Trump, un protectionnisme à rebours de l’intérêt industriel américain

En taxant des produits industriels stratégiques venus de France, Donald Trump prétend défendre l’économie américaine. En réalité, il en compromet la compétitivité.

Dans la droite ligne de sa politique commerciale offensive, Donald Trump agite à nouveau la menace de droits de douane, cette fois contre certains produits français. Sont notamment ciblés des biens d’équipement comme les turbines à gaz et les composants aéronautiques. L’objectif affiché : protéger les intérêts américains. Mais cette stratégie, pensée comme un geste de fermeté nationale, risque en réalité de pénaliser les entreprises américaines elles-mêmes.

En 2024, la France a exporté vers les États-Unis pour 6,22 milliards de dollars d’aéronefs et de pièces détachées, ainsi que pour 4,75 milliards de dollars de turbines à gaz. Ces produits sont loin d’être anecdotiques. Ils sont au cœur des chaînes de valeur de groupes américains comme Boeing, General Electric, Raytheon ou encore Lockheed Martin. En les taxant, l’administration Trump renchérit directement les coûts de production de ces entreprises.

Prenons l’exemple de Boeing, engagé dans une difficile reconquête du marché mondial face à Airbus. Déjà affaibli par les retards de livraison, les déboires du 737 MAX et des pertes financières massives, Boeing ne peut se permettre une hausse de ses coûts. Or, certaines pièces critiques de ses appareils sont importées de France. En alourdissant leur prix par une taxe douanière, Washington donne involontairement un avantage compétitif à Airbus – son concurrent européen direct.

Dans le secteur de l’énergie, même logique. Les turbines françaises sont utilisées dans des centrales électriques américaines, dans des projets civils comme dans des infrastructures sensibles. Là encore, le renchérissement de ces équipements affecte la rentabilité des projets, sans offrir d’alternative crédible à court terme sur le marché domestique.

Plus globalement, cette décision menace l’écosystème industriel transatlantique, bâti sur la complémentarité et l’innovation partagée. La coopération entre entreprises françaises et américaines est souvent ancienne, profonde, et vitale. Rompre ces liens, c’est isoler l’industrie américaine au moment même où elle fait face à une compétition mondiale féroce, notamment venue d’Asie.

Enfin, cette posture ouvre la voie à des représailles européennes, comme cela avait été le cas lors des précédentes tensions commerciales sous Trump. En 2019 déjà, des produits agricoles et industriels américains avaient subi des surtaxes en retour. Une nouvelle escalade affaiblirait un peu plus les exportateurs américains et l’économie globale.

Donald Trump prétend défendre le « Made in USA » en dressant des murs tarifaires. Mais dans une économie interdépendante, taxer ses alliés revient trop souvent à se tirer une balle dans le pied. Le protectionnisme peut séduire l’électorat par sa simplicité apparente. Mais la réalité industrielle, elle, est bien plus complexe.

Boeing n’a pas besoin de droits de douane, mais de fiabilité dans sa chaîne d’approvisionnement. General Electric n’a pas besoin de barrières, mais de stabilité dans l’accès à des composants critiques. À l’heure où la Chine accélère, où l’Europe investit, et où l’innovation repose sur la coopération, affaiblir ses partenaires est une stratégie de court terme… et une vision de long terme dangereusement myope.

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *