La PPE3 n’est pas une programmation. C’est un dogme.

Il y a des politiques qui coûtent cher. Et puis il y a celles qui ruinent à la fois les finances publiques, la cohérence énergétique et la confiance démocratique. La troisième version de la Programmation pluriannuelle de l’énergie (PPE3) appartient à cette seconde catégorie. C’est le cas d’école d’un plan bâti non pas sur les besoins du pays, mais sur une idéologie. Et d’un gouvernement qui persiste dans l’erreur en feignant d’agir pour le climat.

Car enfin, que dit ce document que l’on tente de faire passer en plein été par décret, sans vote de la loi de programmation pourtant obligatoire ? Qu’il faut d’ici 2035 tripler ou quadrupler la capacité solaire, installer 20 000 éoliennes, couvrir les littoraux de champs marins, porter à 80 % la part d’électricité renouvelable… alors même que la France est déjà l’un des pays les plus décarbonés au monde pour la production électrique. Et que l’on n’utilise déjà pas l’électricité que nous avons.

Une politique sans besoin

En 2024, la France a exporté un record de 89 TWh d’électricité (source : RTE, Données 2024). Non pas parce que notre industrie en avait trop, mais parce que la consommation intérieure stagne ou baisse. La faute de la désindustrialisation, de l’efficacité énergétique… et à un contexte économique déprimé. Et pendant que l’on surproduit, on s’apprête à dépenser près de 300 milliards d’euros (source : Transitions & Énergies, juillet 2025) pour produire encore plus — au mauvais moment, au mauvais endroit, au mauvais prix.

Car les énergies mises en avant par la PPE3 sont intermittentes. Le solaire produit surtout à midi, quand la consommation est basse. L’éolien varie avec les caprices du vent. En France, leur facteur de charge moyen est de 14 % pour le solaire et 25 % pour l’éolien terrestre (source : RTE, Bilan Électrique 2023). Autrement dit, il faut sept fois plus de solaire, ou quatre fois plus d’éolien, pour produire autant qu’un mégawatt nucléaire. Et encore, à condition d’avoir besoin de cette électricité quand elle est disponible.

Une inversion de la logique législative

Plus grave encore, la méthode employée. En matière d’énergie, la loi fixe le cap, le décret met en œuvre. C’est l’article L.100-1 A du code de l’énergie qui le dit. Mais le gouvernement a tenté de faire l’inverse : publier un décret PPE3 sans que la loi de programmation, qui doit lui donner son fondement juridique, ait été adoptée par le Parlement. Une inversion des normes, dénoncée par le Cercle d’Études sur le Mix Énergétique (Cérémé), et stoppée in extremis par l’intervention de Matignon, alerté par plusieurs parlementaires. La démocratie énergétique ne peut pas se gouverner par embuscade réglementaire, ni à coups de décrets estivaux. Ce qui est en jeu ici, ce n’est pas seulement l’énergie : c’est la légitimité du processus de décision.

Une idéologie dispendieuse

Ce que le gouvernement appelle fièrement « mix équilibré » est en fait un empilement incohérent. On conserve le nucléaire… mais on l’étouffe dans un océan d’intermittents. On parle de souveraineté énergétique… mais on rend le système dépendant du gaz pour gérer l’absence de vent ou de soleil. On parle de sobriété… mais on subventionne des installations photovoltaïques à 180 €/MWh (source : CRE, Appels d’offres photovoltaïque 2023), que l’on revend parfois à perte sur les marchés européens.

On oblige même EDF à racheter de l’électricité inutile. Ce fut le cas pour cet agriculteur mayennais, producteur solaire sur un hangar de 2400 m², que l’opérateur a raccordé et payé… à la dernière minute légale, en lui expliquant que cette électricité, il était obligé de l’acheter, mais qu’en réalité, il n’en avait pas besoin !

Cette absurdité n’est pas un accident. C’est la conséquence d’un système piloté ni par les ingénieurs, ni par les territoires, mais par les injonctions politiques. Et où les lobbies des filières subventionnées savent mieux défendre leurs intérêts que les collectivités locales ou les acteurs industriels.

