« La Rochelle territoire zéro carbone » : une fable de la Fountaine.

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Intervention d’Yves d’Amécourt, cet après-midi, dans l’hémicycle du Conseil Régional de la Nouvelle-Aquitaine (seul le prononcé fait foi).

Monsieur le Président, Mes chers collègues,

Nous nous abstiendrons sur cette délibération. Non pas que les choses que nous finançons ici ne soient pas intéressantes. Mais parce qu’à l’image de NéoTerra, il nous semble que c’est cher payé pour des résultats somme toute assez maigres.

C’est ce que l’on appelle de l’écologie de façade, de l’écologie de salon. Elle est finalement très dangereuse car d’une part elle coute cher et d’autre part, elle donne l’impression qu’on agit, alors que les résultats produits ne sont pas à l’échelle attendue…

Notre projet est toute autre !

Il est pragmatique. Il s’appuie sur la réalité des chiffres :

La première réalité c’est que la Nouvelle-Aquitaine est excédentaire en énergie électrique décarbonée : en 2019 elle a produit 56,2 TWh (+4,5% par rapport à 2018) et en a consommé 39,8 TWh.

Notre parc de production d’électricité régional est nucléaire (80%), hydraulique (7%), solaire (5%) et éolien (3%).

Or l’énergie ne se transporte pas, il n’est donc pas utile d’inventer de nouvelles productions d’électricité. Notre argent doit être investie ailleurs.

La deuxième réalité concerne l’usage de ce que vous appelez le « biogaz ».

C’est évidemment intéressant à condition qu’il ne provienne pas comme en Allemagne du Nord de surface agricole que l’on aurait détournée de la production vivrière pour produire du méthane…

Le « biogaz » n’a pour nous d’intérêt que si il est issu de la méthanisation des déchets ou de cultures intermédiaires.

Par ailleurs, méfions-nous des raccourcis rapides.

En effet, les plus grands gisements de gaz naturel, sont en fait des coproduits des gisements de pétrole.

Or, à l’heure actuelle, ce sont environ sur ces champs de pétrole, 150 milliards de m³ de gaz naturel qui sont brûlés à la torche ou rejetés chaque année, soit 30 % de la consommation annuelle européenne ou 25 % de la consommation annuelle des États-Unis. Les seuls 40 milliards de m³ torchés en Afrique suffiraient à la moitié de la consommation d’énergie de ce continent …

Le véritable enjeu écologique au niveau mondial n’est donc pas d’arrêter l’usage du gaz naturel, comme le préconise le gouvernement, mais de faire en sorte qu’on en utilise plus et plus utilement, d’une part, d’autre part qu’on en gaspille moins en signant des accords avec nos fournisseurs. Il est en effet essentiel d’interdire le rejet de méthane directement dans l’atmosphère car son effet de serre est 23 fois plus élevé que celui du CO2.

Un projet « zéro carbone » en France, en Nouvelle-Aquitaine, à La Rochelle, qui viserait à remplacer du gaz naturel pour toute autre forme de combustible, n’aurait comme impact que d’augmenter la quantité de gaz non-utilisé et brulé dans les torchères à l’autre bout du monde.

Le véritable sujet, vous l’aurez compris, au-delà des petits projets locaux de production d’électricité en autoconsommation, à l’échelle de notre Région est donc bien de défendre l’énergie nucléaire, c’est pour cette raison que nous étions cette semaine à la centrale du Blayais avec Eddie Puyjalon et Jean Lassalle pour manifester contre le projet HERCULE. Nous n’y avons pas beaucoup croisé de collègues élus écologistes !

Le second sujet c’est d’une part la réduction de la consommation de pétrole liquide, mais c’est surtout d’agir sur la teneur en gaz à effet de serre de l’atmosphère par la séquestration et le stockage du carbone en agissant notamment sur trois leviers très importants de notre Région :

  • La filière bois
  • Les filières agricoles
  • L’Océan

Au sujet de la forêt je vous conseille le récent avis du Conseil Economique Social et Environnemental « la forêt face au réchauffement climatique » qui a été voté à la grande majorité cette semaine. L’un des deux rapporteurs était mon frère Antoine, Président de FRANSYLVA et du CNPF. Rien à voir avec le reportage militant et à charge d’Hugo Clément récemment sur France 5, une chaine de service public.

Au sujet de l’Océan je vous conseille la lecture du dernier livre de Maud Fontenoy « Bleu : un Océan de solution ». C’est un programme en soi. Peut-être même, compte-tenu de ses attaches avec la Région, pourrions-nous l’inviter dans cet hémicycle.

Quant aux filières agricoles, je fais référence au projet 4 pour 1000 dont j’ai eu l’occasion de parler ici à plusieurs reprises. Je voudrai aujourd’hui illustrer mon propos : savez-vous par exemple que, selon les modes de culture choisis, une parcelle de vigne d’un hectare peut stocker, par an, entre 30 et 80 tonnes de carbone. Et bien faisons en sorte avec les acteurs de la filière viticole, que ce soit plutôt 80 que 30 tonnes. Imaginez le résultat à l’échelle de notre Région avec 216000 hectares !

Voilà de vrais sujets Monsieur le Président, traités à la bonne échelle.

Pour ce qui est du projet Zéro Carbone de la ville de La Rochelle, pardonnez-nous, cela s’apparente plus à une fable. Et dans le cas présent : « Une fable de La Fountaine ».

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