« Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël. » (Psaume 121, 4)

Il y a dans l’histoire des peuples des retours qu’on croyait à jamais interdits. Des promesses qu’on pensait oubliées. Des réapparitions si inespérées qu’elles dérangent davantage qu’elles n’émerveillent. Israël est de celles-là.

On a tout dit d’Israël. Trop, sans doute. On l’a accusé de tous les maux — avec la passion que l’on met parfois à haïr ce qu’on ne comprend pas. On a multiplié les procès, les résolutions, les condamnations. On l’a sommé d’exister autrement, ou de ne pas exister du tout.

Et pourtant, Israël continue. Comme si de rien n’était. Ou plutôt : comme si tout devait être. Car Israël n’est pas né d’une idéologie. Il est né d’une mémoire. Il n’est pas né contre les autres, mais pour ne plus disparaître. Il est « le peuple choisi » qui a choisi. Choisi la vie. Choisi de ne pas attendre le salut des autres pour se relever. Choisi d’être debout, plutôt que réduit à l’état de vestige.

Israël n’a pas eu besoin de conquérir un empire. Il s’est contenté de retrouver ses collines, ses oliviers, ses ruines habitées. Il a repris langue avec son passé, et lui a donné un avenir. Il a transformé les plaintes de l’exil en promesses d’avenir. Il a réinventé ce que l’on croyait perdu : une nation, une langue, une école, une armée, une espérance.

Et cela, il faut bien le dire, suscite autant d’incompréhension que d’admiration. Car il y a quelque chose d’impossible dans Israël. Comme si ce pays, minuscule et obstiné, était une protestation vivante contre le cours ordinaire des choses. Les Juifs n’auraient pas dû revenir. Ils n’auraient pas dû tenir. Ils n’auraient pas dû prospérer. Ils l’ont fait quand même.

Alors on cherche une explication. On parle d’alliés, de lobbies, de calculs. Mais la vérité est plus simple. Et plus belle. Israël s’en est sorti parce qu’il a décidé qu’il ne périrait plus. Parce qu’il s’est choisi lui-même. Il n’a pas attendu un signe du ciel pour reconstruire. Il l’a fait. Dans la douleur, dans les débats, dans les larmes parfois — mais dans la dignité.

Faut-il le dire ? Ce peuple mérite notre respect. Il est à la fois ancien comme un psaume et moderne comme une start-up. Il est multiple, il est querelleur, il est libre. Il n’est pas parfait — aucun peuple ne l’est. Mais il est admirable par sa ténacité, son intelligence, sa foi en l’éducation, sa vitalité démocratique. Il ne se laisse pas gouverner sans discuter. Il élit, il critique, il proteste. Et quand il doute, il recommence.

Certes, les élites politiques israéliennes ne sont pas toujours à la hauteur de ce peuple. Les nôtres le sont-elles ? Mais c’est cela aussi, une démocratie : ce droit de les contester, et de s’en donner d’autres. Ce droit de rêver d’un gouvernement à l’image de ses valeurs. Ce droit de faire le tri entre la fidélité et le calcul, entre l’intérêt immédiat et l’exigence morale.

On dit souvent qu’Israël est une anomalie. Ce n’est pas vrai. Il est un rappel. Un rappel que les civilisations ne meurent pas si elles gardent une âme. Que la terre n’est jamais totalement perdue pour qui sait la nommer. Qu’une langue peut ressusciter, qu’un peuple peut survivre, et qu’il peut même s’épanouir là où tant d’autres ont voulu l’effacer. Ce message, nous aussi, nous devons l’entendre, l’écouter.

Israël n’est pas un miracle, si l’on entend par là une suspension du réel. Il est au contraire le triomphe du réel sur le désespoir. Il est la preuve que l’histoire n’est pas toujours écrite d’avance. Et c’est peut-être cela, au fond, qui dérange : ce peuple revenu de tout, qui continue d’avancer, sans haine, sans repos, avec cette lumière ancienne qui ne s’éteint jamais tout à fait.

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3 commentaires sur “« Voici, il ne sommeille ni ne dort, celui qui garde Israël. » (Psaume 121, 4)”

  1. Merci Yves pour ce texte qui m’a tiré une larme, moi qui vit en Israël et qui aime cette terre de tout mon être, de toute mon âme.
    Je rajouterais que tout cela existe Bezrat HaChem (avec l’aide de Dieu).
    En espérant que nos chemins se croisent de nouveau, peut être ici 🙏

  2. Cher Yves
    Quel bel article et tellement à propos !
    Alors que le monde ne cesse de l’accuser, Israël ne se bat pas seulement pour sa survie mais pour nos pays qui ne comprennent pas les enjeux ou qui ne veulent pas comprendre par lâcheté, déni, ou pire encore par haine. Cette haine que l’on croyait définitivement enterrée que certains appellent l’antisionisme mais qui cache si mal l’ignoble antisémitisme.
    Xavier

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