Incendies de Gironde et forêt des Landes de Gascogne : se poser les bonnes questions. (CNPF Nouvelle-Aquitaine)

photo (c) Alliance Forêts Bois

Le pin maritime dans les Landes de Gascogne

Le pin maritime est l’essence dominante dans le massif des Landes de Gascogne[1] ; C’est une essence locale (souche landaise du pin maritime), naturellement présente au sein de cette région et qui a été cultivée de longue date. Elle est particulièrement adaptée aux conditions pédologiques extrêmement pauvres et acides des « sables landais ». Cette forêt de pin maritime n’a pas remplacé une forêt originelle constituée d’autres essences, potentiellement moins inflammables, comme on l’entend régulièrement depuis quelques années et les sols limitent très fortement le choix des essences. La Nouvelle-Aquitaine est la pointe nord de l’aire naturelle européenne du pin maritime.

Le pin maritime présente un caractère inflammable particulier, au même titre que d’autres essences de résineux mais également de certaines essences feuillues. C’est l’une des principales essences forestières de l’Europe de l’Ouest et elle est très étudiée dans ses relations avec le feu, notamment en Espagne et au Portugal. Le pin maritime est « une espèce qui a des caractéristiques qui assurent à ses organes une certaine résistance au feu »[2]. On peut citer l’épaisseur de son écorce, la résistance de ses aiguilles aux températures élevées, le volume de son houppier… On peut parler d’une relative bonne tenue du pin maritime aux feux de faible intensité, comme le chêne liège présent dans le sud des Landes (l’écorce de lège est aussi une défense naturelle contre le feu). Les pins adultes présentent également de bonnes capacités de reconstitution par semis naturel après incendie. La vulnérabilité des pinèdes (pinhadas en gascon) est en revanche liée aux pratiques sylvicoles qui permettent de gérer la charge et la continuité de combustible disponible au sein du peuplement. Débroussaillements et éclaircies sont pratiqués. Ils permettent de maîtriser un sous-bois très combustible composé de fougères, ajoncs, bruyères et graminées et d’espacer les arbres.

Dans un contexte de changement climatique engendrant des périodes sèches plus fréquentes et des pics de chaleur désormais récurrents, Les différentes études menées dans les Landes de Gascogne[3] montrent que le pin maritime demeure l’essence la plus résiliente, à privilégier dans le cadre de la production de bois.

Les incendies en Gironde

La Gironde est le département français qui présente le plus grand nombre de départs de feux chaque année. Si cette information surprend le grand public, plus habitué à voir des images d’incendies de forêt méditerranéenne, c’est que la prévention et la lutte contre le risque incendie dans la forêt des Landes de Gascogne, est particulièrement bien gérée depuis plus de 70 ans. Elle s’organise, au sol, autour d’un très vaste réseau de pistes DFCI qui permet un accès rapide aux véhicules des services de lutte contre l’incendie. La Gironde n’est donc pas en train de découvrir le risque feu de forêt. Les grands incendies de août 1949 avaient provoqué la mort de 82 personnes et ravagé quelques 52 000 hectares dont 25 000 de bois. Depuis, les très grands incendies sont devenus rares. Les derniers feux de plus de 1000 ha remontent à 2017 (1100 ha à Cissac Médoc) et 2002 (1500 ha à Carcans).

Les incendies de La Teste et Landiras en juillet 2022

Les incendies de juillet 2022 à Landiras et à La Teste-de-Buch revêtent un caractère exceptionnel car ils bénéficient d’une conjonction de facteurs météorologiques et hygrométriques très favorables au feu, ce qui a rendu leur propagation très rapide et leur intensité très forte : sécheresse accrue, températures élevées, vents…

Le facteur humain a également joué un rôle très important puisque les deux feux sont d’origine humaine : départ accidentel pour La Teste et piste criminelle confirmée pour le feu de Landiras.

Il est important de faire la distinction entre territoires forestiers de La Teste et ceux du Sud Gironde.

