« Petits paradoxes et grandes contradictions des usagers des transports »

L’Observatoire de la mobilité 2016, réalisé par Ifop pour le compte de l’UTP, montre une nouvelle fois un décalage entre la perception économique et sécuritaire des usagers des transports, et la réalité. En particulier, nombre de voyageurs considèrent que les tarifs ont augmenté davantage que les autres services publics marchands au cours des dix dernières annnées, alors que c’est exactement l’inverse.

Des transports en commun plébiscités pour leur praticité et leur rapidité notamment malgré des tarifs jugés trop élevés et une sûreté considérée comme insuffisante… L’Observatoire de la mobilité 2016 (1) réalisé par l’Ifop pour le compte de l’Union des transports publics et ferroviaires (UTP) démontre une nouvelle fois l’ambivalence des usagers des transports à l’égard des transports en commun du quotidien.

  • Décalage entre la perception des usagers et la réalité sur les tarifs pratiqués dans les réseaux

Par exemple, 36% des usagers interrogés considèrent que le coût des déplacements en transport en commun a plus augmenté que celui réalisé en voiture. Or, sur dix ans (2005-2015), l’utilisation d’un véhicule personnel a augmenté de 30% en euros constants et a baissé de 2,1% dans les transports routiers de voyageurs. A comparer avec les services publics marchands : +52,3% pour les ordures ménagères, +47% pour l’énergie (électricité, gaz et autres combustibles), +30% pour la distribution d’eau.

Ainsi, un déplacement en transport public revient, en moyenne, à 1 euro par jour pour un abonné mensuel quelle que soit la distance parcourue. A l’étranger, les tarifs sont plus élevés : par exemple, le ticket unitaire s’élève à 1,90 euro à Paris contre 7,20 euros à Londres, soit près de quatre fois plus cher, alors que le réseau de métro  – doté chacun de 14 lignes – est comparable.

L’UTP, qui représente notamment les opérateurs de transport, reconnaît qu’il va falloir travailler avec les autorités organisatrices AO pour les convaincre d’augmenter les tarifs afin de suivre l’inflation et de faire payer aux voyageurs les améliorations quantitatives (+28% de l’offre) et qualitatives des réseaux. L’objectif ? Revenir à une part payée par l’usager de 50% comme en 2000 contre seulement 30% aujourd’hui.

  • Décalage entre la perception des usagers sur la sûreté dans les transports et la réalité des violences

Selon l’Observatoire de la mobilité, 48% des voyageurs interrogés estiment que les transports en commun ne se sont pas améliorés en termes de sûreté. Or, les agressions sont en baisse ces dernières années. L’UTP a recensé 1,27 agression pour 1 million de voyages.

Surtout, la présence humaine a été renforcée entre 2005 et 2015, passant de 3,4 à 5,4% des effectifs (2500 salariés) et les dépenses ont augmenté de 2,5% entre 2014 et 2015 à 182 millions d’euros. En outre, près de 90% des réseaux sont équipés de dispositifs de vidéoprotection contre 53,5% voici dix ans.

  • Décalage entre la perception des usagers sur la fraude et la réalité de son coût pour la collectivité

En effet, 52% des voyageurs interrogés jugent la fraude acceptable. Or, le manque à gagner est estimé à 500 millions d’euros par an pour le transport public urbain et ferroviaire dont près de la moitié rien qu’en Île-de-France, soit « le prix de 14 rames de RER à double étage pour la RATP » et de six rames « nouvelles automotrices Transilien » pour la SNCF selon les calculs de la Cour des comptes.

Mais, les opérateurs ont convaincu le gouvernement de renforcer la lutte contre la fraude. La loi Savary Le Roux votée en mars 2016 va notamment permettre d’améliorer le taux de recouvrement des amendes avec la mise en place d’une plate-forme de vérification des adresses des contrevenants à l’été 2017 qui sera pilotée par l’UTP. La lutte contre la fraude doit permettre, selon son président Jean-Pierre Farandou, de récupérer 200 millions d’euros par an.

La bonne nouvelle pour les opérateurs, c’est que 69% des Français résidant dans les agglomérations de 50 000 habitants et plus, prennent au moins une fois par mois les transports en commun et 67% au moins deux fois par semaine, selon l’Observatoire de la mobilité. Surtout, leur taux de recommandation s’élève à 91% en 2016 (contre 87% l’année précédente), des chiffres qui feraient pâlir les marques les plus connues de la grande consommation… et qui montrent au final que les Français ont une bonne opinion de leurs transports.

Florence Guernalec

(1) Les indicateurs de l’Observatoire sont issus d’une enquête réalisée par l’Ifop du 6 au 16 juin 2016. L’institut de sondage a contacté un échantillon de 1026 voyageurs, âgés de 18 ans et plus, résidant dans des agglomérations de 50 000 habitants et plus. Cet échantillon est issu du panel GMI. Sa représentativité a été assurée par la méthode des quotas (sexe, âge, type d’agglomération, catégorie socio-professionnelle). Les quotas sont « nationaux représentatifs », c’est-à-dire qu’ils sont représentatifs de la population française, selon l’Insee.

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