est ce à quoi nous devons confronter nos idées, nos raisonnements et nos décisions.
Cette question me ramène à mes années de lycée, à Angers.
J’avais alors un professeur de philosophie, Guy Ursulet, au lycée David-d’Angers, dont j’ai conservé un souvenir très vif.
Il nous posait cette question, en apparence toute simple :
« Comment accéder au réel ? »
Cette interrogation ne m’a jamais quitté.
Car nous n’accédons pas spontanément au réel.
Nous l’observons à travers nos convictions, nos habitudes, notre éducation, nos expériences, parfois nos préjugés.
Nous avons tendance à voir ce que nous voulons voir, à retenir ce qui confirme nos idées et à écarter ce qui les contredit.
Toute la difficulté consiste donc à sortir de nos représentations pour nous confronter aux faits.
C’est précisément ce que fait Bastiat.
Lorsqu’il écrit Ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas, il nous explique que la première impression ne suffit jamais.
Il faut aller au-delà des apparences.
Rechercher les conséquences indirectes d’une décision.
Observer ce qui aurait pu se produire si nous avions agi autrement.
Ne pas confondre l’intention avec le résultat.
Son célèbre exemple de la vitre cassée est à cet égard remarquable. Après les week-end de violence que nous venons de vivre , elle prend tout son sens.
On voit le travail donné au vitrier.
Mais on ne voit pas ce que le propriétaire aurait pu acheter avec l’argent qu’il doit consacrer à réparer sa vitre.
La destruction n’a pas créé de richesse.
Elle a simplement déplacé une dépense, en empêchant une autre activité.
Bastiat nous enseigne ainsi que la vérité économique ne se trouve pas toujours dans ce qui apparaît immédiatement.
Elle exige un effort de raisonnement.
Et parfois, elle nous oblige à reconnaître que nos intuitions étaient fausses.
C’est également une exigence que je retrouve chez David Lisnard.
Son approche politique consiste à partir des faits, à observer les résultats des politiques publiques et à confronter les promesses aux réalités vécues par les Français.
Il ne suffit pas qu’une politique ait été conçue avec de bonnes intentions pour qu’elle soit efficace.
Il ne suffit pas qu’une réforme ait été annoncée pour qu’elle soit réalisée.
Il ne suffit pas qu’un budget augmente pour que le service rendu s’améliore.
Il faut regarder ce qui se passe réellement.
Le réel a toujours le dernier mot.
Cette attitude devrait être au fondement de toute action politique.
Car la politique est particulièrement exposée à la tentation de préférer le récit aux faits.
Lorsque les résultats ne sont pas au rendez-vous, il est tentant de changer les indicateurs plutôt que les méthodes.
Lorsque les événements contredisent nos convictions, il est tentant de réinterpréter les événements plutôt que de remettre en cause nos convictions.
Et lorsque le passé dérange, il est tentant de le réécrire pour le rendre conforme aux exigences du présent.
C’est là que l’avertissement de George Orwell prend tout son sens.
Dans 1984, le pouvoir ne se contente pas de gouverner les hommes.
Il prétend gouverner la vérité elle-même.
Or la liberté suppose exactement l’inverse.
Elle suppose que les faits puissent être établis, discutés, contestés et vérifiés indépendamment du pouvoir.
Elle suppose le droit de dire qu’une décision était mauvaise, qu’une politique a échoué, qu’une prévision était fausse.
Elle suppose aussi, pour chacun de nous, la capacité de reconnaître ses propres erreurs.
Car la recherche de la vérité ne consiste pas seulement à dénoncer les erreurs des autres.
Elle commence par l’acceptation de pouvoir se tromper soi-même.
Je crois que c’est une exigence essentielle du libéralisme.
Une société libre n’est pas une société dans laquelle tout le monde pense la même chose.
C’est une société dans laquelle les idées peuvent se confronter, les expériences se multiplier et les erreurs être corrigées.
