« Il est plus facile de désintégrer un atome qu’un préjugé », disait Albert Einstein. En matière d’écologie, cette phrase prend aujourd’hui un sens tragique. Car notre époque, qui prétend faire de l’environnement une priorité, semble avoir évacué la science du débat écologique, au profit du soupçon, du slogan, et de l’émotion.

Le résultat ? Une écologie devenue dogme, une parole scientifique censurée ou caricaturée, des politiques publiques absurdes, qui stigmatisent ceux qui nourrissent et entretiennent la terre, tout en exonérant ceux qui en parlent sans jamais s’y confronter.

Le savoir rejeté, la science disqualifiée

Les biotechnologies, les solutions de génétique de précision, les innovations agronomiques : toutes sont jetées en bloc dans l’opprobre, indépendamment des évaluations rigoureuses menées par l’INRAE, l’EFSA ou l’OMS. La France préfère le soupçon au savoir, la peur à la preuve. À l’instar du « riz doré » ou des NGT, des solutions porteuses d’espoir pour l’alimentation mondiale sont bannies avant même d’avoir été comprises.

Le dogme du « consensus scientifique » devient une censure molle. Pourtant, le consensus n’est pas une vérité définitive : c’est une hypothèse forte, valide à un moment donné, mais soumise au doute, à l’expérimentation, à la contradiction. Ce n’est pas en interdisant la remise en question qu’on protège la vérité : c’est en la confrontant aux faits nouveaux. Comme le dit la charte de l’ENS Lyon : « Un consensus scientifique a besoin d’être contredit pour rester valide. »

Cette rupture entre le savoir et la décision publique est d’autant plus préoccupante qu’elle se manifeste aujourd’hui au plus haut niveau de l’État. La discussion en cours à l’Assemblée nationale autour de la loi DUPLOMB MENOUVILLE en est une nouvelle illustration. Derrière un affichage de vertu environnementale, on y retrouve des propositions fondées davantage sur des représentations idéologiques que sur une évaluation rigoureuse des effets attendus. Le Parlement est saisi d’une écologie de la proclamation, déconnectée des données du terrain, et parfois même de la logique la plus élémentaire.

L’agriculture accusée, l’ignorance sanctuarisée

C’est une constante : dans le discours officiel, l’agriculteur est coupable idéal. L’ennemi à désigner, pour mieux évacuer la complexité du réel. Il en va ainsi de l’usage des produits phytosanitaires : interdits aux professionnels formés, certifiés, soumis à des contrôles, mais toujours accessibles au grand public, sans aucun cadre. Où est la logique ?

Il en va de même pour le vocabulaire. Parler d’« agriculture naturelle » est une erreur conceptuelle : l’agriculture est tout sauf naturelle. Elle est une construction humaine, un dressage patient de la nature, comme on dresse un animal de compagnie. La nature ne produit ni pommes de terre, ni clémentines, ni bananes sans pépin. Et sans intervention humaine, la vigne donne du vinaigre, pas du vin. Le « vin nature » est un oxymore.

De même, réserver le mot « biologique » à une fraction de l’agriculture est un vol sémantique. Toutes les agricultures sont biologiques : elles relèvent de la vie, donc de la biologie. Ce ne sont pas les molécules qui sont “naturelles” ou “chimiques” : ce sont toutes des assemblages d’atomes figurant dans le tableau de Mendeleïev. On trouve des poisons dans la nature (arsenic, amiante …) et des solutions dans les laboratoires. Les chasseurs de champignons le savent bien. Une molécule bénéfique peut devenir nocive en excès, et un poison peut guérir à faible dose.

À ceux qui opposent nature et chimie, rappelons cette évidence : le pétrole est un produit parfaitement naturel — et pourtant, nul ne songerait à le déverser dans un ruisseau. Ce n’est pas parce qu’une substance est “naturelle” qu’elle est inoffensive. Et ce n’est pas parce qu’une molécule a été synthétisée qu’elle est toxique. Tout est affaire de dosage, de contexte, de responsabilité.

L’eau diabolisée, les réserves calomniées

La même logique s’applique aux retenues d’eau : elles sont devenues le symbole honni d’une agriculture “accaparante”, quand elles ne sont en réalité qu’un moyen rationnel de stocker l’eau en hiver pour irriguer en été. En France, l’irrigation représente à peine 3 % des précipitations annuelles. Et pendant qu’on accuse les agriculteurs de “privatiser” l’eau, la ville de Paris utilise chaque jour des milliers de m³ d’eau pour nettoyer ses trottoirs et curer ses égouts — sans que personne ne s’en émeuve.

La France détient le record mondial de piscines privées. Avec plus de 3 millions de bassins individuels, nous stockons collectivement 144 millions de m³ d’eau, soit l’équivalent de plus de 200 « méga-bassines » comme celle de Sainte-Soline. Cette eau-là n’est jamais dénoncée comme “accaparée”. C’est donc bien l’usage agricole, et lui seul, qui est visé — non pas pour sa consommation, mais pour ce qu’il représente.

Une biodiversité confisquée

Autre terrain d’aveuglement : la biodiversité. Les ONG relayent sans nuance des chiffres alarmistes. On parle de 80 % d’insectes disparus, de la fin imminente des oiseaux, d’un effondrement global. Pourtant, de nombreuses études européennes montrent une réalité plus contrastée. Certaines espèces déclinent, d’autres reviennent en force : le loup, la loutre, le castor, les rapaces, les grues cendrées, et à Paris, les perruches ! En Europe, la biodiversité ne s’effondre pas, elle se transforme, elle migre, elle s’adapte aussi à nos usages. Laissez les tas de fumier dans la cour des fermes, les poubelles dans les rues, doublez le nombre de ruminants dans les champs et vous verrez revenir en pagaille les mouches, les moucherons, les moustiques, les chauves souris et les hirondelles ! Avant de s’alarmer, encore faut-il s’interroger sur nos modes de vie. Les campagnes de démoustication en zone urbaine, utilisent, pour le confort des habitants, les pesticides que l’on interdit à nos agriculteurs, pour nous nourrir !

Mais ce que l’on veut, ce n’est pas comprendre : c’est accuser. Et dans cette guerre des symboles, le glyphosate devient le totem, l’agriculteur le bouc émissaire, le discours présidentiel un outil électoral. L’écologie n’est plus un projet commun : elle devient une nouvelle inquisition qui multiplie les procès en sorcellerie !


Réconcilier l’écologie et la raison

Nous ne voulons pas opposer l’écologie à l’agriculture, ni la science à la précaution. Nous appelons à une écologie du bien commun, fondée sur la connaissance, l’expérience et la nuance. Une écologie qui ne gouverne pas contre le réel, mais avec lui.

Comme le disait Jean Gabin : « Maintenant je sais. Je sais qu’on ne sait jamais. » Le vrai scientifique n’est pas celui qui affirme, mais celui qui doute. Le vrai écologiste n’est pas celui qui interdit, mais celui qui comprend.

Au lieu de conspuer nos agriculteurs, nos députés feraient mieux de les écouter. Car eux ne se servent pas de la nature pour assouvir leur soif de pouvoir. Ils se servent de la nature pour nous nourrir. Et cela, c’est une science. Une vraie.

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