Le premier incendie démarré concerne le massif forestier de La Teste-de-Buch. Il se situe dans un espace littoral très sensible bénéficiant de diverses protections et statuts juridiques sur tout ou partie de sa superficie. La gestion sylvicole et la création d’accès n’y sont pas toujours faciles et doivent être conciliées avec cette sensibilité et la qualité du grand paysage forestier apprécié des habitants et des touristes. Depuis qu’elle n’est plus exploitée pour sa résine, cette forêt n’est, par endroits, plus entretenue par les résiniers qui nettoyaient le sous-bois. La forêt est un mélange en proportions égales de pins et de chênes d’âges et de hauteurs différentes. Sa structure verticale et horizontale (strates arborée, arbustive et herbacée bien présentes), son sous-bois très développé à base d’arbousier, prunelier, ajonc, fougère, houx, fragon…, et sa topographie dunaire vallonnée, garantissent sa diversité et son caractère patrimonial. Mais elle forme aussi une végétation continue très dense qui, dans les conditions actuelles de sécheresse, devient une masse de combustible considérable. Cela a forcément joué un rôle en défaveur de l’organisation de la lutte contre l’incendie. En raison de sa proximité avec le milieu urbain et d’un site pétrolifère exploité, elle est très exposée au risque de départ de feu et concentre des enjeux de protection des personnes. Il est probable que cette situation ait requis une concentration des moyens de lutte.

La forêt du secteur de Landiras est, majoritairement, une futaie régulière de pin maritime, servant à la production de bois d’œuvre tout en générant du bois industrie. La lutte contre l’incendie y est organisée de manière classique, comme pour l’ensemble du massif. Les peuplements de pin maritime y sont gérés de manière durable, conformément au Code Forestier et au Schéma Régional de Gestion Sylvicole. Le sous-bois y est donc globalement entretenu régulièrement par débroussaillement. Ce secteur du sud gironde est riche en zones humides, préservées au sein de la forêt de pin (zone Natura 2000 des Lagunes de Louchats). Les boisements de diversification et autres milieux associés à ces parcelles de pinède : boisements feuillus, ripisylves, zones humides, etc. ont également été victimes du feu. Il n’est pas possible actuellement de pouvoir faire une distinction précise en termes de résilience ou non au feu, en fonction des types de boisements qui ont été brûlés. De même il serait trop hâtif et très certainement erroné, de prétendre que l’importance exceptionnelle de cet incendie repose sur le niveau d’inflammabilité du pin maritime.

On constate que ces deux forêts, ont toutes les deux pâti des conditions climatiques particulièrement défavorables de sécheresse, forte chaleur et vent, réunies ces jours passés. Nous sommes en présence de feux hors normes dont l’intensité et l’évolution sont telles que aucune forêt, toutes essences et types de boisements confondus, ne résisterait, malgré l’importance, le professionnalisme et l’expertise des moyens déployés.

Il est trop tôt pour tirer des conclusions

Tirer des conclusions trop hâtives sur ces incendies, sur les essences qui composent la forêt landaise ou sur les sylvicultures pratiquées, serait faire preuve d’une méconnaissance de la forêt de Landes de Gascogne, de son histoire, du terroir spécifique qui la façonne et des enjeux socio-économiques et environnementaux qui la caractérisent.

Ce serait également risquer de s’égarer et de négliger le vrai sujet : l’accélération probable du changement climatique.

Comme à chaque évènement majeur de ce type, des éléments de réflexions seront collectivement recherchés lorsque les opérations de lutte seront terminées. Ils permettront de compléter la prise en compte de l’aléa feux de forêt dans l’aménagement du territoire, l’adaptation des moyens de lutte contre l’incendie, l‘amélioration de l’équipement du massif en pistes et points d’eau et l’affinage de la prise en compte du risque dans la gestion forestière.

Amélie CASTRO à Bordeaux, le 20 juillet 2022


[1] Forêt des Landes de Gascogne : massif à dominante de pin maritime. Le « triangle des Landes » s’étend sur la Gironde, les Landes et le Lot et Garonne. 1,5 millions d’hectares.

[2] Ecologie du pin maritime en relation avec le feu et gestion des peuplements pour leur protection contre les incendies. E. Rigolot, P. Fernandes.

[3] Etudes de l’INRAE (Projet MACCAC), du GIS Pin Maritime du Futur, du CRPF (Projet Climaq)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.