Le débat, la contradiction, la liberté de la presse, la liberté de recherche et la liberté d’entreprendre participent de cette même démarche.
Ils permettent de découvrir ce qu’aucune autorité centrale ne peut prétendre connaître à elle seule.
Voilà pourquoi la liberté n’est pas seulement une valeur morale ou un principe politique.
Elle est aussi une condition de notre connaissance du monde.
Sans liberté de chercher, de discuter, d’expérimenter et de contredire, comment pourrions-nous accéder au réel ?
Je crois aujourd’hui que Bastiat nous apporte une partie de la réponse : en regardant aussi ce qu’on ne voit pas.
Que l’analyse de la valeur nous en apporte une autre : en jugeant les moyens à l’aune des fonctions réellement remplies.
Et que l’engagement politique de David Lisnard nous invite à en tirer une conséquence pratique : faire de la vérité des faits et de l’efficacité des résultats les critères permanents de l’action publique.
Car on ne peut pas durablement gouverner contre le réel.
Et l’on ne peut pas rendre les hommes libres en leur demandant de renoncer à la vérité.

VI. Libérer le travail, réduire la dépense, restaurer la prospérité
Venons-en maintenant aux conséquences concrètes de cette philosophie.
Car la liberté ne peut pas rester une idée abstraite.
Elle doit se traduire dans le salaire, dans l’entreprise, dans la vie quotidienne.
Prenons le travail.
Nous avons construit en France un système dans lequel l’écart entre ce que coûte un salarié à son employeur et ce qu’il reçoit effectivement sur son compte bancaire est considérable. Cela peut aller du simple au double !
Une partie de cet écart finance des assurances et des droits sociaux contributifs, ce qui est légitime.
Une autre partie finance des dépenses qui pourraient relever plus directement de la solidarité nationale. Elle est évaluée à 120 milliards !
Le résultat, c’est que le travail supporte une charge particulièrement lourde.
Or le travail est la première source d’indépendance.
Celui qui vit de son travail peut faire des projets, épargner, devenir propriétaire, transmettre.
Celui qui ne peut pas vivre dignement du fruit de son travail devient dépendant de mécanismes de compensation.
Nous voulons inverser cette logique.
Le projet de David Lisnard prévoit une réduction importante de la dépense publique, avec un objectif annoncé de 80 milliards d’euros dès la première année et d’au moins 200 milliards d’euros d’économies annuelles en fin de quinquennat.
Ces chiffres sont des objectifs politiques, dont la réalisation exigera évidemment des réformes précises, un calendrier et une évaluation rigoureuse.
Tout cela sera communiquer en temps utiles.
Mais ce qui m’intéresse ici, c’est leur destination.
Nous proposons d’affecter 60 % des économies réalisées à l’augmentation du salaire net, par la réduction des prélèvements.
20 % seront consacrés à la baisse des impôts pesant sur les entreprises, notamment les impôts de production.
Et 20 % serviront à la réduction de notre déficit primaire.
Autrement dit, il ne s’agit pas de faire des économies pour le plaisir de faire des économies.
Il s’agit de rendre aux Français une partie du fruit de leur travail, de redonner de l’oxygène aux entreprises et de cesser de faire payer nos dépenses présentes par nos enfants.
Notre conviction est claire : une société ne peut pas durablement prospérer lorsque la dépense publique absorbe une part aussi importante de la richesse créée et que la dette devient une manière habituelle de reporter les décisions difficiles.
La dette publique est une question morale autant qu’économique.
Elle consiste à demander aux générations futures de financer des dépenses décidées aujourd’hui.
Et les générations futures ne votent pas encore.
Elles ne peuvent pas nous donner leur consentement.
Voilà pourquoi le redressement des finances publiques est aussi une exigence de justice entre les générations.
La simplification administrative participe de la même logique.
Nous voulons engager une véritable libération de l’acte économique.
