[Tribune] Et si on exploitait nos propres réserves de gaz ?

Suite de la tribune publiée le 4 septembre.

En 2017, Emmanuel Macron, pour conquérir le cœur des écologistes, avait promis que la France cesserait d’exploiter les énergies fossiles. Nicolas Hulot, ministre d’État, fit passer une loi le 6 septembre suivant « pour mieux lutter contre le réchauffement climatique ».

En fait, ce n’est pas la production des hydrocarbures qui a un impact sur le réchauffement climatique, c’est la consommation ! En revanche, arrêter la production a un impact sur l’indépendance énergétique de la France et sur sa souveraineté. Mais à l’époque, la souveraineté, personne ne s’en souciait. L’important, c’était le symbole de la décision pour attraper les voix des écolos.

En 2012, Arnaud Montebourg, alors ministre du Redressement productif, avait commandé une étude sur les réserves nationales d’hydrocarbures (gaz et pétrole). C’était une démarche utile. L’objectif était la souveraineté énergétique et industrielle de la France. Le ministre avait même déclaré : « Le gaz de schiste, mieux vaut l’exploiter que l’importer », lors d’un colloque organisé par l’Union française de l’électricité. La conclusion du rapport était que l’exploitation des énergies fossiles en France pourrait rapporter entre 103 et 294 milliards d’euros sur trente ans et créer 225.000 emplois, nos réserves de gaz représentant 170 % de nos besoins sur cette période… Mais le 27 août 2014, le ministre Arnaud Montebourg était remplacé par un certain Emmanuel Macron.

Aujourd’hui se pose la question de savoir comment se passer du gaz russe sans tomber entre les mains de l’Oncle Sam. En fait, la solution est sous nos pieds. Le gisement de Moselle, par exemple, qui est du gaz de charbon (du grisou), a une empreinte carbone dix fois moins importante que le gaz en provenance de Russie et quatorze fois moins importante que le gaz en provenance des États-Unis. Pascal Mittelberger, chargé des relations publiques de la FDE, expliquait à Lorraine Actu, en mars dernier, que « la réserve de gaz est d’environ 190 milliards de m³ », ce qui représente la consommation de gaz des Français sur cinq ans.

Selon le rapport livré à Arnaud Montebourg en 2012, la France dispose aussi de gros gisements de gaz de schiste, notamment dans le sud-est et le Bassin parisien. Parmi les gisements importants, il y en a un, notamment, sur une zone recouvrant trois départements (Ardèche, Drôme et Gard), qui, à lui seul, renferme, selon les études, entre vingt et cinquante ans de consommation de gaz de la France.

Ce que l’on nomme injustement « gaz de schiste », ce sont des bulles de gaz naturel, issu de la méthanisation d’organismes vivants, en l’absence d’oxygène, prisonnières d’une couche d’argile, enfouies en profondeur depuis des millions d’années. Pour exploiter ce gaz, on pratique la méthode décriée de la « fracturation hydraulique » qui avait été interdite en France, sous la présidence de Nicolas Sarkozy, « au nom du principe de précaution ». C’est Nathalie Kosciusko-Morizet qui avait obtenu cette concession de la part du Président, contre l’avis du Premier ministre François Fillon. En échange, elle avait lâché du lest sur le sujet du nucléaire.

La fracturation hydraulique consiste à injecter dans le sol un mélange d’eau, de sable et de détergents à une pression très élevée pour pouvoir casser la roche mère et libérer les bulles de gaz naturel. Cette méthode pose des problèmes environnementaux. Mais aujourd’hui, les méthodes d’extractions évoluent grâce à la recherche pour réduire leurs impacts vis-à-vis de l’environnement et du climat et pour améliorer les performances d’extraction. C’était déjà l’avis d’Arnaud Montebourg, ministre, en 2012 : « Nous n’acceptons pas la fracturation hydraulique, mais nous travaillons à imaginer une nouvelle génération de technologies propres qui permettraient d’extraire [le gaz de schiste] sans abîmer [l’environnement], franchement, quel bon sens ! »

Au lieu de chercher plus, on a arrêté de chercher !

