Aménagement de bourg (Action 3)

Intervention au conseil municipal de Sauveterre-de-Guyenne, au nom du groupe « J’aime Sauveterre »

Monsieur le Maire,
Mes chers collègues,

Il est des décisions d’aménagement qui relèvent de la technique. Et d’autres qui engagent, plus profondément, l’âme d’un lieu. Le projet qui nous est présenté aujourd’hui appartient à cette seconde catégorie.

1. La bastide : une œuvre d’intelligence et de mesure

Sauveterre-de-Guyenne n’est pas une ville quelconque. Elle est une bastide du XIIIᵉ siècle, c’est-à-dire une ville pensée, dessinée, voulue. Ses fondateurs n’ont rien laissé au hasard :

  • un plan en damier, rigoureux et lisible,
  • une place centrale, cœur battant de la cité,
  • des rues étroites, bordées de façades, où la pierre dialogue avec la lumière.

Dans cet équilibre subtil, la végétation n’est pas absente — mais elle est ailleurs : sur les façades parfois, dans les jardins, dans les marges, dans la campagne toute proche.

La bastide est, par essence, minérale. C’est même ce qui fait sa force, sa clarté, sa beauté.

2. Une évolution qui interroge

Introduire aujourd’hui des alignements d’arbres dans ces rues, c’est opérer une transformation profonde. Non pas une simple amélioration, mais un changement de nature.

Pendant nos deux mandats, nous avons eu l’occasion de travailler avec deux ou trois architectes des Bâtiments de France. Tous se montraient très réservés, voire opposés, à l’implantation d’arbres dans les rues de la bastide. Non par conservatisme, mais par fidélité à une logique urbaine éprouvée par les siècles.

Les temps changent, surement. Les attentes évoluent, notamment en matière de confort climatique.

Mais faut-il, pour répondre à ces attentes, altérer ce qui fait précisément l’identité du lieu ?

3. L’épreuve du réel : le stationnement

Au-delà des principes, il y a les faits. Les aménagements réalisés rue Saubotte et rue Saint-Léger ont introduit des plantations là où existaient des places de stationnement.

Le résultat est connu :

  • des habitants qui ne trouvent plus à se garer à proximité de leur domicile,
  • un report du stationnement sur les trottoirs d’en face (voir photo),
  • des conflits d’usage, des difficultés pour les piétons, parfois même une forme de découragement.

Dans le même temps, la place centrale est en zone bleue. Ainsi, ce qui a été retiré d’un côté n’a pas été compensé de l’autre.

Il y a quelques jours, rue Saubotte, la livraison des cuisines de l’école a provoqué un blocage de circulation. Et pour cause, aucun emplacement n’ a été prévu pour ces livraisons régulières.

4. Stationnement et vitalité du centre

Mais il y a plus grave encore.

La rue du 8 mai 1945 n’est pas une rue quelconque : elle accueille le cabinet médical communal.

Son implantation en centre-ville n’est pas le fruit du hasard. Elle résulte d’un choix politique clair, assumé durant nos deux mandats : maintenir les services au cœur de la bastide, soutenir la pharmacie, préserver une vie locale.

C’est dans cette même logique que nous avions racheté l’immeuble de la Poste et rénové le bureau de poste.

Ces décisions dessinent une cohérence : celle d’un centre vivant, accessible, utile. Or un service inaccessible est un service fragilisé.

Réduire le stationnement à proximité immédiate de ces équipements, c’est en affaiblir, à terme, l’usage et la pérennité. C’est d’autant plus important que suivra bientôt la rénovation de la maison de Jacques Barrière, rue Saint Romain, et le besoin de places en centre-ville.

5. Une attention nécessaire aux usages quotidiens

L’aménagement d’une rue ne se juge pas seulement à sa beauté, mais à son usage. Il faudra veiller, avec le maître d’œuvre, à ce que les places de stationnement soient implantées de manière à permettre aux riverains d’accéder librement à leurs garages et à leurs portes cochères.