Je vais prendre un exemple que je connais bien : la viticulture.
Pour produire une bouteille de vin, il faut aujourd’hui maîtriser des règles agricoles, environnementales, sanitaires, sociales, fiscales, commerciales.
Certaines sont indispensables.
Mais leur accumulation, leurs contradictions et leurs changements incessants deviennent parfois un obstacle à la production elle-même.
Nous consacrons une énergie considérable à démontrer que nous respectons les règles, au détriment du temps consacré à produire, à innover et à vendre.
Sur les marchés internationaux, nous sommes concurrencés par des vins loyaux et marchands qui ne respectent aucune de ces exigences !
Ce qui vaut pour la viticulture vaut aussi pour l’artisan, le commerçant, l’industriel, le médecin ou le maire.
Et c’est là que je retrouve Bastiat.
Dans Effort, résultat, il nous explique que le progrès consiste à obtenir davantage de résultats avec moins d’efforts.
Or une administration qui multiplie les démarches inutiles nous impose exactement l’inverse : davantage d’efforts pour obtenir le même résultat.
Avec David Lisnard, nous avons estimé à 22 milliards d’euros par an le surcoût des obligations administratives imposées aux entreprises françaises par rapport à leurs concurrentes allemandes. Mais ce n’est qu’une partie du problème : au-delà des formalités administratives, l’ensemble de notre complexité normative aurait un impact économique estimé à trois points de PIB, soit près de 90 milliards d’euros. Autant de ressources qui pourraient être mobilisées pour investir, innover et mieux rémunérer le travail. Comme nous l’enseignait Bastiat, l’objectif n’est pas de multiplier les efforts, mais d’obtenir les meilleurs résultats avec le moins de contraintes inutiles.
La simplification n’est donc pas un sujet secondaire. Elle est une politique de productivité, de prospérité et de liberté.
VII. Propriété, retraite, transmission : rendre chacun propriétaire de sa vie
Il existe une autre convergence profonde entre Bastiat et notre projet : la propriété.
Pour Bastiat, la propriété n’est pas un privilège accordé par l’État.
Elle est liée au travail, à l’échange, à l’épargne et à la liberté.
Elle permet à l’homme de disposer du fruit de ses efforts.
Elle lui donne aussi la possibilité de prévoir et de transmettre.
Lorsque l’on plante une vigne, on ne travaille pas seulement pour la récolte de l’année.
On investit pour les années à venir.
On entretient une terre que l’on a reçue et que l’on espère transmettre dans un meilleur état.
La propriété engage le temps long.
Elle crée un lien entre les générations.
C’est pourquoi nous défendons avec David Lisnard, la liberté de transmettre et la suppression des droits de succession.
Mais nous devons aller plus loin.
Nous devons permettre à ceux qui travaillent de se constituer eux aussi un patrimoine.
C’est tout le sens de notre proposition de développer la retraite par capitalisation.
Aujourd’hui, les cotisations de retraite financent une partie des pensions des retraités actuels.
C’est le principe de la répartition, qui organise une solidarité entre les générations.
Nous n’entendons pas supprimer brutalement cette solidarité. Pour David Lisnard, elle doit permettre de fiancer un filet de sécurité.
Mais nous souhaitons lui adjoindre progressivement un mécanisme permettant à chaque salarié de constituer un capital investi dans l’économie productive ?
J’ai récemment travaillé sur une simulation.
Imaginons un salarié du secteur privé, rémunéré toute sa vie au salaire médian, ayant travaillé pendant quarante-cinq ans, de 1981 à 2025.
Si l’ensemble de ses cotisations de retraite et de celles de ses employeurs avait été investi progressivement dans un portefeuille d’actions françaises, avec réinvestissement des dividendes, notre première simulation aboutit à un capital de l’ordre de 1,5 à 1,7 million d’euros.
L’ordre de grandeur nous invite à réfléchir.
