PPE3 : « La France n’a pas vocation à être l’amortisseur des erreurs énergétiques européennes » [The Epoch Times]

La PPE3 raisonne comme un document technocratique, alors que l’énergie est devenue un enjeu stratégique continental, déplore Yves d’Amécourt.

Epoch Times – La PPE3 a été une nouvelle fois reportée. Que vous inspire cet énième report ?

Yves d’Amécourt – Ce report n’est pas un simple contretemps administratif : il traduit une crise de lucidité stratégique. À l’heure où l’énergie est redevenue un instrument central de puissance économique et géopolitique, la France hésite là où elle devrait affirmer une vision claire.

Ce flottement est d’autant plus préoccupant qu’il intervient dans un contexte européen marqué par des choix énergétiques hasardeux. Ce n’est pas parce que l’Europe, emmenée par l’Allemagne, a engagé une trajectoire erronée que la France — qui disposait d’un modèle énergétique performant, souverain et décarboné — doit la suivre aveuglément.

Sébastien Lecornu a annoncé le 3 décembre le lancement d’une mission d’évaluation des coûts des énergies renouvelables pour les finances publiques. N’est-ce pas contradictoire avec la PPE3?

Elle est profondément contradictoire et révélatrice d’un malaise. Lancer une mission chargée d’évaluer le coût réel des énergies intermittentes après quinze ans de déploiement massif revient à reconnaître que ces choix ont été faits sans vision consolidée de leurs conséquences financières.

Les chiffres européens sont pourtant sans appel : malgré l’ajout de 394 GW de capacités intermittentes, la production nette d’électricité de l’Union européenne est restée quasiment stable depuis vingt ans — 2 755 TWh en 2003, 2 844 TWh en 2008, 2 701 TWh en 2022. Autrement dit, des centaines de milliards investis sans augmentation structurelle de l’offre.

Quels sont les principaux défauts de la PPE3 ?

Le défaut central de la PPE3 est qu’elle raisonne comme un document technocratique, alors que l’énergie est devenue un enjeu stratégique continental. D’abord, les énergies intermittentes ne remplacent pas les capacités pilotables : elles s’y superposent. En Europe, la puissance pilotable dépasse toujours 600 GW, preuve que l’éolien et le solaire n’ont pas permis d’en sortir. Ensuite, cette surimposition crée des déséquilibres massifs.

Les phénomènes de prix négatifs, quasi inexistants il y a dix ans, explosent : 370 heures de prix négatifs en 2025, contre 4 heures en 2017. Cela traduit une surproduction non maîtrisée, coûteuse et destructrice de valeur. Enfin, cette stratégie fragilise les producteurs historiques comme EDF, enfermés dans une usine à gaz réglementaire conçue pour diluer leur avantage compétitif plutôt que le valoriser.

Le retour du nucléaire n’est-il pas rassurant ?

Le retour du nucléaire est indispensable, mais il reste trop timide et ambigu. Le nucléaire ne peut pas être un simple élément parmi d’autres : il doit redevenir le pilier central du système électrique français et européen.

Aujourd’hui, l’absurdité atteint un point critique : lors d’épisodes de forte production renouvelable, le parc nucléaire français est contraint de réduire sa puissance. Un cas récent a vu une modulation descendante de 19,1 GW, soit 30 % de la capacité nucléaire installée, non pas pour des raisons techniques, mais pour absorber une surproduction intermittente.

Ce n’est pas une transition énergétique, c’est une désorganisation industrielle.

La PPE3 risque-t-elle d’augmenter la facture d’électricité des ménages ?

Oui, et les faits européens le démontrent. Les pays les plus dépendants des énergies intermittentes sont aussi ceux où les prix sont les plus élevés et les plus volatils. Les coûts ne disparaissent jamais : ils sont transférés vers les réseaux, les subventions, la fiscalité.

À titre d’exemple, 37 milliards d’euros sont déjà engagés uniquement pour le raccordement de l’éolien en mer, sans compter les investissements colossaux nécessaires pour adapter les réseaux terrestres. Et selon l’opérateur européen ENTSO-E, il faudrait encore plus de 50 GW de nouvelles capacités pilotables au gaz d’ici 2035 pour sécuriser le système. L’intermittence ne supprime pas les énergies pilotables : elle les rend plus coûteuses.

L’Europe tente aujourd’hui de corriger, par la centralisation des réseaux et la mutualisation forcée, les déséquilibres qu’elle a elle-même créés. On parle désormais d’utiliser les réseaux français pour évacuer les surproductions solaires espagnoles vers l’Allemagne — symptôme d’un système devenu incohérent. La France n’a pas vocation à être l’amortisseur des erreurs énergétiques européennes. Elle doit au contraire réaffirmer son rôle de grande puissance productrice d’électricité, fondée sur le nucléaire, l’hydraulique et des renouvelables pilotables.

Il est temps de sortir de l’idéologie, de démanteler l’usine à gaz réglementaire conçue pour affaiblir EDF, et de retrouver notre puissance énergétique, industrielle et stratégique. La France doit retrouver sa puissance énergétique.

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