L’expérience de la rue Saint-Léger nous a montré combien ces détails, s’ils sont négligés, deviennent des difficultés durables. Une erreur de dessin aujourd’hui peut devenir une contrainte pour des décennies.

6. Le choix des plantations : prudence et mesure

Le projet prévoit des arbres déjà développés, appelés à grandir encore, parfois à proximité immédiate des façades.

Chacun sait ce que cela implique :

  • des racines qui cherchent leur place,
  • des branches qu’il faudra contenir,
  • des conflits inévitables avec le bâti, les réseaux, les usages.

Planter un arbre, ce n’est pas seulement embellir l’instant. C’est engager l’avenir. Planter une orme dont le diamètre sera , à terme de 10 à 15 mètres, à 1m50 des façades, c’est dores et déjà problématique…

7. Reconnaître ce qui est réussi

Je veux le dire clairement : tout n’est pas à remettre en cause.

L’aménagement des abords de l’église est une réussite. Il met en valeur le site avec justesse et intelligence. Et il faut rappeler qu’il a été rendu possible grâce à l’acquisition du jardin de Monsieur Musset, décidée sous notre mandat.
C’est cette maîtrise foncière qui a permis d’ouvrir l’espace, de donner de l’air, de révéler le lieu.

Je vois que le mur qui sépare aujourd’hui le monument aux morts des logements d’urgence serait arrasé. Nous pensons que c’est une bonne idée. Mais, pour l’anecdote, sachez qu’à l’époque les deux ABF interrogés sur cette possibilité l’avait écartée.

Le projet de disposer d’une circulation piétonne entre la porte Saint Romain et le garage Lavergne, est nécessaire. Si nous avons bien compris vos plans, vous aller adopter le même type de clôture que celle réalisée par les propriétaires de l’ancienne maison de Madame Meyran (ancienne gendarmerie de Sauveterre), coté rue Saint Romain et un plessis tressé coté extérieur ? Il serait intéressant sur ce sujet particulier, de disposer d’une vue en 3 dimensions afin de se rendre compte. C’est sûr que si la commune était restée propriétaire de cette parcelle achetée à la famille Sarrion, au lieu de la vendre sans aucun bénéfice, l’aménagement aurait été plus facile.

La parcelle achetée à la famille Aznares aux abord de la porte Saint Léger avait le même objectif : mettre en valeur la porte. Mais vous préférez faire un square en face , plutôt qu’aux abord de la porte, dans la bastide. Là encore le nouvel architecte des bâtiments de France a un avis différent de son prédécesseur. Madame Maillet souhaitait que l’on conserve la maison Peluchon et que l’on démolisse la maison Aznares, dans le cadre de l’aménagement de la rue Saint Léger.

8. Une question de méthode : le regard des bastides

Enfin, une question me paraît essentielle. Le comité scientifique de l’Association des Villes Bastides a-t-il été consulté ? Sur un projet de cette nature, un tel regard ne serait pas superflu.
Il permettrait d’éclairer nos choix à la lumière de l’histoire et de l’expérience accumulée sur d’autres bastides. Certains éléments du projet — mobilier en béton et bois, dispositifs de protection, implantation de certains bancs — interrogent quant à leur cohérence avec le vocabulaire traditionnel des bastides. Il ne s’agit pas de condamner, mais de comprendre, d’ajuster, d’améliorer.

Conclusion

Les temps changent, c’est une évidence. Mais l’esprit des lieux, lui, ne change pas. Nous avons la responsabilité de transmettre cette bastide non seulement intacte dans ses murs, mais fidèle dans son caractère.

Entre la pierre et l’arbre, entre l’histoire et le présent, il ne s’agit pas de choisir.
Il s’agit de trouver la juste mesure. C’est à cette exigence que je nous invite collectivement.

Je vous remercie.

En l’état, notre groupe s’abstiendra sur ces projets.

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