Pendant quarante-cinq ans, les cotisations ont financé les pensions des générations précédentes.
Elles auraient aussi pu contribuer à constituer un patrimoine pour les générations futures.
Ce patrimoine aurait appartenu au salarié.
Il aurait pu participer au financement de sa retraite et, sous certaines conditions, être transmis à ses enfants.
Bien entendu, la capitalisation comporte des risques financiers, et la transition exige de continuer à financer les pensions en cours.
Ce sont de véritables difficultés, auxquelles il faut apporter des réponses sérieuses.
Mais elles ne justifient pas que nous renoncions à toute réflexion.
La capitalisation ne serait pas seulement une réforme technique des retraites.
Elle pourrait devenir une grande réforme de la propriété populaire.
Elle permettrait à davantage de Français de bénéficier des fruits de la croissance des entreprises.
Elle les ferait participer au financement de notre économie.
Elle leur donnerait une autre relation au capital.
Et elle rejoindrait cette ambition qui traverse le projet de David Lisnard :
Faire en sorte que chacun soit, autant que possible, propriétaire de sa vie.

VIII. L’école, les communes et les corps intermédiaires : la liberté ne se décrète pas depuis Paris
Il est un autre sujet sur lequel Bastiat, Charles Dupin et David Lisnard peuvent se retrouver : l’éducation.
Nous avons évoqué tout à l’heure le discours de Charles Dupin sur l’éducation populaire, que Bastiat connaissait dès 1827.
Pour Dupin, l’instruction permettait aux hommes de participer au progrès scientifique, industriel et économique.
Pour Bastiat, elle contribuait à rendre les individus capables de comprendre les mécanismes de la société et d’exercer leur jugement.
Deux siècles plus tard, la question reste entière.
Nous parlons beaucoup d’égalité des chances.
Mais quelle égalité des chances offrons-nous à un enfant qui quitte l’école sans maîtriser correctement la lecture, l’écriture ou le calcul ?
Quelle liberté de choisir son avenir possède-t-il ?
Quelle indépendance pourra-t-il conquérir ?
L’école est la première institution de la liberté.
Elle doit transmettre des connaissances, former le jugement, apprendre à raisonner.
Elle doit permettre à chacun de s’élever au-delà de sa condition de naissance.
C’est pourquoi David Lisnard propose de redonner de l’autonomie aux établissements, de supprimer la carte scolaire et de rendre aux familles une véritable liberté de choix.
La liberté scolaire n’est pas une manière d’abandonner l’école publique.
Elle est une manière de lui rendre une exigence de résultats et de reconnaître le rôle essentiel des parents.
Elle suppose naturellement que l’information soit accessible à tous et que les familles les plus modestes puissent réellement exercer ce choix.
Car une liberté réservée à ceux qui en ont déjà les moyens n’est pas une liberté suffisante.
Cette question de l’autonomie dépasse l’école.
Elle concerne aussi les communes.
Lorsque j’étais maire de Sauveterre-de-Guyenne, nous avons conduit de nombreux projets : une maison de santé, une médiathèque, des équipements culturels, des logements, des investissements dans le développement économique, les économies d’énergie et les énergies renouvelables.
Ces réalisations ont été possibles parce que des élus, des professionnels, des associations, des entreprises et des habitants ont travaillé ensemble.
Parce qu’ils connaissaient le territoire.
Parce qu’ils étaient capables de prendre des décisions adaptées à ses besoins.
Cela ne signifie pas que nous n’avions pas besoin de l’État.
Nous avions besoin de règles claires, de financements adaptés, de partenaires fiables.
Mais nous n’avions pas besoin que chaque décision locale soit pensée à notre place par une administration centrale.
C’est d’ailleurs pour cette raison que nous avons refusé les financements de l’ARS pour construire notre maison de santé, ils étaient accompagné de trop de contraintes incompatibles avec notre projet.
