Labelliser la vérité, c’est la mort de Pinocchio !

Décidément, le progrès ne s’arrête jamais. Il y eut le compteur Linky, le passe sanitaire, l’auto-attestation de sortie, le bonus-malus écologique, les conseils sur le nombre de fois où il convient de laver sa chemise ou son slip … Voici maintenant le Véritomètre présidentiel.

« La vérité, c’est bien.
La vérité labellisée, c’est mieux.
« 

L’idée est simple : puisque les Français confondent parfois une info et un complot, le Président propose de coller un label sur la vérité. Comme sur les camemberts :
Appellation d’Opinion Protégée, garantie par le Palais.

Demain, après avoir choisi notre électricité verte (dont on s’aperçoit aujourd’hui qu’elle est plus noire que verte), subit notre DPE et notre vignette Crit’Air, nous pourrons choisir nos informations certifiées conformes par l’Administration.

— Maman, est-ce que je peux regarder une vidéo pas labellisée ?
— Non, chéri, ça donne des idées.

On nous promet que l’État ne décidera pas ce qui est vrai. Ouf… Ce seront des professionnels.
— Un comité de sages
— Des experts appointés
— Peut-être « Saint-Thomas » ressuscité, le compagnon de Jésus qui ne voulait pas croire sans avoir vu ,
Personne n’a encore la liste, mais on nous dit que ce sera très, très objectif, du genre des experts qui défilent sur les plateaux de télévision pour débattre car il ne sont jamais d’accord entre eux ! Et pour faire bonne mesure, un juge pourra supprimer en quelques heures toute “fausse information”. Pratique !

À l’époque, il fallait brûler les livres. Aujourd’hui, on désactive un lien : c’est plus propre. Mais attention : même les meilleurs peuvent se tromper !

Prenez Cash Investigation : une émission de service public, une morale inébranlable… et parfois une vérité un peu… comment dire… créative. Normal : le journalisme d’enquête, ça respire, ça argue, ça exagère. Il faut savoir « Mentir utile », disait même Elise Lucet après une émission controversée au journal Libération qui avait débusqué un très, très gros mensonge…

Alors, sur leur tampon, on mettra quoi ?
“Erreur contrôlée” ?
“Vérité à 92 %” ?
“À consommer avec une pincée de doute” ?

Le vrai problème, c’est qu’avec ce système, la vérité devient une norme administrative. Alors qu’elle est — depuis Socrate — une quête, un combat, une prise de risque. La vérité change, évolue, se contredit parfois. Heureusement ! Sinon nous croirions encore que la Terre est plate, que le cholestérol, comme les carottes, rend aimable et qu’Emmanuel Macron est le « Mozart de la Finance ».

Et puis il y a quelque chose d’essentiel … S’il n’y avait le mensonge, la vérité n’existerait pas ! Labelliser la vérité, c’est la mort de Pinocchio ! Au fond, cette histoire de véritomètre traduit une grande ambition : penser à la place des Français.

Les citoyens moyens, vous savez ces « gens qui ne sont rien », que « les gens qui réussissent » croisent dans les gares, et bien, ils sont tellement nigaud qu’ils peuvent avaler n’importe quoi… sauf s’il y a un sticker pour se repérer. Une certification. Un label. La France est d’ailleurs le leader mondial des signes de qualité, des certifications, des labellisations, …

J’ai interrogé Chat GPT sur le nombre de signes de qualité en France, tout domaines confondus. On m’a répondu que s’était utopique que de vouloir les recensés !

Donc, ces Français, Si on ne leur dit pas qu’il faut bouger plus, qu’il faut manger 5 fruits et légumes par jour ; si on ne leur dit pas comment faire la lessive et comment chauffer son appartement, à quelle température, si on ne leur dit pas qu’il suffit de traverser la rue pour trouver du boulot, si on ne leur explique pas comment juger de la qualité de la terre de leur jardin (opération « plante ton slip » de l’ADEME) … Si on ne leur dit pas tout cela, ils ne peuvent pas s’en sortir !

S’il n’y a pas un expert, un témoin et un juge … Comment voulez-vous accéder à la vérité ?

Comme le dit Franz Olivier Gisbert : « Le témoin, c’est celui qui a tout vu mais qui n’a rien compris. L’expert, c’est celui qui n’a rien vu, mais qui a tout compris. Le juge, il n’a rien vu, il n’a rien compris. Mais c’est lui qui décide, en fonction de ce que lui disent l’expert et le témoin. »

Moi, je propose autre chose qu’un label de vérité : je propose un label du doute ! Éduquer au doute, plutôt que certifier les certitudes. Parce que lorsqu’un État se met à labelliser la vérité, il finit toujours par labelliser ceux qui pensent mal, et ceux, plus nombreux, qui oublient de penser. Or quelqu’un qui ne pense plus, n’existe plus !

Laissez-nous penser Monsieur le Président, laissez-nous exister ! Laisser-nous douter, y compris de vos prises de paroles ! Ne mettez pas un label sur la dernière liberté qui nous reste ! La plus belle des libertés ! La liberté d’expression, celle qui conditionne l’exercice d’autres liberté, comme la liberté d’opinion.

Je l’affirme mordicus : Gogito ergo sum !

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