Lorsque le principe de précaution avait été inscrit dans la Constitution par Jacques Chirac, le principe était le suivant : quand on a un doute, on cherche plus. Au fil du temps, c’est devenu : « quand on a un doute, on arrête de chercher ». Au nom du « principe de précaution », nous avons donc abandonné une partie de notre souveraineté énergétique.

C’est bien dommage, car nous avons, en France, de nombreuses compétences sur ces sujets, chez nos industriels, dans nos universités, dans nos écoles des mines, à l’IFP (Institut français du pétrole), au BRGM (Bureau de recherches géologiques et minières). Nous sommes capables de mettre au point des techniques qui répondent aux contraintes environnementales et aux exigences sociales et sociétales d’aujourd’hui. Ce qui n’est pas forcément le cas partout ailleurs, notamment dans les pays où l’on s’approvisionne.

Mais il y a une forme d’hypocrisie, en France et en Europe, qui consiste à jouer les chevaliers blancs… On interdit la production sur notre sol, au nom du climat, de l’environnement, de la bienséance, de l’actualité du moment… Mais, parce que nécessité fait loi, on importe ce que l’on s’interdit de produire ! Généralement, ce que l’on importe est beaucoup moins respectueux de l’environnement que ce que nous aurions produit nous-mêmes… On sacrifie ainsi notre indépendance et notre souveraineté.

Il est urgent de retrouver notre souveraineté énergétique, scientifique et politique ! Pour cela, il convient de prendre nos responsabilités, y compris vis-à-vis du climat. Il nous faut mobiliser, expliquer, comprendre, connaître, faire œuvre de pédagogie et abandonner les dogmes déconstructifs de l’écologie radicale pour embrasser les logiques de bon sens, l’évolution de la science, des technologies et des techniques. La France doit être à l’initiative pour inventer le monde de demain et construire un développement durable. Grâce à nos pères, elle a encore un temps d’avance, elle doit en profiter. Mais pour y arriver, la vérité est le seul chemin. Il faut tordre le cou aux mensonges diffusés depuis trop longtemps par des pseudo-écologistes qui se servent des désordres climatiques pour imposer un nouvel alter-mondialisme. Comme le disait Pierre Mendès France dans une interview à L’Express, le 16 mai 1953 : « La France peut supporter la vérité. » La vérité, il ne faut pas la craindre, il faut l’affronter avec courage.

La président de la République a créé, cette semaine, un « Conseil de défense énergétique ». On ne voyait pas trop à quoi cela pourrait servir mais, par miracle, dans la foulée, EDF a annoncé la remise en route des 36 réacteurs arrêtés. Il suffisait donc de créer un Conseil de défense énergétique. Pourquoi n’y avoir pas pensé plus tôt ?

Pour le reste, on ne sait pas :
– Arrêterons-nous d’investir à fonds perdu dans les éoliennes pour consacrer plus de moyens à l’entretien de nos centrales nucléaires avec l’objectif de prolonger leur durée de vie ?
– Les nouveaux EPR annoncés à grand renfort de médias ont-ils été commandés ?
– La France va-t-elle annuler le texte qui programme le démantèlement de 14 réacteurs nucléaires d’ici à 2035 ?
– Va-t-on annuler les textes qui nous interdisent d’exploiter nos propres gisements de gaz ?
– Protégera-t-on à l’avenir nos ouvrages hydroélectriques ?

Il me semble que ce Conseil de défense, s’il doit nous défendre de quelque chose ou de quelqu’un, c’est bien des décisions prises par le président de la République lui-même.

« Dieu se rit des hommes qui déplorent les effets dont ils chérissent les causes », disait Jacques-Bénigne Bossuet.

Cette tribune a été publiée sur le site Boulevard Voltaire le 5 septembre 2022

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