Et c’est la même raison qui nous a fait refuser l’aide du Conseil Général pour construire notre médiathèque !
Car enfin, à quoi sert d’obtenir des subventions si c’est pour réaliser une chose dont on n’a pas besoin ?
C’est toute la question de la subsidiarité.
Une décision doit être prise au niveau le plus proche des personnes concernées, dès lors que cet échelon possède les moyens de l’assumer.
La commune doit pouvoir faire ce qui relève de la commune.
Les collectivités territoriales doivent pouvoir assumer leurs compétences.
David Lisnard propose de réorganiser la France autour de 50 provinces, en lieu et place des départements et des régions. Autant d’entités qui respectent, le présent, l’histoire et la géographie !
L’État doit se concentrer sur ce qui relève véritablement de lui.
Et l’Union européenne doit respecter les compétences qui peuvent être exercées plus efficacement par les États membres.
C’est d’ailleurs un principe inscrit à l’article 5 du traité sur l’Union européenne :la subsidiarité !
A l’occasion d’une visite à Bruxelles avec David Lisnard, j’ai visité le Conseil européen. Nous avons interrogé un haut fonctionnaire sur l’application de ce principe.
Sa réponse nous a frappés : « les États membres demandent rarement que le principe de subsidiarité soit appliqué, alors même qu’ils pourraient davantage s’en saisir. »
Voilà qui devrait nous faire réfléchir.
Nous nous plaignons volontiers de la centralisation européenne.
Mais utilisons-nous réellement tous les moyens dont nous disposons pour défendre nos compétences ?
Le projet de David Lisnard défend une décentralisation beaucoup plus profonde, vers les provinces et les communes. Et il entend faire jouer le principe de subsidiarité inscrit dans les traités européens !
Il ne s’agit pas simplement de déplacer des bureaux administratifs.
Il s’agit de rendre du pouvoir de décision à ceux qui connaissent les réalités.
Une société libre n’est pas une juxtaposition d’individus isolés face à un État tout-puissant.
C’est une société de personnes, de familles, de communautés et d’institutions responsables.
Moins de centralisation ne signifie pas moins de solidarité. Cela peut signifier davantage de solidarité vécue, parce qu’elle est plus proche, plus concrète et plus responsable.
IX. Produire, innover, protéger l’environnement : une écologie de la responsabilité
Je voudrais maintenant faire le lien avec mon livre, L’humain, l’écologie et la politique, publié cette année aux Éditions du Bien Commun.
Dans cet ouvrage, j’ai voulu défendre une conviction simple : la politique doit partir de l’homme réel.
Non pas de l’homme abstrait que l’on imagine dans les bureaux des ministères.
Mais de l’homme qui travaille, cultive, élève ses enfants, construit sa maison, développe son entreprise, entretient une forêt ou transmet une terre.
C’est aussi vrai pour l’écologie.
Je crois profondément à la nécessité de protéger la nature, les paysages, les sols, l’eau et la biodiversité.
Mais je refuse une écologie qui oublierait l’homme.
Une écologie qui ne verrait dans l’agriculteur qu’un pollueur potentiel, dans le propriétaire forestier qu’un suspect, dans l’industriel qu’un adversaire et dans l’innovation qu’un danger.
Nous devons produire davantage de valeur avec moins de ressources et moins d’impacts.
Cela exige de la recherche, de la formation, des investissements et de l’innovation.
Nous avons besoin de sols vivants, de techniques nouvelles, d’entreprises rentables.
Nous avons besoin d’agriculteurs qui puissent vivre de leur travail.
Car une exploitation qui disparaît ne protège plus nécessairement mieux son environnement.
Une industrie qui ferme en France peut être remplacée par des importations produites dans des conditions environnementales moins exigeantes. Or l’atmosphère n’a pas de frontière !
Là encore, Bastiat nous invite à regarder ce qu’on voit et ce qu’on ne voit pas.
