Guadeloupe : le combat pour la « dépendance » !

Nous avons habité 5 ans en Guadeloupe, de 1991 à 1997. Nous sommes arrivés quelques mois après les ravages causés par le cyclone Hugo. Nous avons gardé en Guadeloupe de nombreux amis : parmi les Antillais d’origine Africaine, parmi les descendants des « blancs créoles » (Béké) et des « blanc pays », parmi la communauté Indienne, parmi les descendants des « petits blancs », parmi les Libanais et les Syriens, … Un peuple cosmopolite à la culture mélangée qui vit au paradis, 11 mois sur 12… Mais qui construit avec sagesse, car il sait que pendant la période cyclonique, quelques heures peuvent anéantir le travail d’une vie.

Penses-tu qu’il soit normal, me dit un jour un ami, que lorsqu’on demande à un enfant de la Guadeloupe : «dis moi, entre ces quatre villes, laquelle est la plus proche de Pointe-à-Pitre : Roseau, Port-au-Prince, Paris ou Fort de France ?»… Dans la plupart des cas il réponde dans l’ordre : 1-Paris, 2-Fort-de-France, 3-Port-au-Prince et 4-Roseau… Alors que Roseau est la capitale de la Dominique, île voisine de la Guadeloupe… Cet ami parlait de dépendance et d’indépendance… Il aspirait à une île centrée sur les Caraïbes… Le mouvement d’aujourd’hui (L.K.P : Union contre les profiteurs) laisse plutôt penser à une île qui remet son avenir entre les mains de Paris…

Dans le fonds, les Guadeloupéens sont partagées entre plusieurs tentations : la tentation de la dépendance (comme aujourd’hui) et la tentation de l’indépendance (comme dans les années 80)… Deux réponses à une même question : quelle est notre identité ? Quelle est notre culture ?

Il est curieux de noter comme le mouvement actuel de Guadeloupe « dépendantiste »… Quelques vieux sages des Antilles doivent se retourner dans leur tombe en ce disant : « tout ça pour ça ! ». On ne parle plus d’indépendance, de négritude ou de créolité… On parle de pouvoir d’achat et de compensations de la part de la République, de main tendue vers la métropole !

Il est vrai que la métropole a créé et organisé en Guadeloupe, avec l’accord tacite des élus de l’île, les conditions de la vie chère et de la dépendance…

La Guadeloupe fait partie des « territoire d’exportation » de la métropole et elle participe à la tenue de la balance commerciale de la France. Une entreprise française qui exporte en Guadeloupe ne bénéficie-t-elle pas des aides à l’exportation ?

Le salaire des fonctionnaires qui est revalorisé, la réduction d’impôt pour les habitants de l’île, la TVA « non perçu récupérable » dont les entreprises dispose (« incroyable : tu ne la paye pas, et tu la récupères ! »), les différents volets de la loi de défiscalisation outremer (imaginée par Bernard Pons jamais vraiment revisitée), … sont autant de curiosités fiscales et sociales qui ont fait monter les prix… Ces avantages, auxquels on peut ajouté le courant électrique vendu « à perte » par EDF (depuis Giscard) dans un soucis d’équité nationale, font du statut d’îlien à la fois son avantage et son inconvénient.

  • L’avantage est ce fil nourricier que l’on entretient entre la Guadeloupe et la Métropole (l’un nourrit l’autre, et l’autre nourrit l’un).
  • L’inconvénient est ce rapport de dépendance qui fait oublié aux Guadeloupéens qu’ils font partie des Caraïbes, géographiquement, culturellement, viscéralement… Les relations de tous ordres entre Paris et Pointe à Pitre, sont plus importantes qu’en Roseau et Pointe à Pitre !!!

Aujourd’hui, le leader du LKP est fonctionnaire(Elie Domota – Directeur Général Adjoint de l’ANPE). On ne m’enlèvera pas de l’idée qu’à l’origine de ce combat il y a la volonté des fonctionnaires de protéger leur statut particulier. Le gouvernement a décidé de ne plus verser, à terme, un salaire supplémentaire aux fonctionnaires d’Outre-Mer.

Pendant que les Guadeloupéens se comparent aux « métros », leurs frères de la Dominique, de Saint Lucie, de Saint Domingue, d’Haïti, les regardent avec envie… Quand ils ne viennent pas travailler au noir sur l’île sœur, pendant que certains de leurs employeurs « profitent du système »…

Dans ce cadre, quelle vision peut on avoir de tout cela en métropole ? Le regard d’un peuple qui en observe un autre, dont la culture n’est pas la même.

