PMA, GPA, adoption : les questions que pose la loi Taubira.

Le débat ouvert par la loi Taubira sur la GPA (Gestion pour Autrui) et la PMA (Procréation Médicalement Assistée) ne se satisfera pas de réponses dogmatiques et idéologiques.

La loi Taubira dite du « Mariage pour Tous » est en fait la loi de la « filiation pour tous »… Ceux qui n’avaient pas suivi le débat de très près s’en aperçoivent aujourd’hui, mais trop tard. En instituant la « filiation pour tous » elle pose la question de l’adoption pour tous, de la PMA pour tous et de la GPA pour tous.

Le mariage ce n’est pas seulement l’union de deux êtres qui s’aiment. On peut s’aimer et vivre ensemble sans le mariage. Le mariage s’est avant tout, pour un couple, la volonté de donner un cadre législatif à la filiation, à la transmission, à la famille. De plus en plus souvent, d’ailleurs, c’est l’arrivée d’un bébé qui déclenche chez les parents, le désir de se marier.

De nombreux français, la majorité en tout cas, ne voit aucun inconvénient au « mariage pour tous »… Mais la majorité aussi, n’est pas favorable à la « filiation pour tous ». Le souci, c’est que le mariage ouvre le droit à la filiation ! Mariage pour tous = filiation pour tous.

Les femmes homosexuelles dans le cadre du mariage veulent pouvoir bénéficier de la PMA, au même titre que les femmes hétérosexuelles, mais pas pour les même raisons qu’elles. Les hommes homosexuels souhaitent aux aussi pouvoir « procréer » au nom de l’égalité … et demande la GPA. Les promoteurs de la loi Taubira du « Mariage pour Tous » intiment qu’il n’est pas question ni de PMA, ni de GPA dans la loi. Mais ils ne peuvent pas ignorer que la loi qui existe désormais contient en elle ces possibilités, par le croisement avec d’autres législations, comme l’ont établi récemment, la cour de cassation et la CEDH (Cour Européenne des Droits de l’Homme). La loi française n’est pas reclus dans les frontières de notre pays, elle interagit au cœur des principes des directives européennes et du droit international. Feindre de l’ignorer, c’est mentir.

L’égalité, valeur cardinale de la République, qui était un moyen d’accompagner les différences naturelles, sociales, sociologiques…, est devenue au fil du temps, un moyen de les masquer, de les nier, de les renier. L’égalité républicaine, attribut de la différence, a laissé la place au masque de l’égalitarisme. Le débat de fond sur la différence, sur les différences, la distinction, l’accueil de l’autre, l’altérité, la complémentarité, la supplémentarité, s’est enfermé dans un principe : la confusion.

Le « droit des enfants », un des fondements de la politique de la famille, de la protection maternelle et infantile, a été supplanté par le « droit à l’enfant ». « Le droit à l’enfant » est aujourd’hui un objectif pour certains, comme d’autre se battent pour le « droit au logement » ou le « droit au travail »… Où l’on entend : « Nous sommes différents, mais nous avons le droit à un enfant, car nous nous aimons ! » … Mais il ne suffit pas de s’aimer pour pouvoir procréer.

Où bien encore : « Nous ne comprenons pas pourquoi les manifestants ne veulent pas de la PMA, de la GPA, cela ne leur enlève aucun droit à eux. Qu’Est-ce que ça peut leur faire ? ». Comme si chacun n’avait le droit de s’occuper que des sujets qui le touche personnellement … Comme si la société n’existait plus, la collectivité non-plus, comme si, comme autant d’égoïsme, seuls avaient le droit de se prononcé sur un sujet, ceux dont les « droits personnels » sont menacés, altéré, bafoué… Quelle vision réductrice de la société ! Je revendique au contraire le doit de pouvoir m’intéresser à tous les sujets de société, avec une priorité pour les sujets qui ne me concernent pas directement !

Tout cela est tellement essentiel…Au cœur même de notre vie personnelle et collective.

Nous connaissons « la mère biologique », celle « qui met au monde » un enfant. On sait combien est importante pour l’enfant, pour l’adulte, celle qui a partagé avec le bébé 9 mois d’échanges multiples… Cette mère là, chacun de nous l’a «dans le sang ».

Nous connaissons la « mère adoptive », ou « mère de cœur », la « maman » celle qui élève l’enfant, le nourrit … En cas d’adoption la Maman n’est pas forcément la mère. Nous connaissons la difficulté qu’a à se construire un enfant qui a une « mère adoptive » et une « mère biologique », une mère et une maman, et le succès du CNAOP créé par Ségolène Royal pour permettre de « recoller les morceaux d’une genèse, quand s’est possible (1).

Le projet qu’on nous présente aujourd’hui est d’ajouter une 3ème mère au processus de procréation : la mère « génétique », celle qui est « propriétaire de l’embryon » comme le disait une personne il y a quelques jours sur le plateau de LCP… « Propriétaire de l’embryon » voilà bien un terme qui me donne des frissons…

« Maman de cœur » ou « mère adoptive », « mère biologique » qui a mis au monde un enfant, « mère de location » qui a loué son ventre et mis en Monde un bébé, « mère propriétaire » ou « mère génétique »… La science progresse, mais le fait-elle en conscience ?

D’aucun pourra témoigner de la naissance d’un enfant et dire « j’ai assisté à la naissance de cet enfant et je peux témoigner que Madame est sa mère » un autre pourra lui répondre : « cette femme n’est pas sa mère car l’embryon appartient à cette autre : pour preuve voici la facture de la GPA et l’analyse ADN de l’enfant »…

Un enfant pourra-t-il se construire dans ce contexte ?

Laisserons-nous la technologie dénaturer les rapports entre une mère et son enfant ? « Dénaturer » voilà bien le terme adapté ! Entendre les anti-OGM devenir des pro-GPA, les écologistes faire la promotion de la « location de ventre » au nom de l’égalité des sexes et de la confusion des genres, est abracadabrantesque, ubuesque, incompréhensible… José Bové, sur ce point est exemplaire. Il est le seul à dire clairement son opposition à la GPA et à la PMA au nom d’une certaine « cohérence écologique ».

Après le « droit du sol » et le « droit du sang », on nous propose le « droit du gène »…

Depuis la loi sur l’IVG, toutes les tentatives de légiférer sur le « statut de l’embryon » ont échoué. Les opposants à ce « droit de l’embryon » y ont systématiquement opposé « le droit de la mère à pouvoir disposer librement de son corps ». Les mêmes, aujourd’hui, évoquent « la propriété de l’embryon », donc son statut, pour pouvoir encadrer le processus des «mères porteuses de l’embryon d’une autre». Que se passera-t-il le jour où une mère porteuse décidera de pratiquer l’IVG pour rompre un contrat qui la lie avec une « mère génétique » ? Où est l’écologie dans tout cela ? Respecterons-nous l’ordre naturel des choses ?

La France, pays des lumières doit éclairer ces réflexions. Nos philosophes et nos scientifiques doivent se saisir du débat : nous aider à trouver des solutions, nous aider à poser le problème… « Science sans conscience n’est que ruine de l’âme » disait Rabelais. Mais avons nous encore une âme ?

Les règles de la consommation et du marché peuvent-elles ainsi s’immiscer dans la propriété et la fabrication du vivant ? Est-ce que sur cette terre tout s’achète ?


Relisons ensemble «Le meilleur des Mondes » d’Aldous Huxley… et demandons-nous collectivement si c’est bien le monde dont nous avons envie.


A lire aussi sur ce blog :

1 commentaire pour “PMA, GPA, adoption : les questions que pose la loi Taubira.”

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.