Ce qu’on voit, c’est la fermeture d’une activité jugée polluante.
Ce qu’on ne voit pas toujours, c’est la production déplacée ailleurs, les transports supplémentaires, les emplois perdus, les savoir-faire abandonnés.
Il faut évidemment mesurer les effets réels de chaque activité, et ne pas confondre liberté économique et absence de responsabilité environnementale.
Mais notre objectif doit être de concilier les deux.
C’est pourquoi le projet de David Lisnard défend une écologie de la responsabilité, fondée sur l’innovation, la mesure des résultats et la confiance dans les acteurs.
Le principe est simple : fixer des objectifs environnementaux exigeants, mais laisser davantage de liberté sur les moyens de les atteindre.
Cette approche rejoint directement l’idée de Bastiat selon laquelle le progrès consiste à obtenir de meilleurs résultats avec moins d’efforts et moins de ressources.
Je le constate dans mon métier de viticulteur.
Nous avons besoin d’expérimenter, d’adapter nos pratiques, de planter autrement, de mieux gérer l’eau, de préserver les sols.
Nous n’avons pas besoin que l’on remplace notre connaissance du terrain par une succession d’injonctions contradictoires.
Dans mon livre, j’ai voulu rappeler que la responsabilité naît plus facilement de la confiance que de la suspicion permanente.
Et que la dignité humaine doit rester au centre de toute politique.
X. La liberté peut disparaître sans bruit
Je terminerai par quelques mots sur le second livre auquel je travaille, et dont le titre est :
La liberté ne meurt pas toujours dans le fracas.
Ce titre résume une inquiétude qui traverse toute ma réflexion.
Nous imaginons souvent que la liberté disparaît brutalement.
Par un coup d’État.
Par une révolution.
Par une dictature.
Par la violence.
Mais elle peut aussi reculer beaucoup plus discrètement.
Une autorisation supplémentaire.
Une interdiction nouvelle.
Une norme de plus.
Une procédure obligatoire.
Un CERFA
Une responsabilité retirée aux familles, aux entreprises ou aux communes.
Chaque mesure peut paraître raisonnable lorsqu’on l’examine isolément.
Chacune peut être justifiée par une bonne intention.
Mais leur accumulation finit par transformer profondément notre société.
Le citoyen devient un administré.
L’entrepreneur devient un demandeur d’autorisations.
Le maire devient l’exécutant de décisions prises ailleurs.
La famille doit justifier ses choix.
Et chacun finit par considérer comme normal de demander la permission avant d’agir.
La liberté ne disparaît pas toujours sous les coups d’un tyran.
Elle peut aussi s’éroder dans l’indifférence générale, à mesure que nous nous habituons à vivre sous tutelle.
Ce prochain ouvrage prolongera donc la réflexion engagée dans L’humain, l’écologie et la politique.
Le premier livre cherche à replacer l’homme au centre de la politique.
Le second cherche à comprendre pourquoi les sociétés libres finissent parfois par renoncer à leur liberté.
Et comment elles peuvent la retrouver.
Cette question nous ramène directement à Bastiat.
Car son œuvre n’est pas seulement une critique des mauvais raisonnements économiques.
Elle est aussi une défense de la liberté humaine contre la tentation permanente du pouvoir de se substituer aux personnes.
Conclusion — La liberté comme projet de civilisation
Mesdames, Messieurs, chers amis,
Au terme de cette réflexion, je voudrais revenir à la question que nous nous posions au début.
Qu’est-ce qui relie Frédéric Bastiat au projet politique de David Lisnard ?
Je crois que la réponse tient en une conviction.
La prospérité ne se décrète pas. Elle se construit par le travail, l’intelligence, l’échange, l’investissement et la liberté.
Bastiat nous apprend à nous méfier des apparences.
À regarder ce qu’on ne voit pas.
À nous demander qui paie.