Pour un métropolitain, la mer figure l’évasion. Tandis qu’en Guadeloupe la mer figure une prison, puisqu’elle empêche de sortir de l’île… Cela ne fait qu’une dizaine d’année que les Guadeloupéens investissent leurs propres plages, jusque là désertes.

Le « Créole » langue commune aux îles de la Caraïbe, commune à toutes les communautés dont elle constitue le premier ciment, n’est reconnue comme langue régionale par la métropole que depuis quelques années. Parler Créole n’était pas admis dans les établissements de l’éducation nationale il n’y a pas si longtemps.

Henri Salvador n’a-t-il par railler les enseignements de la « mère patrie » avec sa chanson « nos ancêtres les gaulois », il aurait pu chanter aussi « colchique dans les prés, châtaignes dans les bois », chanson que les Guadeloupéens ont appris à l’école depuis des générations, sans savoir ce qu’était un colchique, et en se demandant comment la châtaigne qu’ils connaissent pouvait bien « se fendre sous les pas » (la « châtaigne pays » est 10 fois plus volumineuse que la notre !)…

Autant d’enseignements décalés qui pendant tant d’années ont réussi à éloigner les gaudeloupéens de leur propre réalité et à rendre incompatible une culture avec son propre environnement !

Il y a 20 ans, le jus de fruit le plus consommé en Guadeloupe était « le jus de pommes »… Il a fallu qu’un Béké revenu au Pays, réinvente le jus de Goyave qui avait bercé son enfance, pour faire de ce jus, le jus le plus consommé sur l’île en quelques années… Les exemples de ce style sont nombreux, et si aux Antilles chacun pense à importer, ils sont peu nombreux ceux qui imaginent produire localement… Et quand ils le font, les challenges sont difficiles à relevés !

La métropole ne connait pas ses Antilles…

Il y avait fort à parier qu’Yves Jégo, annonçant en arrivant, « je ne repartirai pas sans qu’une solution soit trouvée », ne reparte pas de sitôt… Mais comme on dit en Guadeloupe : « Pawol en bouch pa chage » !

Où aller ensemble aujourd’hui ?

Il me semble qu’une voie est à explorer. Celle d’un « communauté économique caribéenne », construite à l’image de la communauté économique européenne. Je pèse mes mots : « à l’image » et non « sur le modèle ». Car aux Antilles, tout est à inventer.

Cette communauté pourrait être soutenue par l’Europe dont un certain nombre de pays a des attaches aux Antilles. La France avec la Guadeloupe, la Martinique, Haïti, …, l’Angleterre avec la Dominique, Ste Lucie, … L’Espagne avec Montserrat, La Hollande avec Saint Martin, Aruba … Ainsi, l’Europe au lieu d’aider telle ou telle île, avec le risque d’accroître les inégalités entre des îles qui sont distantes de quelques dizaines de minutes en bateau, pourrait aider à la construction de cette communauté autour d’objectifs communs.

Cette communauté pourrait profiter de cette nouvelle page qui se tourne avec la fin du Castrisme, et pourrait être tirée par Cuba et Saint-Domingue… Le tourisme pourrait être sa première ressource. Le Créole sa langue et sa culture.

Le développement des relations entre les îles permettrait de replacer le barycentre culturel de ces peuples au milieu d’eux et non à 7000 kms…

Le Monde change !

10 commentaires sur “Guadeloupe : le combat pour la « dépendance » !”

  1. Jean-Michel Invernizzi

    Ce serait un bien beau projet que cette « communauté économique caribéenne ». Mais comment y arriver quand le poids de l’histoire, des frustations et les avantages acquis par certains (notamment , soyons clair, une partie des blancs s’accaparant les outils de la richesse locale et une partie de la population vivant dans un assistanat peut-être parfois pas si désagrable pour eux) rendent déjà les rapports entre communautés si difficiles?

  2. Ce n’est pas si simple. Contrairement à ce que l’on croit la communauté Guadeloupéenne existe, bien au delà des communautés visibles. Il me semble que la communauté Caribéenne peut exister, à condition qu’on favorise son émergence, au lieu de l’empêcher, comme on le fait depuis si longtemps, sans s’en rendre forcément compte…

  3. Comment se fait-il qu’en 2003, la Guadeloupe aie voté contre la proposition du Minsitre de l’Intérieur (Nicolas Sarkozy) de réformer le statut de l’île afin qu’elle devienne un « territoire d’outre mer » avec une capacité à s’organsier différemment de la métropole ?

    Aujourd’hui, on repproche au Président son arrivée tardive sur les évènements de Guadeloupe, alors qu’en fait, il avait largement anticipé ces problèmes avec sa proposition de 2003…

    Les Etats Généraux qu’il propose ne vont-ils pas aboutir à une solution de ce type ?

