
Le Premier ministre est monté à la tribune de l’Assemblée nationale pour demander un vote de confiance. Confiance… Ce mot si noble, si fragile, si rare. Comme si la confiance pouvait se décréter par un discours ou s’imposer par un vote. Comme s’il suffisait de la réclamer pour l’obtenir. La confiance, c’est comme l’amour : elle se mérite, elle se gagne, elle se perd. Elle ne se mendie pas.
Dans ce pays, on parle beaucoup de confiance. On en affiche les slogans, on en convoque les symboles. Mais au fond, qu’est-ce qui, aujourd’hui, pourrait nous la rendre ?
L’homme qui parlait de confiance
Prenons celui qui, hier encore, était chef du gouvernement. En 2007, il fit exploser l’UDF pour aller soutenir Ségolène Royal, contre Nicolas Sarkozy et contre l’avis de ses amis. Ce fut la trahison originelle, celle dont on ne revient pas.
Dans la foulée, il fonda le Mouvement Démocrate — le MODEM — un nom qui sonne comme une promesse technologique : un modem, en informatique, sert à faire dialoguer des systèmes incompatibles. En politique, il fit l’inverse : il brouilla les messages, confondit les camps, sema la zizanie.
En 2012, il se tourna vers François Hollande. Quelques années plus tard, il fit profession de craindre la dette publique. Il en parlait avec des accents prophétiques, comme on annonce la fin du monde. Mais, quand vint le temps d’agir, il vota contre toutes les réformes proposées par le gouvernement Fillon pour réduire le train de vie de l’État et rétablir l’équilibre des comptes. Aujourd’hui, le même homme accuse les baby-boomers de la situation qu’il a lui-même contribué à creuser. Comme disait Chateaubriand : « Les inconséquences des hommes publics sont les plus funestes. »
Et puis, il y eut 2017. Cet après-midi là, Joan Taris, président du MoDem en Gironde, m’appela, la voix pressée :
« Les deux François se sont rencontrés. François Bayrou va soutenir François Fillon. Il faut qu’on se voie rapidement pour organiser les législatives en Gironde. Heureux de retravailler avec toi ! » Quelques heures plus tard, à la stupeur générale, Bayrou annonçait… son soutien à Emmanuel Macron. Dans le même geste, il trahissait ses amis, ses alliés et ses électeurs. Depuis, il a perfectionné l’art de la volte-face au point d’en faire une vocation.
Et voilà que cet homme demandait hier un vote de confiance. Mais que vaut ce mot, dans la bouche de celui qui l’a si souvent piétiné ? A propos de François Bayrou, Simone Veil écrivait dans ses mémoires : « François Bayrou me semble d’avantage guidé par ses ambitions personnelles que par ses convictions. »
L’information, ce nouveau pouvoir
Les médias devraient être le contre-pouvoir, le miroir lucide de la démocratie. Mais eux aussi ont cédé au militantisme. La radio publique France Info se drape dans une belle devise : « Informer n’est pas une opinion. » On voudrait y croire.
Et puis, une caméra cachée révèle Thomas Legrand (France Inter) et Patrick Cohen (France 5) en train de discuter stratégie électorale avec des cadres du Parti socialiste pour empêcher Rachida Dati de conquérir la mairie de Paris et soutenir Raphaël Glucksmann. Ce n’était plus du journalisme, c’était du travail militant, en coulisses.
En mai 2024, l’Institut Thomas More publia un rapport détaillé sur le militantisme politique du service public de l’information. Il passa totalement inaperçu. Pendant ce temps, l’ARCOM décidait de supprimer la chaîne C8 pour ses excès médiatiques. Deux poids, deux mesures, encore et toujours.
Quant au Monde, jadis journal de référence, il fut récemment surpris en flagrant délit de copier-coller de communiqués d’ONG écologistes. Sans recoupement, sans enquête, sans pluralité des sources. Ce n’est plus de l’information, c’est du recyclage militant.
Quand les promesses ne valent plus rien
Cette crise de la confiance ne touche pas seulement les grands de ce monde. Elle se joue aussi dans la relation intime entre un élu et ses électeurs. Je me souviens de ma première campagne, en 2004, pour le Conseil général de la Gironde. Lors d’une formation organisée par le RPR, l’élu girondin qui nous encadrait, un conseiller général, déclara, un sourire en coin : « Un programme électoral, ça sert à être élu. Personne ne vous demandera jamais de le réaliser. »
Ce jour-là, j’ai pris ma décision. Je rédigerais seul mon programme, sans l’appareil du parti, et je me présenterai sans afficher d’étiquette politique. Je ne m’étais pas engagé pour tromper les électeurs.
À la fin de mon mandat, je fis le tour du canton pour en dresser le bilan : promesse par promesse, ce qui avait été tenu, ce qui avait échoué, et pourquoi. Je fis de même pour chacun de mes mandats : mon programme de campagne serait ma feuille de route durant mon mandat.
Le problème de notre démocratie est peut-être là.
Nous élisons des gens très doués pour conquérir le pouvoir avec des programmes irréalisables, mais souvent incapables d’exercer le pouvoir, et surtout pas pour réaliser le programme qui les a fait élires… Comme le disait un ancien président, cynique et lucide : « Les promesses n’engagent que ceux qui les écoutent. »
Et l’on ose, dans ces conditions, commander aux électeurs d’avoir confiance…
De la confiance à l’espérance
J’écrivais récemment que notre époque est paradoxale : jamais l’humanité n’a connu autant de progrès, et jamais elle n’a semblé si pessimiste. La pauvreté a reculé, la vie s’est allongée, la santé s’est améliorée, l’éducation s’est répandue. Nous avons tout pour être heureux. Mais notre perception est biaisée. Les images dramatiques, amplifiées par les réseaux sociaux, ont plus de force que les chiffres rassurants. Comme l’ont montré Daniel Kahneman et Amos Tversky, notre cerveau est programmé pour retenir ce qui fait peur plutôt que ce qui réconforte.
Le philosophe Alain résumait ce paradoxe d’une formule lumineuse : « Le pessimisme est d’humeur ; l’optimisme est de volonté. » Et la volonté pousse sur un terreau fertile qu’on appelle la confiance !
Aujourd’hui, la défiance a remplacé la confiance, et le pessimisme la lucidité. Pourtant, sans confiance, il n’y a plus d’espérance. Et sans espérance, une société meurt de l’intérieur.
Retrouver sa place, pour retrouver l’espérance
Restaurer la confiance ne se fera pas par décret, ni par slogans, ni par coups de communication. Il faut en premier lieu que chacun retrouve sa place :
– la politique dans la décision,
– la justice dans l’impartialité,
– la presse dans l’information.
L’État doit dire ce qu’il fait et faire ce qu’il dit.
La justice doit appliquer la loi de la même façon pour tous.
La presse doit redevenir un lieu de vérité et de débat.
Alors seulement, le citoyen pourra, à son tour, retrouver confiance, et prendre en main son destin ! Et au bout du chemin, renaîtra l’espérance. Saint-Exupéry l’avait écrit mieux que quiconque : « L’avenir, tu n’as pas à le prévoir, mais à le permettre. »
Permettre l’avenir, c’est permettre à la confiance de revenir. Et rendre enfin au mot « confiance » la valeur d’un engagement, et non d’un rituel parlementaire. Ce jour-là, peut-être, un vote de confiance retrouvera son sens véritable. Et la France, à son tour, retrouvera l’espérance.