À distinguer la protection des droits de la protection des privilèges.
À comprendre que la loi ne doit pas prétendre fabriquer la prospérité à la place des hommes.
David Lisnard propose de traduire cette philosophie dans les institutions et les politiques publiques de notre temps.
Rendre au travail sa valeur.
Libérer les entreprises.
Simplifier les règles.
Redresser les finances publiques.
Restaurer l’autorité de l’État dans ses missions essentielles.
Rendre aux familles le choix de l’éducation.
Développer la propriété et la capitalisation.
Redonner de l’autonomie aux communes.
Faire confiance aux corps intermédiaires.
Permettre aux Français de reprendre la maîtrise de leur destin.
Ce projet n’est pas seulement économique.
Il est profondément humain.
Car il repose sur une idée : l’homme n’est pas un administré qu’il faudrait prendre en charge de la naissance à la mort. Il est une personne libre, capable de responsabilité, de création, d’engagement et de transmission.
Je pense ici à Charles Dupin, mon ancêtre.
Il croyait que l’instruction pouvait donner aux hommes les moyens de s’élever.
Bastiat nous rappelle que ces connaissances ne produisent pleinement leurs fruits que si les hommes sont libres de les employer.
Je pense aussi à Gustave de Ponton d’Amécourt, qui nous rappelait que le progrès est un devoir envers les générations futures.
Et je repense à mon professeur de philosophie, Guy Ursulet, qui nous demandait :
« Comment accéder au réel ? »
Cette question résume peut-être toute la démarche que je viens de vous présenter.
Accéder au réel, c’est regarder ce qu’on ne voit pas.
C’est mesurer les résultats plutôt que compter les moyens.
C’est accepter que les faits contredisent parfois nos convictions.
C’est refuser de travestir la vérité pour préserver nos certitudes.
C’est reconnaître que la liberté d’expérimenter, de se tromper et de recommencer est indispensable au progrès humain.
David Lisnard propose aujourd’hui de rendre aux Français cette liberté d’agir que nous avons trop longtemps laissée s’éroder.
Il ne s’agit pas de revenir au XIXe siècle.
Il s’agit de retrouver des principes qui ont traversé les siècles et qui demeurent nécessaires pour affronter les défis du XXIe.
La liberté n’est pas l’égoïsme.
Elle n’est pas l’absence de règles.
Elle n’est pas le droit du plus fort.
Elle est la condition de la responsabilité.
Elle est la condition de la dignité.
Elle est aussi la condition d’une solidarité véritable, librement vécue et assumée.
Je voudrais terminer par cette conviction, qui traverse mes livres comme mon engagement politique :
Nous ne redresserons pas la France en demandant toujours davantage aux Français de dépendre de l’État.
Nous la redresserons en leur rendant la possibilité de travailler, de créer, de choisir, de posséder et de transmettre.
Nous devons retrouver confiance dans l’homme.
Confiance dans les familles.
Confiance dans les entrepreneurs.
Confiance dans les élus locaux.
Confiance dans cette société française qui possède tant de talents, mais dont nous entravons trop souvent les initiatives.
Et nous devons faire en sorte que chacun puisse être, autant que possible, propriétaire de sa vie.
Je crois que Frédéric Bastiat aurait reconnu dans cette ambition quelque chose de profondément fidèle à son combat.
Je vous remercie.
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Les illustrations de cette publication ont été générées par l’IA (Chat GPT). Elles sont inspirées des travaux d’Honoré Victorin Daumier, né le 26 février 1808 à Marseille et mort le 10 février 1879 à Valmondois, lithographe, caricaturiste, peintre et sculpteur français, dont les œuvres commentent la vie sociale et politique en France au XIXe siècle. Dessinateur prolifique, il est surtout connu pour ses caricatures d’hommes politiques et ses satires du comportement de ses compatriotes. Il a changé la perception que nous avons sur l’art de la caricature politique.