Une écologie de la punition

Pendant ce temps, les dispositifs utiles à la transition sont suspendus. MaPrimeRénov’, censée encourager la rénovation énergétique, a été suspendue en juin 2025 pour raisons budgétaires (source : Le Monde, 4 juin 2025). Et le DPE, le diagnostic de performance énergétique, continue de pénaliser les logements chauffés à l’électricité — même d’origine nucléaire ou hydraulique — au profit du gaz ou du fioul !

Le même gouvernement subventionne l’achat de véhicules électriques, entend interdire le diesel, et impose un malus au chauffage électrique vis à vis du fuel !

Le plus ironique ? Ce même État qui vante l’électrification des usages interdit parfois aux écoles d’installer la climatisation, sous prétexte d’écologie. Résultat : lors de la dernière canicule les enfants furent renvoyés chez eux aux heures les plus chaudes, dans des logements mal isolés. L’électricité décarbonée existe, elle est disponible, même abondante … mais on préfère l’idéologie à la solution !

Une transition contre-productive

On nous répète que le nucléaire est “complémentaire” des renouvelables, alors que c’est exactement l’inverse qui devrait s’imposer. Mais le nucléaire est surtout concurrentiel. Mais plus on ajoute d’intermittents dans un réseau, plus on le rend instable, et plus il faut piloter derrière — avec des centrales à gaz. Et plus on produit d’électricité sans besoin, plus les prix chutent, au détriment de la rentabilité du parc existant. Plus les prix de marché chutent, plus le rachat contractuel de l’électricité des énergie renouvelable coûte cher au contribuable !

Pire : on désorganise l’équilibre du système. Un excès d’éolien ou de solaire peut conduire à réduire la production nucléaire, pourtant peu émissive et pilotable (reconnu comme énergie verte par l’UE en 2022). On paie pour produire… et parfois pour arrêter de produire. L’Allemagne a expérimenté ce modèle. Elle a doublé ses émissions de CO₂ par rapport à la France, pour un coût bien supérieur. Et maintenant, elle importe notre électricité…

Il est encore temps

Il est encore temps de renverser la logique. De ne plus confondre puissance installée et puissance utile. De ne plus additionner des technologies incompatibles. De ne plus faire croire que l’abondance de moyens résout l’absence de stratégie.

Une programmation énergétique doit partir des besoins réels : logements à rénover, transports à électrifier, industrie à relancer. Elle doit prioriser les technologies les plus efficaces, pas les plus subventionnées. Et elle doit s’appuyer sur le bon sens : quand on dispose d’un mix nucléaire-hydroélectrique déjà décarboné, on ne va pas chercher ailleurs ce que l’on a sous la main.

La PPE3 n’est pas une programmation. C’est un dogme. Il faut le dire clairement : elle est à reprendre intégralement. Non pas contre les renouvelables — qui ont leur place là où ils sont pertinents — mais pour une transition intelligente, pilotée, réaliste, et soutenable. Une transition fondée sur l’ingénierie, non sur la croyance. Sur la cohérence, non sur la communication. Sur la vérité, pas sur le verdissement.

C’est à ce prix — le seul qui mérite d’être payé — que la France retrouvera sa souveraineté énergétique. Et le respect de ses citoyens.

Notes et références
  1. RTE, Bilan électrique 2023 : https://www.rte-france.com
  2. IEA, World Energy Outlook, sans prise en compte des coûts de réseau et de stockage.
  3. CRE, Tarifs d’achat photovoltaïque : jusqu’à 180 €/MWh sur certains contrats en 2023.
  4. RTE, Données temps réel : exportation nette de 89 TWh en 2024.
  5. Code de l’énergie, article L.100-1 A : la loi fixe les objectifs, le décret les applique.
  6. CEREME (Cercle d’Études sur le Mix Énergétique), Communiqué de juin 2024.
  7. SFEN, Note sur les effets pervers du DPE (2024).
  8. Annonce gouvernementale du 9 juillet 2025 : le coefficient du DPE pour l’électricité sera abaissé de 2,3 à 1,9 au 1er janvier 2026. Source : info.gouv.fr ; TF1 Info ; TucoEnergie.
  9. Cour des comptes, Rapport sur MaPrimeRénov’, juin 2025.
  10. INSEE, données sur la baisse de consommation électrique par secteur (2023-2024).

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