  4. Un"vieuxconseilquiseréveille"

    Devant votre commentaire « bizarre » concernant  » la Guadeloupe », ce PARADIS dont un grand nombre d’entre nous ne peut que …… rêver, mon instinct de sagesse me conduit à prendre un peu de recul, car les dernières informations sur cette Région dont je ne connais que des images idylliques me laissent entrevoir des problèmes coloniaux qui se sont déplacés de l’Afrique , particulièrement l’Afrique du Nord vers les Antilles via la Corse et la Nouvelle Calédonie au travers des méthodes des Rapatriés. Souhaitons que je fasse fausse route !
    Aussi, avant de disserter plus longuement, je vous convie , ainsi que vos lecteurs, à suivre l’émission « Complément d’enquête » du 9 mars (22h 10) sur France 2 : nous devrions apprendre quelques vérités sur les METHODES LOCALES, des vérités plus parlantes que le commentaire d’un touriste contribuable métropolitain !

  5. Cher « unvieuxconseilquisereveille »,

    Comparez la Guadeloupe à l’Afrique ou à l’Afrique du Nord, à la Nouvelle Calédonie ou à la Corse est une erreur totale.

    Car en Guadeloupe le peuple originel n’est plus là.

    Les indiens Arawacks ont été chassés par les Indiens Caraïbes. Les descendants des indiens Caraïbes habitent l’île de la Dominique. Il n’y a donc pas, en Guadeloupe de descendants des peuples chassés ou colonisés.

    La situation de la Guadeloupe est plutôt comparable, à une toute petite échelle, à celle des Etats-Unis d’Amérique.

    A vous lire.

    Yves d’Amécourt

  6. Un"vieuxconseilquiseréveille"

    Cher Jeune Ami et Elu,
    Vous devriez consulter un bon ophtalmologiste ! Vous présentez des signes de mauvaise vue quand vous parlez « d’erreur totale » !
    Soyons francs ! En effet, la comparaison avec d’autres régions françaises ( ou ex ) n’est là que pour mettre en avant LES METHODES COLONIALES EMPLOYEES DANS CES REGIONS LOINTAINES PA R QUELQUES SOI-DISANT FRANCAIS et non une recherche généalogique qui ne vise comme but à atteindre que de DETOURNER L’ATTENTION DU LECTEUR .
    Ne tombons pas dans ce travers désastreux !
    J’espère être assez CLAIR dans mon explication.
    Dans l’attente que je devine,
    avec mes sincères salutations,
    « Unvieuxconseilquiseréveille »

  7. Les cultures ne sont pas si cloisonnées que vous semblez le penser. La naissance des moyens de transport, les guerres, les colonisations… ont permi le développement des phénomènes d’aculturation et donc un enrichissement des cultures qui n’empêche pas la preservation de la diversité! on n’efface pas l’Histoire et on n’enlevera donc pas aux antillais leur part de culture « métropolitaine ».
    Pour ce qui est des « productions locales » des békés, il me semble indispensable de souligner que les pesticides qu’ils emploient sont strictement interdits en métropole car dangereux pour la santé.Un scandale que les medias préfèrent taire. Il est donc préférable pour les populations de continuer à boire du jus de pomme!

  8. Un"vieuxconseilquiseréveille"

    excusez mon erreur de diagnostic : ce n’est pas de la mauvaise vue dont vous êtes atteints , mais de la cécité (d’ailleurs avouée dans votre réponse !) !

  9. Chère Chloé,

    Je pense que vous faites allusion ici à l’utilisation de pesticides dans la culture de la banane, pour lutter contre les charançons. J’ai consacré un article à ce sujet sur ce blog.

    Je me permets de vous signaler que penser que ce sont les békés qui utilisent des pesticides, c’est mal connaître la Guadeloupe, car les bananeraies ne sont pas la propriété des seuls békés. Loin s’en faut. Méfions nous donc des raccourcis…

    Il y a d’ailleurs très peu de familles « Békés » en Guadeloupe. Il ya plus de famille de Békés en Martinique car la Martinique était sous protectorat Anglais, pendant la révolution française.

    Pour ce qui est des jus, on ne produit pas de jus de Banane… Les jus les plus consommés en Guadeloupe sont les jus de Canne et de Goyave. La Canne et la Goyave utilisent très peu de pesticides.

    Cher « Unvieuxconseilquisereveille »,

    C’est toujours plus facile de penser que ce sont les autres qui sont myopes, astigmates, presbytes, ou aveugles… Peut-être avez vous raison, mais sincèrement je ne le pense pas.

    En tout cas, merci pour vos messages !

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